Dernière mise à jour : lundi 25 janvier 2010 13:41:33

 

 

A Tahoua (nord du Niger), en août 2005, un enfant attend devant un centre de nutrition
Vendredi 7 juillet 2006 - 06:00  

Il y a juste un an, les médias du monde entier se précipitaient au chevet du Niger. Sous l'oeil des caméras défilait une cohorte de nourrissons et d'enfants décharnés dans les bras d'humanitaires occidentaux. La crise alimentaire qui a frappé le pays le plus pauvre de la planète, selon le classement de l'ONU, avait provoqué une vive émotion. En réalité, comme le rappelle Jean-Hervé Bradol, président de Médecins sans frontières (MSF), le Niger a connu «un pic de gravité» dans une situation de malnutrition chronique. Par le passé, il avait déjà vécu le même drame : en 1976, en 1984, en 2001. Au point que des institutions internationales avaient fini par considérer la faim au Niger comme une fatalité.

Chaque année, la période de soudure ­ celle qui va de l'épuisement des réserves à la récolte suivante ­ est critique. Bien que fragile, la situation globale semble moins dramatique cet été. Les récoltes de mil, la denrée de base, ont été meilleures, et les criquets n'ont pas dévasté les champs. «Les entrepôts sont pleins», affirme une humanitaire. Mais pas les estomacs. Selon l'association Action contre la faim (ACF), plus de 60 % des ménages se sont endettés pour survivre et le quart du cheptel a été décimé l'an dernier. «D'année en année, le nombre de ménages vulnérables ou très vulnérables augmente», assure la chef de mission d'ACF au Niger, Patricia Hoorelbeke. Pour 2006, l'Unicef et les ONG ont prévu de prendre en charge 444 000 enfants souffrant de malnutrition «modérée» et 56 000 de malnutrition «sévère». MSF distribue à grande échelle un remède miracle pour lutter efficacement contre la faim des tout-petits : le Plumpy Nut. Cette pâte nutritive à base de cacahouètes permet de se passer des traitements à base de lait ou d'eau, sujets aux bactéries.  

Gratuité. L'épisode très médiatisé de 2005 a servi d'électrochoc. Très critiqué par la société civile pour sa passivité, le gouvernement de Niamey a établi un plan d'urgence en faveur des plus vulnérables, en coopération avec l'Unicef et le Programme alimentaire mondial. Il prévoit notamment des distributions de nourriture gratuites. L'an dernier, les autorités avaient longtemps refusé de recourir à cette mesure prônée par MSF, de peur de déstabiliser les cours sur le marché céréalier. Le gouvernement a aussi annoncé la gratuité des soins médicaux pour les enfants de moins de 5 ans, avec l'aide de l'Organisation mondiale de la santé. Mais ces efforts n'ont pas calmé la colère de la population. Hier, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de la capitale pour dénoncer «la misère qui gagne le pays».  Globalement, la prise en charge des enfants dénutris s'améliore, mais elle risque de s'imposer pendant des années, faute d'action efficace sur les causes structurelles du fléau. Au Niger, la malnutrition frappe en priorité les moins de 3 ans. Selon Graziella Godain, de MSF, «ce phénomène est lié à la période de sevrage, où l'enfant a besoin d'une alimentation diversifiée que ses parents n'ont pas les moyens de lui fournir». Le gouvernement, lui, l'impute au manque d'éducation des mères qui cessent d'allaiter leurs enfants dès qu'elles sont enceintes, le lait maternel étant alors réputé souillé. «On leur reproche de ne pas prendre soin de leurs enfants. En réalité, elles sont prêtes à marcher des heures pour obtenir ce qu'elles appellent le biscuit, le Plumpy Nut», note un humanitaire. Certains observateurs stigmatisent aussi la démographie galopante. Avec plus de sept enfants par famille et un taux de croissance annuelle de 3,5 % (record mondial), le Niger double sa population tous les vingt ans. Alibi, là encore ? «Dans tous les pays pauvres, comme en France sous l'Ancien Régime, les familles font beaucoup d'enfants. Au Niger, elles savent qu'un enfant sur quatre de moins de 5 ans seulement a des chances de survivre», souligne MSF. Ce pays connaît le taux de mortalité infantile le plus élevé de la planète : 278 pour 1 000.  

Déficit céréalier. Paradoxalement, ce sont les régions du Sud, les plus fertiles de ce pays aux trois quarts désertiques, qui sont les plus touchées. «Ces crises ne sont pas liées à un déficit de production agricole, mais à la répartition des produits et des revenus au sein de la société», souligne Jean-Hervé Bradol Un jugement tempéré par  Julien Clémençot, de l'ONG SOS Sahel, qui insiste sur un déficit céréalier chronique au Niger, habituellement compensé par des importations des pays voisins. Ce qui n'a pu être le cas l'an dernier : «Toute la région a connu une pénurie de céréales, et la circulation des denrées ne s'est pas faite convenablement.»  En autorisant les distributions gratuites et en facilitant l'accès aux soins pour les enfants de moins de 5 ans, le gouvernement de Niamey a remis en cause un credo majeur des politiques de développement des institutions financières internationales : le marché et la croissance économique ne peuvent réduire à eux seuls les causes de la malnutrition. Reste désormais à inventer des solutions.


Au Niger, une situation alimentaire toujours précaire

Sahel . Après la crise de l’an passé, gouvernement et organisations ont mieux coordonné leurs actions. Mais de nombreux enfants souffrent toujours de malnutrition.

Cette année encore, la crise alimentaire heurte de plein fouet le Niger. Dans ce pays sahélien classé comme le plus pauvre du monde par le Programme des Nation unies pour le développement (PNUD), 150 000 enfants de moins de cinq ans atteints de malnutrition ont été traités depuis janvier. Un chiffre qui n’a cessé de croître depuis janvier. Médecin sans frontières (MSF) a ainsi pris en charge plus de 2 000 enfants en juin contre 500 en février. Selon l’étude nutritionnelle réalisée fin juin par Action contre la faim, 49 000 enfants de moins de cinq ans seraient déjà sévèrement malnutris dans les seules les zones pastorales de Tahoua et de Maradi. Et avec la soudure, cette période qui s’étend de juin à octobre durant laquelle les ménages ayant épuisé leurs réserves en céréales sont le plus vulnérables, les ONG prévoient d’atteindre 400 000 enfants soignés.

Malgré ces chiffres, « 2006 se présente sous de meilleurs auspices que 2005 » a insisté Olivier Longué, directeur général d’Action contre la faim (ACF)-Espagne. Épargnée par la sécheresse et les criquets, la récolte a été bien meilleure que l’année dernière. De plus, après l’attention médiatique sans précédent portée à la crise de l’année dernière, gouvernement et organisations se sont mieux préparées. De nombreuses ONG sont opérationnelles depuis le début de l’année, ce qui explique en partie l’importance du nombre d’enfants traités, les villageois ayant d’autant plus tendance à faire soigner leurs enfants que l’offre est disponible et qu’ils ont intégré cette possibilité. Par ailleurs, le plan d’action national pour faire face à la crise, concocté cette année par l’ensemble des acteurs présents, prend en compte les erreurs de l’année dernière. Tout en ayant accru les actions d’atténuation, qui prévoient l’échange de nourriture contre du travail, le Programme alimentaire mondial (PAM) se dit prêt cette année à procéder à des distributions gratuites dans les zones les plus affectées. Par ailleurs, conscient que la malnutrition infantile est aussi liée aux maladies, comme le paludisme qui affaiblissent les organismes, le gouvernement a adopté en avril dernier un décret accordant la gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans. Une décision qui illustre une prise en compte des problèmes mais qui sera longue et difficile à appliquer sur le terrain, faute de fonds pour l’approvisionnement des centres de santé primaire.

La crise alimentaire au Niger est néanmoins vouée à être récurrente, tant ses causes sont structurelles. Le pays ne dispose selon ACF que de 12 % de terre cultivable, dont la rentabilité est extrêmement dépendante des aléas climatiques. À cela s’ajoute un taux de natalité de près de huit enfants par femmes, un des plus fort du monde, conduisant tout à la fois à une baisse de la productivité liée au rétrécissement des parcelles et à une augmentation des bouches à nourrir. Mais la production n’est pas tout. « On est confronté à une crise moderne » résume Olivier Longué. « La situation est paradoxale, les marchés sont pleins mais la population npas les moyens de s’approvisionner ». Même constat à MSF dont le président, Jean Hervé Bradol souligne que « les augmentations pourtant nettes, de la productivité et de la production agricole ne s’accompagnent pas, pour de nombreuses familles pauvres, d’un meilleur accès à une alimentation correcte ». Au Niger comme dans de nombreux pays pauvres, le gouvernement a dû, sous la contrainte des institutions financières internationales, libéraliser le marché des céréales. Ce dernier est alors tombé aux mains d’un petit nombre de notables locaux qui n’hésitent pas à spéculer à la hausse et jouissent d’autant plus du soutien du gouvernement qu’ils sont membres du parti au pouvoir. Résultats, les prix pratiqués sont inaccessibles pour la plupart des ménages ruraux.

Ainsi, même si cette année, l’augmentation des tarifs n’a pas atteint les taux record de l’année dernière - jusqu’à plus 80 % - les paysans qui se sont fortement endettés pour faire face à la crise de l’année dernière, en vendant leur bétail et leur récolte sur pied, n’ont plus de numéraire pour s’approvisionner sur les marchés. Pourtant, accrochés à l’idée que le marché, en stimulant la production, permettrait de modifier les paramètres structurels du déficit alimentaire, peu d’acteurs semblent vouloir prendre en compte la nature monopolistique de la commercialisation des céréales au Niger qui plonge chaque année les paysans dans une dépendance accrue.

Camille Bauer


NIGER: Les premières pluies laissent espérer de meilleures récoltes

NIAMEY, le 25 juillet (IRIN) - Les prières des Nigériens ont enfin été exhaussées car les premières pluies tombées sur le Niger ont arrosé une grande partie de ce pays aride, laissant espérer que la grave crise alimentaire de 2005 ne se reproduira pas cette année.

D’ordinaire, début juillet est la période où la saison des pluies bat son plein. Mais cette année, le retard des pluies a fait craindre une nouvelle sécheresse dans le pays et les chefs religieux musulmans ont organisé des séances spéciales de prière pour invoquer la pluie.

Et les pluies arrivent au moment critique de la période de soudure où les agriculteurs doivent se serrer la ceinture avant les moissons, fin septembre, début octobre. Sans ces pluies, les prochaines récoltes auraient été compromises.

La disponibilité des vivres sur les marchés du pays constitue un autre motif de satisfaction, car contrairement à ce qui s’est passé l’année dernière, les prix des denrées alimentaires ne sont pas excessifs, selon les relevés du Réseau des systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWS-NET).

En 2005, les effets conjugués de la sécheresse et de l’invasion des criquets pèlerins ont été durement ressentis dans les pays sahéliens.

Le Niger, pays le plus pauvre du globe selon le classement des Nations unies, a été particulièrement touché. Et ce n’est que lorsque les premières images d’enfants malnutris sont apparues sur les écrans de télévision en juillet dernier, que l’aide internationale s’est mobilisée.

Mais le problème ne se résume pas à la pénurie alimentaire. En 2005, les marchés regorgeaient de denrées alimentaires, mais les plus démunis ne pouvaient pas se les procurer.

Cette semaine, un rapport de l’organisation britannique Oxfam critiquait la réponse de la communauté internationale aux crises alimentaires en Afrique.

Les dons alimentaires sont une solution à court terme, indique Oxfam qui souhaiterait voir les gouvernements des pays pauvres s’impliquer dans l’amélioration de la capacité de production et dans la sécurité alimentaire.

« La réponse de la communauté internationale aux crises alimentaires doit être réétudiée … Les solutions à court terme doivent être remplacées par des actions à long terme, explique le rapport d’Oxfam intitulé « Les causes de la faim en Afrique ».

Pis, les bailleurs achètent rarement leurs aides alimentaires auprès de producteurs locaux. Au contraire, ils préfèrent importer les dons alimentaires de leurs fournisseurs.

« Une grande partie de l’aide alimentaire est encore importée, ce qui signifie que les délais de livraison peuvent être de cinq mois et coûter 50 pour cent de plus que la nourriture achetée localement », comme l’explique ce rapport.

La plupart des douze millions d’habitants que compte le Niger, vit de l’agriculture de subsistance. Pourtant chaque année, le désert avance et les trois quarts du territoire national sont maintenant des zones désertiques.


Appel à des prières collectives pour faire tomber la pluie

NIGER - 28 juin 2006 - PANAPRESS

Le Conseil islamique du Niger a appelé les Nigériens à des prières collectives, ce mercredi sur toute l’étendue du territoire national et dans toutes les mosquées, pour implorer la grâce de Dieu pour un hivernage fécond.

"Etant donné la situation que vit notre pays en matière de l’insuffisance des pluies, le Conseil islamique du Niger demande à tous les imans à travers notre pays, à organiser le mercredi à partir de 9 heures des prières collectives prônées par l’Islam dans de pareilles cas pour prier Dieu Tout Puissant de bénir notre pays d’une saison de pluies très féconde", a indiqué Mohamed Ag Ahmadou, vice-président de l'institution, dans une déclaration à la radio nationale.

Il a également demandé à toutes les populations de participer à ces prières qui devaient se répéter et continuer jusqu’à ce que le pays bénéficie de pluies fécondes.

Cette année encore, l’installation de la saison pluvieuse se fait très timidement sur l’ensemble du pays et inquiète beaucoup les populations nigériennes. A cette date très peu de villages agricoles ont procédé à des semis, alors qu’en temps normal, les cultures sont généralisées sur l’ensemble du pays à pareille période.

La Météo tente de calmer les populations en leur donnant de l’espoir pour une bonne campagne agricole. "La saison des pluies sera vraisemblablement normale à excédentaire (pluviométrie supérieure à la normale) pour la Zone 2 couvrant la partie Est de la région de Zinder jusqu'à la région de Diffa", précise un communiqué de la météo.

En 2005, les premières précipitations ont été enregistrées en avril dans la région Ouest du pays. Elles se sont généralisées sur l'ensemble du territoire national au cours du mois de mai où de nombreuses localités ont enregistré entre 100 et 130 mm de pluie.

Cette année, les premières pluies ont été faibles jusqu'à cette date et, comparativement à 2005, ont accusé un retard dû, selon la Météo, à l'arrivée relativement tardive de la mousson sur le Niger.

On rappelle que le Niger a fait face l’an dernier à une sérieuse crise alimentaire ayant nécessité l’intervention de la communauté internationale en vivres. A l’issue de la campagne agricole 2005-2006, le Niger a enregistré un excédent céréalier de quelque 100.000 tonnes mais qui cache en réalité beaucoup de disparités sur le plan national.


2005

 


Quelques sites : 

Carte détaillée du Niger

Liens vers le Niger (en anglais)

Les amis du Niger (en anglais)


Des articles de presse sur la famine au Niger de 2005


Jean Guisnel, (le Télégramme)

« La France, on ne le sait pas assez, continue de devoir beaucoup à ce pays [le Niger - NDLR]. Une entreprise détenue en quasi-totalité par l’État, Cogema filiale du groupe Areva, y exploite des mines d’uranium, matière première stratégique indispensable aussi bien aux bombes atomiques françaises qu’aux centrales nucléaires d’EDF. Et les bénéfices d’Areva, qui sont allés directement dans les poches de l’État français, se sont élevés à 426 millions d’euros en 2004. C’est-à-dire que l’aide promise par la France au Niger exsangue s’élève à environ 1 % des seuls bénéfices de l’une des entreprises qui bénéficie le plus des liens de la France avec ce pays (...). À en croire Philippe Douste-Blazy, les pays riches joueraient l’avare à propos du Niger. Mais alors, que joue la France ? Tartuffe ! »


Niger - La pluie tombe enfin, mais complique l'aide

Reuters Édition du mardi 2 août 2005

Mots clés : Niger (pays), pluie, famine

Tahoua -- Les pluies torrentielles qui s'abattent sur le Niger promettent de meilleures récoltes pour l'avenir, mais ralentissent l'acheminement de l'aide aux millions de Nigériens frappés par la famine, ont alerté hier des organisations humanitaires. Les récoltes d'octobre dernier ont été réduites à néant dans des proportions importantes par la sécheresse et l'invasion de criquets pèlerins, privant de nourriture quelque 3,6 millions de personnes et menaçant de mort des dizaines de milliers d'enfants souffrant de malnutrition.

Les pluies qui ont commencé à tomber sur la ceinture agricole du sud de ce pays aride permettent aux nomades, qui y font paître leurs troupeaux, et aux agriculteurs d'espérer une meilleure récolte cette année. «Si la pluie continue comme ça, cela sera mieux que l'année dernière», assure Issa Chaibou, cultivatrice de maïs.

Mais dans l'immédiat, les averses retardent la progression des camions chargés d'aide alimentaire d'urgence, qui doivent parcourir plus de 550 km pour acheminer leur cargaison de la capitale, Niamey, vers les villages affamés. La pluie fait disparaître les pistes sous la boue, rendant impossible l'accès à certaines localités proches de la ville de Tahoua, dans le nord-est du pays.

«La pluie est bonne pour le pays mais pourrait aussi entraver l'acheminement» de l'aide, rappelle Anita McCabe, porte-parole de l'ONG irlandaise Concern, qui prévoyait hier de distribuer de la nourriture dans le village de Barmou, près de Tahoua.

La pluie tant attendue peut avoir d'autres conséquences néfastes pour les habitants des villages. À Madoufa, près de Tahoua, les murs de certaines cases de terre et de pierre se sont effondrés sous l'effet d'un orage cette fin de semaine, et les derniers semis ont été emportés par les eaux.

Mais la pluie n'est pas la seule responsable des difficultés humanitaires du Niger. Les associations et les ONG dénoncent le retard avec lequel les pays donateurs ont réagi, soulignant que ce délai a fait considérablement augmenter le coût de l'aide.

La nourriture, qui aurait pu être acheminée par camion il y a quelques mois, doit maintenant être transportée par avion à un coût bien plus élevé. Les enfants, qui souffraient simplement de la faim au début de l'année, atteignent désormais des stades très sérieux de malnutrition. Jan Egeland, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, a rappelé qu'un dollar par enfant et par jour aurait suffi le mois dernier. Désormais il faut 80 $ pour sauver la vie d'un seul enfant, a-t-il affirmé.
Mais pour Bernard Kouchner, qui s'est rendu hier à Tahoua après le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU aurait dû réagir plus vite. «Je dis très clairement que le système des Nations unies ne nous avait pas alertés suffisamment», a affirmé le fondateur de Médecins sans frontières (MSF) dans une interview à Reuters.

 


Au Niger, M. Douste-Blazy dénonce l'"avarice" des pays riches
  

LEMONDE.FR | 31.07.05 | 09h10  .  Mis à jour le 31.07.05 | 14h29

La France se mobilise en faveur du Niger affamé. Paris a signé à Niamey une convention de 1,5 million d'euros pour le fonds alimentaire de ce pays. Cette convention de 1,5 million d'euros s'ajoutera aux 3 millions d'euros déjà versés par la France cette année pour le fonds de sécurité alimentaire du Niger, un des pays les plus pauvres au monde confronté, selon l'ONU, à une famine qui touche un tiers des 11 millions d'habitants, en grande majorité des enfants.
 
 "INDIFFÉRENCE MORALE"
  
M. Douste-Blazy a signé cette convention avec son homologue nigérienne, Mme Aïchatou Mindaoudou, après des entretiens avec le président Mamadou Tandja et son premier ministre Hama Amadou.Le ministre a dénoncé lors d'une conférence de presse l' "avarice maladive des pays riches, une indifférence morale et une erreur stratégique grave" dans la gestion de cette crise au Niger, une ancienne colonie française.

Cette catastrophe alimentaire, causée par la sécheresse et la destruction des récoltes de 2004 par des criquets pèlerins, aurait pu être évitée, mais les appels à l'aide du Niger et de l'ONU, lancés dès l'automne dernier, n'ont "pas été entendus", a dit le ministre. Il a souligné que la France était "le premier contributeur au Niger" et avait été le premier pays à se mobiliser pour lui venir en aide.

Mme Mindaoudou a déploré devant des journalistes l'aide tardive de la communauté internationale, y compris de la France. Le gouvernement nigérien a pour sa part été critiqué par des ONG pour avoir sous-estimé l'ampleur de cette catastrophe et tardé à distribuer gratuitement de la nourriture à des personnes réduites à une extrême pauvreté. Le ministre s'est ensuite rendu à Tahoua (centre-ouest), une des zones les plus touchées par la famine.
  
PROCHAINS MOIS DIFFICILES
  
Dans le village de Kalfou Dabagui, à une trentaine de km de la ville de Tahoua, le ministre a remis 1,7 tonne de médicaments, notamment des antibiotiques et des sels de réhydratation. Mais cette visite n'aura duré qu'une quinzaine de minutes en raison d'un orage. Le ministre a ensuite très brièvement visité un centre de Médecins sans frontières (MSF) à Tahoua, où 135 bébés et jeunes enfants sont hospitalisés pour malnutrition.

"Nous avons de plus en plus de cas d'hospitalisation et les deux prochains mois seront les plus difficiles en raison de la saison des pluies, propice aux maladies", a déclaré la chef de mission de MSF, Johanne Senekes. "On entend parfois des chiffres pas forcément vérifiés (sur le nombre de personnes atteintes de malnutrition), on se doit de rester prudent. Parler de famine, c'est peut-être un peu fort", a pour sa part déclaré à Niamey le chef de délégation de la Croix-Rouge française, Laurent Devilliers.

Aucun chiffre sur la mortalité due à cette famine n'est par ailleurs disponible. Un avion cargo affrété par la France et transportant 35,4 tonnes de vivres est par ailleurs arrivé à Niamey dans la soirée pour quelque 30 000 enfants de moins de 5 ans, souffrant de malnutrition sévère. M. Douste-Blazy a regagné dans la nuit de samedi à dimanche Paris, bouclant une visite de trois jours au Tchad, au Soudan et au Niger, sa première en Afrique depuis sa nomination au Quai d'Orsay il y a deux mois.
  
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Les choix économiques et politiques ont autant contribué à la catastrophe que les conditions climatiques
  

LE MONDE | 30.07.05 | 12h05  .  Mis à jour le 30.07.05 | 12h23
MARADI de notre envoyé spécial

Considérée comme l'épicentre de la pénurie alimentaire qui frappe le sud du Niger, la ville de Maradi est aussi le point de fixation des désarrois et de l'urgence. Vendredi 29 juillet, c'est par centaines que les mères, portant pour la plupart sur leur dos un bébé chétif, patientaient, sous un soleil de plomb, à l'entrée du Centre de renutrition intensive, installé sur l'emplacement d'un stade par Médecins sans frontières (MSF).

Malgré les moyens exceptionnels mis en place par l'organisation non gouvernementale (ONG) qui assure l'une des opérations nutritionnelles les plus importantes de son histoire ­ 5 centres fixes, 27 cliniques ambulatoires qui interviennent dans les villages les plus isolés, 50 expatriés et 500 employés locaux (médecins, infirmières, logisticiens) mobilisés dans tout le Niger ­, les cas de détresse ne cessent d'augmenter. Dans la semaine du 18 au 24 juillet, près de mille nouveaux enfants gravement dénutris ont été admis au centre de Maradi.

ATERMOIEMENTS

C'est aussi à Maradi que se sont posés les premiers avions cargos ­ dont plusieurs Hercules C-130 de l'armée française ­ affrétés par l'association Réunir. Ils ont acheminé plusieurs dizaines de tonnes de denrées alimentaires. Ces arrivages "sur zone" ont l'avantage de réduire les délais mais aussi d'éviter toute "évaporation" . "Nous avons appris que la Libye, l'Algérie, le Maroc et d'autres pays ont envoyé des centaines de tonnes de nourriture à Niamey, mais ici nous ne voyons rien  venir !,  s'indigne une mère de famille de Maradi. On dit même que le riz offert par le Japon aurait été revendu au Nigeria."

S'il est, comme toujours en état d'urgence, très difficile de contrôler le bon acheminement des aides internationales, on peut observer sur place que les efforts les plus intenses et les plus efficaces sont le fait d'ONG. Mais la situation reste préoccupante.

Les atermoiements du gouvernement nigérien pour alerter la communauté internationale, liés, en partie, à la rivalité et aux différences de tempérament du président Mamdou Tandja, réélu en décembre 2004, et de son premier ministre Hama Amadou, plus réactif ­ il a fallu attendre la déclaration de politique générale de ce dernier, le 28 mai, pour qu'un "appel angoissé"  soit enfin lancé ­ ne sont pas étrangers à la prise en charge tardive d'une crise prévisible.

Le fait que les appels du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'ONU, chiffrant les besoins de dons à 16 millions de dollars puis à 30 millions, en juin, n'aient pas recueilli d'écho immédiat auprès des bailleurs de fonds et donateurs explique aussi les retards pris dans la gestion de la catastrophe alimentaire dans ce pays sahélien où pénurie et malnutrition sont endémiques. Aujourd'hui, 3,5 millions de personnes sur une population totale de 11,5 millions sont concernées.

"On ne peut pas littéralement  parler de famine, comme en Somalie, soulignent pourtant d'une même voix le Dr Mego Terzian, coordinateur de l'urgence à Maradi, et Johanne Sekkenes, chef de la mission MSF au Niger, car si, du fait des mauvaises récoltes de 2004, les greniers à mil se sont vidés, on trouve de la nourriture sur les marchés. Le problème c'est que par sa rareté, liée à certaines rétentions spéculatives, elle atteint des prix inaccessibles à la population (dont 63 % vivent sous le seuil de pauvreté)." Et ils ajoutent : Dans ces conditions, il était inconséquent, voire criminel, de se contenter d'intensifier une stratégie de développement en mettant en vente des céréales à "prix modérés", comme le préconisaient les agences de l'ONU. Il fallait basculer dans une logique d'urgence en organisant immédiatement des distributions gratuites." Le Dr Terzian va plus loin, en estimant que c'est l'accès payant aux soins, au nom du "recouvrement des coûts"  qui est la première cause de la catastrophe actuelle. "Faute d'argent, les plus pauvres qui sont souvent malades ne se rendent pas dans les centres de santé. Nous voyons arriver chaque jour des enfants dans un état de malnutrition terriblement avancé et souvent accompagné de pathologies associées : déshydratation due aux diarrhées, infections des voix respiratoires, paludisme."

LOGIQUE NÉOLIBÉRALE
  La logique néolibérale imposée au Niger par le Fonds monétaire international (FMI), l'Union européenne et d'autres organisations mondiales, et à laquelle sont subordonnées la plupart des aides, n'arrange rien. A peine réélu, le président a ainsi dû instaurer une TVA de 19 % sur les denrées alimentaires de première nécessité. Dans le même état d'esprit, les banques céréalières locales qui servaient naguère de recours en cas de disette en évitant la spéculation liée à la pénurie ont été mises en sommeil.

Enfin, certaines réalités sociologiques sont à prendre en compte. Au Niger, où la religion musulmane domine, la polygamie est encore en usage et le contrôle des naissances loin d'être encouragé. La natalité atteint des taux records (7,5 enfants en moyenne par femme) de même que la mortalité infantile, un enfant sur quatre meurt avant l'âge de 5 ans. Dans cette situation d'extrême fragilité, le moindre dérèglement de la production agricole, qui occupe 70 % de la population, est tragique.


R. B.

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"Personne n'a écouté" l'ONU

Avant de s'envoler pour Maradi, au Niger, avec 18 tonnes d'aide alimentaire à bord d'un avion affrété par son association, Réunir, l'ancien ministre de la santé Bernard Kouchner a déploré, vendredi 29 juillet, que la mise en garde de l'ONU, en 2004, contre un risque de famine au Niger n'ait pas été écoutée : "Personne n'a entendu. Comme d'habitude, on pense que les Africains sont pauvres et qu'il est normal que les pauvres meurent de faim. Tout ça est dans la logique et on ne fait rien" , a-t-il déclaré. "L'aide s'accroît, la France envoie son ministre des affaires étrangères, c'est une grande première" . Et de conclure : "Les ONG travaillent toujours plus vite que les Etats" . ­ (AFP.)



Article paru dans l'édition du 31.07.05

 
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L'aide internationale en faveur du Niger s'organise
  

LEMONDE.FR | 30.07.05 | 09h07  .  Mis à jour le 30.07.05 | 09h07

"Personne n'a entendu l'alarme. Comme d'habitude, on pense que les Africains sont pauvres et que c'est normal que les pauvres meurent de faim. Tout ça est dans la logique et on ne fait rien", a déclaré à l'AFP M. Kouchner, vendredi soir, à Marseille peu avant son départ pour le Niger.
 
 DOUSTE-BLAZY SE REND AU NIGER
  
Fondateur de Médecins sans frontières, l'ancien ministre devait décoller dans la soirée pour Maradi (nord-est du Niger) à bord d'un Antonov 12 affrété par son association, Réunir. L'avion transporte 18 tonnes de denrées destinées spécifiquement aux enfants dénutris (nutriment enrichi et lait thérapeutique), qui seront distribuées en collaboration avec l'Association internationale contre la faim (AICF), dont le directeur général Benoît Miribel accompagne M. Kouchner.

Depuis le départ de Marseille d'un premier Antonov le 20 juillet, suivi de plusieurs autres rotations en provenance du Tchad, une centaine de tonnes de vivres ont pu être remises au Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, a souligné M. Kouchner. "L'aide s'accroît, la France envoie son ministre des affaires étrangères, c'est une grande première", s'est-il félicité, estimant que "les ONG travaillent toujours plus vite que les Etats".

Le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy, qui doit quitter le Soudan pour se rendre au Niger, a annoncé vendredi que la France allait acheminer dès samedi plus de 35 tonnes de vivres pour 30 000 enfants nigériens menacés par la famine. "La France dit qu'elle va aider le tiers-monde et le budget du développement diminue sans cesse", s'est cependant indigné M. Kouchner.

"C'est triste à chaque fois de voir qu'on a fait des grands concerts, le grand cirque médiatique, et qu'on ne s'est pas aperçu qu'il y avait des choses à faire pratiquement. Ce qui compte c'est l'action, pas seulement la parole", a lancé l'ancien ministre.

Classé parmi les pays les plus pauvres du monde, le Niger est en proie à la famine causée par une sécheresse persistante et une invasion de criquets pèlerins qui a détruit les récoltes de 2004. La famine, qui touche le tiers des 11 millions d'habitants, aurait pu être évitée si la communauté internationale s'était mobilisée plus tôt, selon l'ONU qui avait tiré la sonnette d'alarme dès novembre dernier.
 
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Au Niger, une crise alimentaire sans précédent frappe des dizaines de milliers d'enfants

  

LE MONDE | 30.07.05 | 12h23  .  Mis à jour le 30.07.05 | 12h23
TAHOUA de notre envoyé spécial

La peau sur les os. Il n'y a pas d'autres mots, si terribles soient-ils, pour décrire l'état de maigreur extrême de Ramatou. A 4 ans et 3 mois, l'enfant est déjà sans âge. Lorsqu'elle est arrivée, voilà une semaine, au Centre de récupération nutritionnelle ouvert par Médecins sans frontières (MSF), à Tahoua, à 550 km au nord-est de Niamey, la capitale du Niger, cette petite fille touareg originaire du village de Magar ­ aux confins des zones d'agriculture et de pâturages ­ était moribonde.

En cette fin d'après-midi brûlant, c'est pourtant elle qui a insisté pour se lever sur ses jambes squelettiques et faire quelques pas en donnant la main à Rabietou Salah Houssen, l'une des assistantes nutritionnistes qui veillent sur elle. Si tout va bien, Ramatou se remettra en quelques semaines ou quelques mois de cet atroce passage à vide ­ "malnutrition sévère" , disent les médecins ­ qui affecte des dizaines de milliers d'enfants de moins de 5 ans dans le sud du Niger.

Cette zone assez fertile, paradoxalement considérée comme la "ceinture verte" d'un pays du Sahel en grande partie désertique, connaît une crise alimentaire sans précédent depuis les années 1980. Un arrêt précoce des pluies lors de la saison d'hivernage (juillet-août-septembre) 2004, accompagné d'une invasion subite de criquets pèlerins, a provoqué, à retardement, une pénurie dramatique de mil et de sorgho ( aliments de base des Nigériens) à laquelle le gouvernement et la communauté internationale ont tardé à répondre.

Pour compenser la "soudure" qui ne s'est pas effectuée, des tonnes de nourriture sont désormais acheminées vers le Niger. Mais outre que leur distribution commence à peine, il est souvent trop tard pour sauver les plus vulnérables, c'est-à-dire les jeunes enfants, en pleine croissance. MSF est l'une des très rares organisations non gouvernementales (ONG) à avoir pris la mesure de la "catastrophe silencieuse" . L'ONG a multiplié les centres de récupération nutritionnelle intensive (Creni) et les centres ambulatoires (Crena) dans les régions les plus touchées, autour de Marabi, Dakoro, Keita et Tahoua.

Le centre MSF de Tahoua est une sorte de camp de réfugiés où, sous quelques immenses tentes, des centaines de "petits rescapés de la faim",  accompagnés de leurs mères, parfois de leurs grands-mères, sont pris en charge depuis début juin.

Depuis janvier, les centres MSF ont admis 15 000 enfants et, dans l'ensemble du pays, on estime à 800 000 le nombre d'enfants affamés, dont 150 000 souffrent de "malnutrition sévère".


PÂTE HYPERCALORIQUE


Les petits "pensionnaires" de Tahoua sont souvent des nourrissons. Parmi eux, Nana Farida, 8 mois, dont les pleurs sont à peine audibles. "Lorsque nous sommes arrivés ici, voilà vingt-six jours, Nana était presque morte , raconte Adicha, sa grand-mère. Nous habitons un village, Ilela Oumani, à 60 km d'ici, et j'ai dû emprunter de l'argent pour payer le taxi-brousse. On a bien pris soin d'elle et je crois qu'elle va s'en sortir. Nous aussi, nous sommes bien nourries avec du sorgho, des haricots ou du riz, même si le mil nous manque."

"Nous disposons ici de six médecins, dont quatre Nigériens, pour couvrir trois départements , explique Milton Tectonibis, consultant nutritionniste en tournée d'inspection à Tahoua. Les trois quarts des enfants sont suivis par les équipes ambulatoires, qui se rendent, deux fois par semaine, sur cinq points fixes couvrant chacun dix à quinze villages. Les mères y amènent en consultation leurs enfants, qui peuvent être, ensuite, traités à domicile grâce aux rations de "plumpy'nut", une pâte hypercalorique constituée d'arachide, de lait, d'huile, de sucre, de minéraux et de vitamines, que nous leur distribuons. Cet aliment, qui ne nécessite ni cuisson, ni addition d'eau, fait des miracles. En quelques semaines, un gamin peut être tiré d'affaire."

Lorsque les enfants quittent le centre ou sortent de la phase de "malnutrition sévère", leurs mères reçoivent 5 kilos de farine "unimix" à base de maïs et 5 litres d'huile d'arachide, ce qui les incite à aller jusqu'au bout du traitement.

"  Parmi les enfants qui arrivent, indique Rabietou, l'assistante nutritionniste, beaucoup sont complètement déshydratés à la suite de diarrhées, de vomissements ou d'accès de paludisme, fréquents durant la saison des pluies. Depuis le début du mois de juin, nous avons déploré 19 décès." Malgré un afflux de patients qui ne tarit pas, les équipes soignantes estiment à 90 % les cas de guérison. Le combat contre la crise alimentaire est cependant loin d'être gagné. "Aujourd'hui, nous avons établi un record en faisant face à 60 admissions en ambulatoire, et je crains que, durant le mois d'août, la situation ne s'aggrave" , raconte Cécile, une jeune interne de MSF qui rentre tout juste d'une tournée à Abalak, à 135 km au nord, en plein pays touareg.


Robert Belleret
Article paru dans l'édition du 31.07.05

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La faim et les moyens
NIGER - 30 juillet 2005- par CHARLOTTE CANS ET PHILIPPE PERDRIX


Tout le monde savait depuis neuf mois que les pays du Sahel étaient menacés d’une crise alimentaire majeure. Le moins que l’on puisse dire est que les mesures de prévention mises en œuvre n’ont pas été à la hauteur…

« Nous n'aurions jamais dû laisser autant d'enfants mourir au Niger », s'indigne Jan Egeland, le coordonnateur humanitaire des Nations unies. Combien de fois n'a-t-on entendu ce genre de propos oscillant entre amertume et exaspération ? La tragédie qui frappe le Niger est intolérable. Parce qu'elle était parfaitement prévisible. L'imminence d'une grave crise alimentaire dans l'ensemble du Sahel - à cause de la sécheresse et d'une invasion acridienne - avait été annoncée dès le mois d'octobre 2004.

Au Niger, le déficit céréalier atteignait à l'époque 223 000 tonnes, soit 7,5 % des besoins du pays. Neuf mois plus tard, dans ce pays vulnérable et enclavé (il est classé par l'ONU à l'avant-dernier rang mondial en matière de développement humain), près d'un quart de la population, soit 3,5 millions de personnes, est confrontée à une pénurie alimentaire qui a pris des proportions catastrophiques. Environ 150 000 enfants affamés risquent de mourir si rien n'est fait dans les prochaines semaines. « Depuis le début de l'année, révèle Johanne Sekkenes, la chef de mission de Médecins sans frontières (MSF) au Niger, nous avons pris en charge plus de 12 000 enfants, mais au moins 10 % d'entre eux sont morts. Et la situation s'aggrave de jour en jour. Avec l'arrivée des pluies, des maladies comme la diarrhée et le paludisme ont fait leur apparition. Les enfants malnutris en sont les premières victimes. » Il s'agit, selon l'ONU, de la deuxième famine la plus grave dans l'histoire du pays.

Pourtant, dès le mois de novembre 2004, dans le cadre du « Dispositif national de prévention et de gestion des crises alimentaires » mis en place avec la collaboration des bailleurs de fonds et de diverses organisations internationales, le gouvernement a lancé ce qui devait être un ambitieux programme de vente de céréales à prix modéré. L'objectif était double : répondre aux besoins de la population et freiner la flambée spéculative. Cela n'a pas suffi.

Même à prix subventionné, les familles les plus pauvres n'ont pas eu les moyens d'acheter ces céréales, qui plus est disponibles en quantité insuffisante. « Nous ne disposions que de 23 000 t prises sur le stock national de sécurité, explique Seidou Bakari, le coordonnateur de la Cellule de crise alimentaire. Il nous en aurait fallu 78 000 t de plus. Nous avons alors appelé à l'aide nos partenaires, mais n'avons rien reçu, sauf 500 t de dattes envoyées par l'Arabie saoudite. » Giancarlo Cirri, le représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) au Niger, confirme : « Nous avons été victimes de l'effet tsunami. Tout le monde avait les yeux braqués sur l'Asie et le Niger a été oublié. Il a fallu attendre les images terrifiantes d'enfants cadavériques pour enfin émouvoir la communauté internationale. Mais ce réveil a été trop tardif. » Au début de la crise, il aurait suffi de 1 dollar par enfant et par jour pour éviter le pire. Il faut désormais 80 dollars. Soit un total de 30 millions, selon les Nations unies.

Mais l'indifférence et la lenteur de la communauté internationale ne suffisent pas à expliquer l'ampleur du désastre. Pour leur défense, les autorités nigériennes invoquent les difficultés auxquelles elles ont été confrontées pour acheter des céréales sur un marché sous-régional déficitaire. Trois milliards de F CFA versés, pour l'essentiel, par l'Union européenne et par la France étaient pourtant disponibles. « Cet argent n'a pu être utilisé à temps, plaide Bakari, parce qu'il n'y avait pas de mil disponible au Burkina et au Nigeria, nos pays d'approvisionnement habituels. Nous venons juste de lancer des commandes à l'international. »

Reste que les dirigeants ont beaucoup trop tardé à réagir. Préoccupés par la préparation des jeux de la Francophonie, en décembre prochain à Niamey, ont-ils tenté de minimiser la catastrophe humanitaire en cours ? Dans une interview accordée à la radio La Voix de l'Amérique, au mois de juin, le président Mamadou Tandja allait jusqu'à accuser certaines ONG internationales de dramatiser la situation. Il a fallu attendre la visite de Mohammed VI, le roi du Maroc, le 19 juillet, pour qu'il se rende enfin sur le terrain, à Maradi d'abord, puis à Tahoua et Agadez. Quant au Premier ministre Hama Amadou, ce n'est que le 28 mai, dans son discours de politique générale, qu'il a publiquement lancé « un appel angoissé » à l'aide internationale.

Plus grave, le recours aux ventes subventionnées - très largement inefficace, on l'a vu - vient seulement d'être abandonné au profit des distributions gratuites. Pour des questions d'image et de fierté nationale, le gouvernement a nié, pendant trop longtemps, l'existence de la famine. Certains l'accusent même d'avoir utilisé les ventes à prix modéré comme un argument électoral dans la campagne pour l'élection présidentielle du mois de novembre. En favorisant notamment la région de Tillaberi, fief du MNSD, le parti présidentiel.

Avec un déficit céréalier estimé à 347 000 t - chiffre contesté par certains -, le Mali a fait mieux et plus vite que son voisin. Plus d'un million de personnes étaient potentiellement menacées, mais, à ce jour, « aucun enfant ne meurt de faim », estime Mohamed Haïdara, responsable local de l'ONG Afrique verte. Même si « le pays a encore besoin d'aide », Michel Laguesse, le directeur adjoint du PAM à Bamako, salue le discours de vérité tenu par le gouvernement malien, qui « n'a jamais caché la gravité de la crise ». Dès le mois de janvier, décision a été prise de procéder à des distributions gratuites de céréales et d'exonérer de taxes les importations. Au Niger, cette dernière mesure n'a été décidée qu'en mars.

La situation était également très critique en Mauritanie. Mais après trois années de sécheresse consécutives et une invasion acridienne particulièrement virulente, Nouakchott a très rapidement bénéficié d'une aide internationale abondante, en provenance essentiellement des États-Unis. Pour ce pays de 3 millions d'habitants, le PAM affirme avoir reçu environ 16 millions de dollars, contre moins de 9 millions pour le Niger, dont la population dépasse les 12 millions... De même, le Tchad a bénéficié d'une attention particulière de la communauté internationale, en raison du conflit au Darfour et de l'afflux massif de réfugiés dans le sud-est du pays.

Quant au Burkina, il était lui aussi menacé de disette, dans les régions septentrionales, en dépit d'un excédent céréalier de 60 000 t. En réponse, Ouagadougou a partiellement fermé ses frontières pour tenter de limiter les exportations céréalières vers les pays voisins. Cette mesure protectionniste conduit à s'interroger sur le bien-fondé de la libéralisation totale des marchés agricoles engagée depuis les années 1980 dans le cadre des politiques d'ajustement structurel préconisées par les institutions financières internationales. Selon Philippe Ki, responsable d'Afrique verte au Burkina, « les effets de cette libéralisation sont dévastateurs en cas de pénurie alimentaire. Cela favorise la spéculation, alors que les États avaient naguère les moyens de réguler leur marché et d'imposer un prix plafond ».

La diversité de ces crises témoigne, quoi qu'il en soit, de la vulnérabilité structurelle de ces pays, en dépit de l'existence d'un certain nombre d'organismes chargés d'y remédier. Le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), qui regroupe les neuf pays de la région, est en place depuis trente ans. Chaque pays dispose d'un système d'alerte et le PAM de représentants dans toutes les capitales... Et pourtant, chaque année, les populations appréhendent la période de « soudure » comprise entre les mois d'avril et d'octobre : les réserves sont déjà épuisées et les récoltes n'ont pas encore été engrangées. Fatalité ? Non, estime Mohamed Haïdara, d'Afrique verte : « Pour l'heure, les politiques engagées visent surtout à soutenir le développement agricole des zones arides, dont le potentiel est forcément limité, alors qu'il faudrait mettre le paquet sur les zones excédentaires à fort rendement. »

D'autres spécialistes mettent en cause la pertinence des systèmes d'alerte, qui privilégient la stabilité du marché et surveillent davantage le déficit céréalier que l'état sanitaire des populations. Or la malnutrition ne dépend pas uniquement de l'accès à la nourriture, mais aussi de l'accès aux soins. Confrontés à une pauvreté endémique, 63 % des Nigériens vivent avec moins de 1 dollar par jour et 40 % des enfants souffrent d'une malnutrition chronique.

Loin de l'autosatisfaction manifestée par les pays riches lors du dernier sommet du G8 à Gleneagles, la tragédie nigérienne traduit une nouvelle fois l'incapacité de la communauté internationale et des gouvernements locaux à répondre aux urgences humanitaires en Afrique. Les Nations unies annoncent depuis plusieurs années la mise en place d'un Fonds mondial de 500 millions de dollars destiné à financer immédiatement les distributions de vivres. Mais ce n'est encore qu'un projet. Malheureusement, rien ne dit que le Sahel ne fera pas à nouveau l'actualité l'année prochaine...
 
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L'aide alimentaire d'urgence arrive enfin au Niger
  

LEMONDE.FR | 28.07.05 | 19h21  .  Mis à jour le 28.07.05 | 20h41

L'aide d'urgence commence à parvenir aux 3,6 millions de Nigériens (sur une population totale de 11 millions) frappés depuis plusieurs mois par une famine qui a déjà tué des centaines d'enfants, selon des médecins présents sur place. Des tonnes de vivres sont déjà arrivées ces derniers jours, selon la radio RFI.
  
Un appareil du Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) devait quitter jeudi matin le dépôt d'aide humanitaire de Brindisi, en Italie, avec 44 tonnes de biscuits énergétiques, pour atterrir le même jour à Niamey. Cet avion fera deux autres voyages dans les prochains jours vers la capitale nigérienne. Par ailleurs, un convoi de camions transportant environ 1 500 tonnes de nourriture a quitté en début de semaine le port de Lomé, au Togo, et à partir du 1er août,  200 tonnes d'aide seront convoyées depuis Abidjan, en Côte d'Ivoire.
 
Environ 3,6 millions de personnes sont affectées par le manque de nourriture, et parmi elles, 2,5 millions souffrent de la famine. Le PAM compte distribuer de la nourriture à 1,5 million de personnes – dont 275 000 au cours des prochains jours – vivant principalement dans le nord du pays. Le gouvernement aidera pour sa part 1,3 million d'habitants dispersés dans les régions agricoles du Sud. "Au total, plus de 2 000 tonnes de nourriture sont actuellement en cours d'acheminement. Elles sont destinées aux organisations non gouvernementales associées au PAM qui distribuent la nourriture dans les zones les plus touchées", indique un  communiqué de l'organisation. "Le PAM doit distribuer 4 220 tonnes" d'ici à la fin de la  semaine, ajoute l'organisation. "Nous allons distribuer au total, d'ici à septembre, environ 23 000 tonnes  d'aide d'urgence", a ajouté Christopher  Endean, responsable pour le Niger au siège du PAM à Rome.
 


SÉCHERESSE EXCEPTIONNELLE ET INVASION DE CRIQUETS

"Le vrai problème n'est pas d'acheminer la nourriture aux personnes souffrant de la famine mais d'obtenir les donations pour acheter la nourriture",  a indiqué Pierre Carrasse, responsable de la logistique du PAM.
 
 
Le PAM avait alerté les donateurs "dès novembre 2004" sur la nécessité d'apporter une aide plus importante au Niger, touché par une sécheresse exceptionnelle et une invasion de criquets. Mais la communauté internationale a tardé à se mobiliser pour venir en aide à ce pays, l'un des plus pauvres de la planète, ce qui aurait sans doute permis d'éviter cette catastrophe alimentaire, selon les Nations unies.
 
 Cependant, "ces dernières semaines, les images des médias sur les conséquences  humainement dévastatrices" de la famine au Niger "ont finalement galvanisé la  communauté des donateurs", souligne le communiqué du PAM.

AIDE MULTIPLE
 
L'agence gouvernementale américaine d'aide internationale (Usaid) a annoncé mercredi qu'elle apporterait une aide supplémentaire de 7 millions de dollars (5,8 millions d'euros), comprenant la livraison de 4 320 tonnes de mil, sorgho, riz, huile végétale et lentilles.

 Cette somme porte à 31 millions de dollars (25,6 millions d'euros) la contribution de la communauté internationale à la lutte contre la famine.
  
Côté français, le ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, qui est attendu samedi au Niger "pour une visite d'amitié et de solidarité", doit remettre aux autorités locales 1,7 tonne de médicaments, a appris jeudi l'AFP de source diplomatique française à Niamey.
 
Le ministre français se rendra à Tahoua, dans le Nord, une des régions les plus sévèrement touchées par la famine. Dès son arrivée à Niamey, il remettra aux autorités nigériennes un don de 1,7 tonne de médicaments contre le paludisme, les diarrhées et d'autres infections parasitaires destinés aux enfants particulièrement éprouvés par les maladies et la malnutrition.
 
Par ailleurs, l''association Réunir, présidée par l'ancien ministre français Bernard Kouchner, apportera 18 tonnes d'aide composée d'huile, de sucre et de plusieurs tonnes d'un nutriment mis au point par une entreprise française implantée en Normandie. M. Kouchner partira vendredi pour le Niger dans un Antonov affrété pour transporter cette aide d'urgence.
  
D'autres pays agissent. Ainsi, le Maroc a apporté une première aide d'urgence de 190 tonnes de vivres et de médicaments.
  
POLÉMIQUE
  
Il y a urgence. Les organisations humanitaires estiment qu'un million d'enfants souffrent cette année de malnutrition et que 150 000 d'entre eux risquent de mourir sans une intervention rapide.

L'urgence de la situation n'occulte pas la polémique suscitée par l'attitude des autorités nigériennes, qui ont tardé à reconnaître l'ampleur de la crise et augmenté en mars les taxes sur la farine, le lait et d'autres produits de base, avant de les ramener à leur niveau initial sous la pression de la rue.

L'opposition nigérienne a accusé le président Mamadou Tandja d'"irresponsabilité criminelle". Certains responsables humanitaires ont expliqué que le gouvernement n'entendait pas fausser le jeu du marché et favoriser la dépendance alimentaire.

La présidence a, pour sa part, souligné les faibles possibilités budgétaires du pays, le deuxième plus pauvre d'Afrique, et affirmé que ses réformes étaient dictées par le Fonds monétaire international.

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L'aide alimentaire d'urgence arrive enfin au Niger
  

LEMONDE.FR | 28.07.05 | 19h21  .  Mis à jour le 28.07.05 | 20h41

L'aide d'urgence commence à parvenir aux 3,6 millions de Nigériens (sur une population totale de 11 millions) frappés depuis plusieurs mois par une famine qui a déjà tué des centaines d'enfants, selon des médecins présents sur place. Des tonnes de vivres sont déjà arrivées ces derniers jours, selon la radio RFI.
 
Un appareil du Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) devait quitter jeudi matin le dépôt d'aide humanitaire de Brindisi, en Italie, avec 44 tonnes de biscuits énergétiques, pour atterrir le même jour à Niamey. Cet avion fera deux autres voyages dans les prochains jours vers la capitale nigérienne. Par ailleurs, un convoi de camions transportant environ 1 500 tonnes de nourriture a quitté en début de semaine le port de Lomé, au Togo, et à partir du 1er août,  200 tonnes d'aide seront convoyées depuis Abidjan, en Côte d'Ivoire.
 
Environ 3,6 millions de personnes sont affectées par le manque de nourriture, et parmi elles, 2,5 millions souffrent de la famine. Le PAM compte distribuer de la nourriture à 1,5 million de personnes – dont 275 000 au cours des prochains jours – vivant principalement dans le nord du pays. Le gouvernement aidera pour sa part 1,3 million d'habitants dispersés dans les régions agricoles du Sud. "Au total, plus de 2 000 tonnes de nourriture sont actuellement en cours d'acheminement. Elles sont destinées aux organisations non gouvernementales associées au PAM qui distribuent la nourriture dans les zones les plus touchées", indique un  communiqué de l'organisation. "Le PAM doit distribuer 4 220 tonnes" d'ici à la fin de la  semaine, ajoute l'organisation. "Nous allons distribuer au total, d'ici à septembre, environ 23 000 tonnes  d'aide d'urgence", a ajouté Christopher  Endean, responsable pour le Niger au siège du PAM à Rome.
 
SÉCHERESSE EXCEPTIONNELLE ET INVASION DE CRIQUETS

"Le vrai problème n'est pas d'acheminer la nourriture aux personnes souffrant de la famine mais d'obtenir les donations pour acheter la nourriture",  a indiqué Pierre Carrasse, responsable de la logistique du PAM.
  
Le PAM avait alerté les donateurs "dès novembre 2004" sur la nécessité d'apporter une aide plus importante au Niger, touché par une sécheresse exceptionnelle et une invasion de criquets. Mais la communauté internationale a tardé à se mobiliser pour venir en aide à ce pays, l'un des plus pauvres de la planète, ce qui aurait sans doute permis d'éviter cette catastrophe alimentaire, selon les Nations unies.

 Cependant, "ces dernières semaines, les images des médias sur les conséquences  humainement dévastatrices" de la famine au Niger "ont finalement galvanisé la  communauté des donateurs", souligne le communiqué du PAM.

AIDE MULTIPLE
 
L'agence gouvernementale américaine d'aide internationale (Usaid) a annoncé mercredi qu'elle apporterait une aide supplémentaire de 7 millions de dollars (5,8 millions d'euros), comprenant la livraison de 4 320 tonnes de mil, sorgho, riz, huile végétale et lentilles.

 Cette somme porte à 31 millions de dollars (25,6 millions d'euros) la contribution de la communauté internationale à la lutte contre la famine.
 
Côté français, le ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, qui est attendu samedi au Niger "pour une visite d'amitié et de solidarité", doit remettre aux autorités locales 1,7 tonne de médicaments, a appris jeudi l'AFP de source diplomatique française à Niamey.
 
Le ministre français se rendra à Tahoua, dans le Nord, une des régions les plus sévèrement touchées par la famine. Dès son arrivée à Niamey, il remettra aux autorités nigériennes un don de 1,7 tonne de médicaments contre le paludisme, les diarrhées et d'autres infections parasitaires destinés aux enfants particulièrement éprouvés par les maladies et la malnutrition.
 
 
Par ailleurs, l''association Réunir, présidée par l'ancien ministre français Bernard Kouchner, apportera 18 tonnes d'aide composée d'huile, de sucre et de plusieurs tonnes d'un nutriment mis au point par une entreprise française implantée en Normandie. M. Kouchner partira vendredi pour le Niger dans un Antonov affrété pour transporter cette aide d'urgence.

 
D'autres pays agissent. Ainsi, le Maroc a apporté une première aide d'urgence de 190 tonnes de vivres et de médicaments.
  
POLÉMIQUE
  
Il y a urgence. Les organisations humanitaires estiment qu'un million d'enfants souffrent cette année de malnutrition et que 150 000 d'entre eux risquent de mourir sans une intervention rapide.

L'urgence de la situation n'occulte pas la polémique suscitée par l'attitude des autorités nigériennes, qui ont tardé à reconnaître l'ampleur de la crise et augmenté en mars les taxes sur la farine, le lait et d'autres produits de base, avant de les ramener à leur niveau initial sous la pression de la rue.

L'opposition nigérienne a accusé le président Mamadou Tandja d'"irresponsabilité criminelle". Certains responsables humanitaires ont expliqué que le gouvernement n'entendait pas fausser le jeu du marché et favoriser la dépendance alimentaire.

La présidence a, pour sa part, souligné les faibles possibilités budgétaires du pays, le deuxième plus pauvre d'Afrique, et affirmé que ses réformes étaient dictées par le Fonds monétaire international.
 
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N A T I O N S  U N I E S
Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires  (OCHA)
Réseaux d'Information Régionaux Intégrés (IRIN)

NIGER : Les fonds commencent enfin à affluer

DAKAR, le 26 juillet (IRIN) - Tandis que les fonds commencent à être versés, les organisations humanitaires internationales se hâtent d'envoyer des aides alimentaires et des équipes médicales au Niger, un pays enclavé d'Afrique de l'Ouest où plus de deux millions de personnes survivent aujourd'hui en se nourrissant principalement de racines et de plantes sauvages.

Depuis des mois, les Nations unies, l'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) et le gouvernement nigérien mettent en garde la communauté internationale contre la menace bien réelle de pénuries alimentaires au Niger.

Par solidarité musulmane, certains pays arabes, Maroc, Algérie, Libye, Arabie saoudite et Emirats arabes unis, ont envoyé plusieurs avions chargés de nourriture au cours des dernières semaines.

Le tout premier avion d'aide alimentaire d'urgence envoyé par l'Occident est arrivé à Niamey jeudi dernier.

Réunir, une organisation humanitaire basée en France, l'ancienne puissance coloniale du Niger, a envoyé un avion-cargo Antonov 12, chargé d'huile végétale, de sucre et de Plumpy'nut, une pâte alimentaire pour enfants à haute teneur nutritionnelle.

Mais l'aide internationale, qui s'est fait attendre, commence tout juste à affluer.

Jan Egeland, coordinateur des secours d'urgence des Nations unies, a déclaré vendredi que la communauté internationale avait envoyé plus d'argent au Niger ces dix derniers jours qu'elle ne l'avait fait au cours des dix derniers mois.

M. Egeland a déploré à maintes reprises la réaction lente de la communauté internationale face à la famine naissante au Niger, le deuxième pays le plus pauvre du monde, selon l'Indice de développement humain des Nations unies.

Selon les estimations des autorités nigériennes, jusqu'à 3,6 millions de personnes seront confrontées à une pénurie alimentaire au cours de cette année. Les champs de céréales et les pâturages nigériens ont en effet été dévastés par la sécheresse et l'invasion massive de criquets pèlerins qui avaient marqué l'année 2004.

M. Egeland appelle à la création d'un fonds d'urgence

Lors d'une conférence de presse, à Genève, M. Egeland a appelé à la création d'une réserve d'urgence que les Nations unies pourraient utiliser immédiatement en cas de crise, en attendant de trouver des fonds.

Jusqu'à ce jour, les bailleurs de fonds ont consacré 10 millions de dollars américains à la crise au Niger, soit un tiers de la somme totale demandée par les Nations unies (30,7 millions), selon M. Egeland.

La somme initialement demandée, qui avait été augmentée de 12 millions de dollars américains la semaine dernière, sera probablement revue à la hausse de nouveau dans un futur proche, selon lui.

Les représentants des Nations unies et les travailleurs humanitaires se sont déclarés soulagés de voir que les principaux bailleurs internationaux, et notamment les Etats-Unis, l'Union européenne, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, commençaient enfin à prêter main forte au peuple nigérien.

Selon eux, toutefois, l'aide arrive trop tard pour beaucoup d'habitants des villages reculés et désertiques du Niger.

« Personne ne nous a écouté », a déclaré jeudi Natasha Kofoworola Quist d'Oxfam - Grande-Bretagne, alors qu'elle se trouvait à Niamey, la capitale nigérienne.

« Heureusement, les choses sont en train d'évoluer, mais il est certain que des enfants vont mourir ».

Save the Children - Royaume Uni, Oxfam - Grande-Bretagne, l'organisation caritative irlandaise Concern Worldwide ainsi que beaucoup d'autres organisations humanitaires internationales ont annoncé cette semaine qu'elles enverraient des équipes de secours d'urgence au Niger.

La couverture médiatique de la crise a suscité l'intérêt des bailleurs de fonds.

Jusqu'à présent, le Programme alimentaire mondial (PAM) n'a reçu que 5 millions de dollars américains sur les 16 millions initialement demandés. C'est ce qu'a déclaré vendredi Gian Carlo Cirri, le représentant du PAM au Niger. Qui plus est, la majeure partie de cette somme n'a été versée qu'au cours des dernières semaines.

« La couverture médiatique de la crise au Niger a suscité l'intérêt des bailleurs », a-t-il expliqué. « Pour ce qui est des fonds, la situation s'améliore, mais nous n'avons pas encore tous les fonds nécessaires ».

Pour les travailleurs humanitaires, ce sont les questions d'ordre humanitaire, et notamment la hausse spectaculaire des taux de malnutrition chez les enfants nigériens, qui ont fini par réveiller la conscience de la communauté internationale.

« Cette année a été assez désastreuse pour que le Niger tombe au-dessous de la limite et se fasse enfin remarquer », a déclaré Nigel Tricks, directeur de la branche nigérienne de Concern Worldwide.

« Le Niger est un pays laissé pour compte », a-t-il ajouté. « Il survit depuis des années dans des conditions très difficiles. La communauté internationale néglige les populations démunies du Niger depuis des dizaines d'années ».

Les récoltes de l'année 2004 ont été particulièrement désastreuses pour le Niger, qui présente aujourd'hui un déficit alimentaire de 223 000 tonnes - le plus considérable jamais enregistré depuis 20 ans.

Les Nations unies estiment que 2,5 millions de Nigériens, sur une population totale de 12 millions, survivent avec moins d'un repas par jour, et se nourrissent de racines et de plantes sauvages.

Selon les estimations du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), jusqu'à 150 000 enfants de moins de cinq ans souffriraient de malnutrition aiguë au Niger.

Les centres de nutrition thérapeutique mis en place, en petit nombre, par MSF et d'autres organisations humanitaires enregistrent tous les jours des décès de nourrissons.

La prochaine récolte prévue pour fin septembre

Selon les experts humanitaires, il est crucial d'envoyer des aides alimentaires au Niger dans le courant du mois prochain afin de maintenir le peuple nigérien en vie en attendant les prochaines récoltes, prévues pour la fin du mois de septembre.

La saison des pluies a bien commencé à la fin du mois de mai et les cultures plantées depuis lors poussent bien ; mais la plupart des greniers sont vides, les prix des denrées alimentaires ont plus que doublé sur les marchés et il faudra encore patienter 10 semaines avant les nouvelles récoltes.

En attendant, beaucoup de villageois nigériens devront survivre avec le peu de nourriture qu'ils trouveront à se mettre sous la dent. A moins qu'ils ne bénéficient, au plus vite, de l'aide alimentaire internationale.

Les bergers nomades, qui ont vu leurs bêtes mourir une par une de faim et de soif, sont encore plus exposés à la famine que les paysans. Selon les travailleurs, il leur faudra au moins deux ans pour reconstituer leurs cheptels.

Cette semaine, à Niamey, les travailleurs humanitaires, les représentants des autorités et ceux des Nations unies se sont rencontrés pour mettre au point des plans de distribution gratuite de nourriture dans les régions les plus touchées.

Save the Children - Royaume Uni, qui n'avait pas auparavant de bureau au Niger, a dépêché au début du mois de juillet des nutritionnistes et des logisticiens à Maradi et à Zinder, deux villes du sud du Niger. Ceux-ci sont chargés de diriger des programmes de nutrition destinés aux enfants mal nourris, selon une spécialiste des secours d'urgence qui travaille pour l'organisation.

D'après elle, il a été particulièrement difficile de convaincre les bailleurs internationaux de mettre la main au portefeuille pour juguler la crise au Niger, un pays où sécheresse et famine ne suscitent plus l'intérêt des médias depuis des années.

« Maintenant que des enfants sont en train de mourir, le Niger est devenu un sujet croustillant »

« Quand Save the Children dit "Nous avons besoin d'argent pour le Niger", les gens disent "Pourquoi ?" », a-t-elle expliqué. « Les bailleurs ne veulent pas donner quand la cause n'est pas assez croustillante. Maintenant que des enfants sont en train de mourir, le Niger est devenu un sujet à la mode ».

Le comble de l'ironie, pour Mme Quist d'Oxfam - Grande-Bretagne, c'est que la communauté internationale ait oublié le Niger alors même que se déroulait, en Ecosse, le dernier sommet du G8. Au cours de cette rencontre fortement médiatisée, les pays les plus riches du monde s'étaient engagés à faire de la lutte contre la pauvreté en Afrique une priorité.

« Ils disent qu'ils veulent éradiquer la pauvreté et mettre l'Afrique à l'ordre du jour », a déclaré Mme Quist. « En attendant, des gens meurent. »

« Pour certains Nigériens, il est déjà trop tard. Il est également trop tard pour beaucoup de bêtes. Et ces bêtes constituent le moyen de subsistance du peuple. Mais nous pouvons encore sauver une partie de la population », a-t-elle poursuivi.

Oxfam - Grande-Bretagne est d'ailleurs en train de mettre en place un programme d'aide alimentaire, doté d'un budget de 2 millions de dollars américains, qui permettra de nourrir au moins 130 000 personnes. L'organisation prévoit également d'aider les bergers nomades à reconstituer leurs cheptels.

Selon M. Tricks de Concern Worldwide, qui vit au Niger depuis un an, si les dirigeants des pays du G8 sont véritablement déterminés à aider l'Afrique, ils doivent tout mettre en ouvre pour prévenir de telles crises.

« Oublions un instant la situation du Niger en 2005 », a-t-il suggéré. « La situation actuelle traduit un problème plus alarmant. Elle est le résultat du peu d'intérêt accordé à la résolution des problèmes graves qui affectent l'Afrique subsaharienne ».

Concern Worldwide a envoyé une douzaine de travailleurs humanitaires internationaux pour diriger des programmes d'aide alimentaire dans la région de Tahoua, au Niger.

Depuis quelques mois, les autorités nigériennes subventionnaient les ventes de vivres dans les régions les plus touchées. Elles ont toutefois accepté la semaine dernière de procéder à des distributions de nourriture gratuite dans ces mêmes régions.

Seidou Bakari, responsable de la cellule de crise alimentaire rattachée au cabinet du Premier ministre nigérien, a déclaré à IRIN vendredi qu'il travaillait en ce moment en collaboration avec des travailleurs humanitaires internationaux pour définir un plan de distribution d'aide alimentaire gratuite destinée à nourrir 1,6 million de personnes.

Tandis que les autorités en appellent à la générosité des bailleurs internationaux, les Nigériens eux-mêmes mettent la main au portefeuille pour aider leurs compatriotes.

Au Niger, le revenu annuel moyen par habitant ne dépasse pas 190 dollars américains. Pourtant, selon la cellule de crise, les autorités ont reçu 832 millions de francs CFA (environ 1,5 million de dollars américains) pour nourrir les plus démunis, en réponse à l'appel lancé en mai dernier par le Premier ministre.

N A T I O N S  U N I E S
Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires  (OCHA)
Réseaux d'Information Régionaux Intégrés (IRIN)

NIGER : Le PAM augmente le nombre des bénéficiaires de l'aide alimentaire

DAKAR, le 1 août (IRIN) - Le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) va porter le nombre des bénéficiaires de l'aide alimentaire au Niger à 2,5 millions de personnes, soit plus du double de la cible initialement visée, a déclaré vendredi un représentant du PAM.

D'après les autorités nigériennes, 3,6 millions d'habitants seraient confrontés à la pénurie alimentaire. Selon les estimations du PAM, 2,5 millions d'entre eux auraient besoin d'une aide alimentaire. C'est ce qu'a déclaré Gian Carlo Cirri, le représentant du PAM au Niger, alors qu'il se trouvait à Niamey, la capitale nigérienne.

Seuls 1,2 million de personnes devaient initialement bénéficier de l'aide du PAM.

Depuis des mois, les Nations unies et les autorités multiplient les appels d'urgence pour solliciter les bailleurs de fonds occidentaux. Ces dernières semaines, leurs appels ont enfin été entendus : les fonds commencent à affluer pour financer les secours d'urgence. Mais au Niger, des milliers d'enfants sont déjà morts de faim. C'est du moins ce qu'a déclaré la semaine dernière Jan Egeland, coordinateur des secours d'urgence des Nations unies.

Le PAM aidera d'abord les plus vulnérables, selon M. Cirri.

« Nous estimons à présent qu'environ 1,6 million sur les 2,5 millions sont extrêmement vulnérables. Ce sont ceux-là que nous aiderons en priorité », a-t-il déclaré.

Au Niger, le PAM distribue de la nourriture gratuite et fournit des rations alimentaires aux centres de nutrition thérapeutique et de nutrition supplémentaire.

L'organisation prévoit de présenter son nouveau budget aux bailleurs dans le courant de la semaine prochaine, selon des représentants de l'agence.

Il faudra patienter quelques mois encore pour voir la fin de la période de soudure. Cette période, toujours difficile au Niger, un pays semi-désertique et enclavé, est encore plus rude cette année, après l'invasion de criquets et la sécheresse qui ont dévasté les cultures et les pâturages en 2004.

 Le PAM fait partie des organisations qui avaient averti la communauté internationale,  dès novembre 2004, de la nécessité de fournir une aide alimentaire au Niger.

Les organisations humanitaires affirment à présent que la saison des pluies, qui a commencé, pourrait favoriser la propagation de maladies. Ces maladies pourraient elles-mêmes provoquer la mort d'enfants et de bébés déjà affaiblis par la crise alimentaire.

Selon les estimations des Nations unies, plus de deux millions d'habitants, sur une population totale de 12 millions, vivent avec moins d'un repas par jour et survivent en se nourrissant de racines et de plantes sauvages. D'après le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), jusqu'à 150 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

Selon certains travailleurs humanitaires déployés au Niger, les fonds envoyés en masse ces derniers jours ont permis aux organisations humanitaires de commencer à distribuer de la nourriture aux populations qui n'avaient jusqu'alors reçu aucune aide.

D'après certains représentants d'organisations humanitaires présents au Niger, la soudaine mobilisation de la communauté internationale commencent à porter ses fruits sur le terrain. Toutefois, il est trop tôt, disent-ils, pour mesurer l'impact de l'aide sur les populations touchées.

« Maintenant, il y a une intervention énorme [à Maradi] », a déclaré Jean-Luc Galbrun d'Action contre la faim alors qu'il se trouvait à Maradi, une ville du Centre Sud du Niger.

Les équipes de secours d'urgence dépêchées par les ONG sont arrivées à Maradi la semaine dernière. Elles ont déjà commencé à distribuer de la nourriture dans les villages, pour aider, notamment, les enfants atteints de malnutrition modérée, selon M. Galbrun.

« De toute évidence, avec ces nouvelles ressources et le flux d'activité, l'impact de l'aide sera plus important », a déclaré M. Galbrun.

Jusqu'au début du mois de juillet, seul Médecins sans frontières avait mis en place des opérations de secours d'urgence pour aider les populations les plus touchées, concentrées dans le sud du pays.

Cette semaine, le PAM et d'autres organisations humanitaires internationales ont envoyé, par avion, des centaines de tonnes de vivres et d'autres produits au Niger.

Au cours des prochains jours, le PAM doit envoyer au Niger 70 tonnes de biscuits énergétiques, stockés dans l'entrepôt de l'organisation, en Italie. C'est ce qu'a déclaré vendredi un représentant du PAM. La semaine prochaine, l'agence enverra par avion environ 185 tonnes de céréales riches en oligoélément, provenant de stocks entreposés en Côte d'Ivoire.

Au cours des deux dernières semaines, certains pays (Australie, Belgique, France, Allemagne, Italie, Luxembourg, Suisse, Royaume-Uni, Etats-Unis.) ont donné ou se sont engagés à donner des fonds pour le Niger.

L'agence américaine pour le développement international (USAID) a annoncé le 26 juillet dernier que les Etats-Unis octroieraient quelque 7 millions de dollars américains pour financer l'aide alimentaire d'urgence au Niger. Un haut représentant d'USAID s'est d'ailleurs rendu au Niger cette semaine.

Cette somme servira à acheter du sorgho, des lentilles, de l'huile et d'autres produits alimentaires, dont certains, importés de pays voisins du Niger, seront immédiatement disponibles, et d'autres seront acheminés depuis les Etats-Unis par voie maritime, selon une déclaration de l'USAID.

Selon certains travailleurs humanitaires, même s'il faut en priorité lutter contre la famine, il est également crucial d'aider le Niger à se redresser et à mieux se protéger des catastrophes naturelles à venir.

« Nous pensons qu'il est important de mettre en place des plans d'intervention à long terme », a expliqué Nuria Salse, une nutritionniste d'Action contre la faim, alors qu'elle se trouvait à Tahoua, au Niger.

Nuria Salse espère que les bailleurs ne cesseront pas d'apporter leur aide aux populations du Niger, une fois la crise passée. Elle souhaite au contraire que la communauté internationale continue de prêter main forte au peuple nigérien afin que celui-ci puisse réunir les ressources et construire les infrastructures nécessaires pour qu'à l'avenir « le pire ne se répète plus »


La France lie développement en Afrique et sécurité en Europe
  

LE MONDE | 01.08.05 | 13h09  .  Mis à jour le 01.08.05 | 13h09
NIAMEY de notre envoyé spécial

"La sécurité des pays riches passe par le développement des pays pauvres" : du Tchad au Niger, avec une visite au Soudan, Philippe Douste-Blazy a scandé ce message au cours d'un voyage qui, du jeudi 28 au samedi 30 juillet, l'a conduit du palais présidentiel de N'Djamena à un camp de réfugiés du Darfour (dans l'ouest du Soudan), puis dans les zones du Niger frappées par la malnutrition.

A Niamey, où converge tardivement l'aide internationale aux populations touchées par le double fléau de la sécheresse et d'une invasion de criquets, le ministre des affaires étrangères a tenté le grand écart entre les gestes symboliques et télévisés, censés témoigner de la générosité de la France, et le discours de fond sur la nécessité d'une mobilisation financière de grande ampleur en faveur du développement. Reculant au maximum son retour vers Paris pour assister à l'atterrissage du Boeing 747 cargo affrété par la France et improviser une conférence de presse dans la carlingue, devant des montagnes de produits nutritifs et thérapeutiques, M. Douste-Blazy a aussi trouvé de fortes paroles pour appeler à la relance de l'aide au développement en liant cette nécessité à la lutte contre le terrorisme, en particulier "dans la bande sahélienne" .

"Il n'y aura pas de croissance et de sécurité dans le monde occidental (...)  sans stabilisation du continent africain, a-t-il déclaré : quand l'être humain n'a plus d'espoir, il est perméable au discours de haine et d'intolérance. Il voit que les grandes démocraties vantent à longueur de journée les valeurs humanitaires, solidaires, sans que cela change quoi que ce soit sur le plan de sa destinée. Il se dit que la liberté, l'égalité et la fraternité ne sont pas pour lui."  Reliant explicitement les attentats terroristes à la question du sous-développement, M. Douste-Blazy a ajouté : "Mettre des caméras dans le métro pour lutter contre cette intolérance, c'est bien. Accroître les contrôles aux frontières, pourquoi pas ? Mais se mobiliser au Niger, au Soudan et dans toutes les zones d'extrême pauvreté, c'est encore mieux et surtout plus efficace."  Le ministre des affaires étrangères a même invité les Français à ne pas avoir "l'esprit tranquille"  en partant en vacances parcequ'"aujourd'hui tout le monde sait où est le malheur" .

Conséquence de cette dialectique entre sécurité et développement, l'aide aux pays du Sud doit être accrue et ciblée sur les enjeux de l'éducation ­ spécifiquement celle des femmes ­, de la santé et de l'agriculture, a insisté M. Douste-Blazy. Alors que la crise alimentaire nigérienne est longtemps restée sans réponse, le ministre a dénoncé "l'avarice maladive des pays riches"  et "le manque de vision de la communauté internationale (...) pour prévenir les crises naturelles". A ses côtés, la ministre des affaires étrangères nigérienne, Aïchatou Mindaoudou, a affirmé que "personne n'a rien fait, y compris la France",  lorsqu'elle a appelé à l'aide, en octobre 2004.

Tout a changé depuis que, début juillet, l'ancien ministre Bernard Kouchner est monté au créneau : le Niger est devenu l'objet d'une âpre concurrence médiatique. Alors que M. Kouchner était présent, lui aussi, au Niger, samedi, accompagnant un nouvel avion d'aide alimentaire affrété par son association, Réunir, M. Douste-Blazy a organisé en quelques heures l'arrivée du Boeing 747 cargo contenant plus de 35 tonnes de produits destinés aux 30 000 enfants souffrant de malnutrition sévère.

Sautant d'Airbus en Boeing puis en 4 × 4 pour aller offrir des caisses de médicaments dans un village à 500 km de Niamey, où il est resté dix minutes, ou se faire photographier sous une tente de Médecins sans frontières (MSF) à Tahoua, où des enfants luttent contre la mort, M. Douste-Blazy a déclaré agir au nom d'une "diplomatie éthique" , parce qu'"il n'y a pas une minute à perdre lorsque des enfants vont mourir" . Mais, en même temps, il a prévenu : "Ce n'est certainement pas par la compassion que nous réglerons le problème." Devant ce déploiement de force politico-médiatique aussi impressionnant qu'éphémère, un membre de la délégation nigérienne a juste soufflé : "On dirait que vous découvrez que nous sommes pauvres..."

Philippe Bernard
Article paru dans l'édition du 02.08.05


L'aide internationale arrive lentement
  

LEMONDE.FR | 01.08.05 | 20h39  .  Mis à jour le 01.08.05 | 20h48

Plusieurs organisations humanitaires ont entamé lundi 1er août les opérations de distribution de l'aide alimentaire d'urgence envoyée par le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU pour les populations affamées du Niger.



 Des opérations "ciblées" de distribution gratuite ont eu lieu dans quelques villages de la région de Tahoua, à environ 550 km au nord-est de Niamey, la capitale, a-t-on appris lundi auprès de l'organisme onusien et d'ONG.

 Cette région est l'une des plus touchées par la malnutrition, avec celle de Tillabéry, au nord Niamey, la capitale, et celles de Maradi et Zinder, au sud. L'aide arrive pour l'instant au compte-gouttes car il faut plusieurs jours pour l'acheminer par camion vers les entrepôts de stockage des ONG, puis dans les villages.

 Les rations distribuées sont destinées dans un premier temps aux enfants souffrant de malnutrition "modérée à risque". A Barmou, village situé à environ 30 km au nord de Tahoua, l'ONG britannique Concern a distribué des biscuits hyperprotéinés et des sacs de farine enrichie à près de 180 mères d'enfants malnutris "modérés". Mais de nombreuses mères venues pour des rations familiales sont reparties déçues, ont indiqué des témoins sur place.

 "ON EST DANS L'URGENCE"

Les ONG n'ont pas encore reçu du PAM les stocks nécessaires à la distribution de rations familiales, soit de quoi nourrir une famille de huit personnes. "On est dans l'urgence", a estimé le directeur général d'Action contre la faim (ACF-Espagne), Benoît Miribel, dont l'organisation humanitaire commencera mardi à distribuer des vivres à d'autres enfants malnutris dans un village près de Keïta, à environ 50 km à l'est de Tahoua.

 "Il faut agir vite. Encore une fois, ce sont les personnes les plus pauvres et les plus dépendantes qui sont les plus vulnérables, ceux qui n'ont plus d'argent, qui vendent leurs effets personnels", a-t-il déploré.

 Dans les prochains jours, ACF devrait élargir ses opérations pour cibler des familles entières dans 19 villages de la région. Le PAM continuait lundi à expédier par camions l'aide alimentaire d'urgence arrivée par avion à la fin de la semaine dernière à Niamey, dont 70 tonnes de biscuits hyperprotéinés.

DISTRIBUTION DE 2 000 TONNES DE RIZ

Au total, l'organisme onusien compte distribuer dans les prochains jours plus de 4 000 tonnes de vivres destinées aux zones les plus affectées du pays, dont 2 000 tonnes de riz et 550 tonnes de pois cassés.

 Aucune statistique officielle de mortalité n'est disponible. L'ONU estime cependant à plus de 3,5 millions le nombre de personnes menacées de famine. Sur 800 000 enfants concernés, 150 000 d'entre eux souffrent de grave malnutrition "modérée à risque" ou "sévère", toujours selon l'ONU.

 Les spécialistes parlent de famine "cachée" car elle touche pour l'instant les plus vulnérables, essentiellement les enfants de moins de cinq ans. "Il y a des populations qui ne mangent plus qu'une fois par jour. Certains, dans d'autres régions plus au nord, se nourrissent de racines. Il ne faut pas attendre que cela se dégrade davantage", a souligné le directeur général d'ACF


NIAMEY, 1er août (XINHUANET) -- Le chef de l'Etat nigérien Mamadou Tandja, en visite lundi dans la région de Tillabéri (ouest du pays) , a invité les populations de cette région à varier leurs  habitudes alimentaires. 

En effet, le mil et le riz sont les principaux aliments de base dans cette région, une des plus touchées par la crise alimentaire  aiguë que connaît le Niger. 

C'est la troisième visite du président Tandja dans les régions  touchées par cette crise, après Maradi (centre), Tahoua et Agadez  (nord), rappelle-t-on. 

Le chef de l'Etat qui a entamé ce périple en hélicoptère,  visitera les localités de Filingue, Banibangou, Ouallam et Abalak. 

A Filingue, première étape de son périple, le président Tandja  a évoqué, devant les populations, la situation alimentaire "très  critique" au Niger, pays qui fêtera le 45ème anniversaire de son  indépendance le 3 août prochain. 

Il a ensuite parlé des efforts déployés par le gouvernement  nigérien, en partenariat avec les bailleurs de fonds, pour juguler cette crise alimentaire qui touche plus de trois millions de  personnes. 

En ce qui concerne la distribution gratuite des vivres, la  région de Tillabéri a reçu 7 095 tonnes de vivres, toutes céréales confondues, pour une population de plus d'un million d'habitants  répartie dans 481 villages. 

Pour la campagne agricole 2005-2006, le taux de couverture est  de 99,8% dans cette région; seuls deux villages, situés dans  l'extrême-nord, n'ont pas encore semé à ce jour. 

Le chef de l'Etat a entamé cette visite d'évaluation de la  crise alimentaire dans le pays, depuis le 26 juillet dernier,  rappelle-t-on. 


mardi 2 août 2005, mis à jour à 18:40
Comment réformer l'aide humanitaire après la famine au Niger ?

LEXPRESS.fr avec Reuters

Au Niger, les caméras de télévision saisissent les images des enfants décharnés souffrant de maltrunition et les organisations humanitaires acheminent par avion d'importantes quantités d'aide alimentaire; le problème, c'est qu'il est déjà trop tard.
 
La famine nigérienne démontre que le monde réagit souvent trop tard aux appels à l'aide des pays les plus pauvres. Plusieurs signaux d'alarme antérieurs ont été ignorés par les pays donateurs, rendant l'aide plus coûteuse, car trop tardive.
 
Les travailleurs humanitaires mettent cette négligence sur le compte d'une certaine "lassitude" des crises alimentaires africaines, du Malawi au Soudan. Mais le cas du Niger a révélé des problèmes plus complexes en terme de politique d'aide, de financement et de recherche de solutions à long terme.
 
"Tous les indicateurs étaient dans le rouge", rappelle Johanne Sekkenes, chef de la délégation de Médecins sans frontière (MSF) au Niger. "La communauté internationale a échoué à mettre en place un plan d'urgence en réponse à cette crise", ajoute-t-elle.
 
L'aide arrive aujourd'hui au Niger, mais à quel coût? Selon des estimations de l'Onu, il faut aujourd'hui 80 dollars pour sauver un enfant affamé. Il y a quelques mois, un dollar par jour aurait suffi pour le nourrir.
 
FAMINE CONTRE TSUNAMI
 
Jan Egeland, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence de l'Onu, a rappelé ces chiffres afin d'attirer l'attention sur le fait que prévenir est plus facile que guérir. Mais les experts sont divisés sur la marche à suivre.
 
La famine au Niger, causée par une sécheresse sans précédent et aggravée par des invasions de criquets, n'a commencé à faire les gros titres des médias qu'en juillet.
 
En Afrique de l'Ouest, dans la région du Sahel, des systèmes d'alerte ont été créés après les fortes sécheresses des années 70 et 80. Mais les pays donateurs n'accordent pas une confiance totale aux informations fournies par les pays touchés et attendent souvent d'obtenir une autre source d'information avant de débloquer des fonds.
 
Les travailleurs humanitaires admettent que les informations du gouvernement nigérien sont incomplètes. Mais pour eux, le véritable problème est que les premiers appels à l'aide internationale ont été lancés en décembre 2004, juste après le tsunami dévastateur en Asie.
 
"Toute l'attention des donateurs s'est plus ou moins portée sur la crise du tsunami", explique Karim Adgibade, directeur du programme du fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) au Niger. "Quand nous sommes revenus demander de l'aide en mars, l'argent n'était plus là."
 
LES GOUVERNEMENTS AFRICAINS EN CAUSE
 
Les pays donateurs sont responsables, pour avoir réagi trop tard. Mais les gouvernements africains sont également en cause, ignorant les appels à l'aide venus de régions marginalisées politiquement, et échouant à saisir l'ampleur de la crise.
 
Au Niger, l'opposition accuse le président Tandja Mamadou d'avoir minimisé la crise pour ne pas nuire à sa popularité après sa réélection en décembre dernier. Le gouvernement nie ces accusations, ajoutant qu'il a lancé un appel à l'aide dès le mois de novembre.
 
Le gouvernement a été vivement dénoncé en mars, lorsqu'il a imposé une hausse des taxes sur des produits de base, comme la farine, affirmant qu'il s'agissait d'une réforme souhaitée par le Fonds monétaire international (FMI), avant de faire machine arrière sous la pression populaire.
 
FONDS SPECIAL D'URGENCE
 
Certains experts estiment qu'il est difficile de savoir quand commence la situation d'urgence dans des pays souffrant régulièrement de restrictions alimentaires. En effet, des dons prématurés pourraient entraîner une certaine dépendance à l'aide extérieure dans ces pays.
 
Le Programme alimentaire mondial de l'Onu (PAM) a déclenché un vaste programme d'urgence alimentaire à la mi-juillet, mais MSF a affirmé que la réaction de l'agence onusienne avait été trop tardive. L'Onu de son côté pointe du doigt la réponse tardive des donateurs.
 
Jan Egeland a appelé de ses voeux la création d'un fonds spécial d'urgence de 500 millions de dollars (400 millions d'euros environ) pour les agences de l'Onu. La Grande-Bretagne soutient la proposition d'Egeland, mais craint qu'un tel fonds n'affecte le financement d'autres programmes d'aide.
 
En dernière analyse, la solution serait de créer de nouveaux systèmes capable d'empêcher qu'un problème se transforme en désastre.

La famine du Niger pourrait s'étendre
O.M.

Mis en ligne le 02/08/2005
Plusieurs organisations non gouvernementales tirent la sonnette d'alarme.
Le Nigéria, le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie sont concernés.

«En l'absence d'une intervention immédiate et massive, la crise alimentaire du Niger risque de se propager dans la région, et de toucher des pays voisins.» Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a tiré lundi la sonnette d'alarme.

La famine toucherait actuellement 3,5 millions de personnes au Niger, selon l'Onu. L'aide internationale commence à arriver, mais trop lentement et trop tard, certains cas de malnutrition devenant très préoccupants. Philippe Douste-Blazy, ministre français des Affaires étrangères, dénonçait ce week-end encore «l'indifférence et l'avarice maladive des pays riches». «Regardez, voilà ces enfants dont tout le monde se fout!», s'était exclamé samedi Bernard Kouchner, cofondateur de Médecins sans frontières, en visite dans le pays.

Situation «comparable»

Nombreuses sont les voix qui s'élèvent pour dénoncer le décalage entre les belles promesses et les gestes concrets, entre l'image forte d'un live 8 mondial et la surdité de la planète aux appels venus de la région du Sahel. L'association Reporters sans frontières a même acheté de l'espace publicitaire dans les médias pour... sensibiliser les journalistes eux-mêmes au drame qui se joue dans le Sahel.

Si l'aide arrive enfin au Niger, elle pourrait désormais être retardée... par les pluies torrentielles qui s'abattent sur le pays depuis lundi. Ces perturbations réveillent l'espoir pour la prochaine récolte, bien sûr, mais elles retardent aussi la progression des camions chargés d'aide alimentaire qui doivent effectuer plus de 500 kilomètres depuis la capitale, Niamey, sur des routes peu praticables.

Après le Niger, quatre autres pays sont susceptibles de connaître de sérieux problèmes ces prochaines semaines: le Nigéria, le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie. Cette semaine, le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu parlait de 1,1 million de personnes dans le besoin au Mali et d'un demi-million au Burkina Faso. En Mauritanie, le Programme alimentaire mondial prédit que 60 pc des familles en zone agricole n'auront pas assez à manger l'an prochain. Rentrant d'une mission d'exploration en Mauritanie, Martin Desmet, responsable du pool «urgence» de Médecins sans frontières Belgique expliquait lundi au «Soir» que «la situation y est fort comparable à celle du Niger il y a quelques mois». Une évaluation est en cours au Mali.

Tous les pays de la région souffrent en réalité des mêmes maux. «Les pays du Sahel figurent parmi les plus pauvres d'Afrique, rappelle Martin Desmet. Chaque année, une proportion importante de la population a des problèmes pour survivre avant la récolte. Et si la sécheresse ou des sauterelles viennent s'ajouter à une situation déjà difficile, c'est la catastrophe.»

© La Libre Belgique 2005


jeudi 28 juillet 2005

Reportage sur la situation de la famine au Niger

Vente de céréales et d'aliments bétail fortement subventionnée initiée par le bureau de la Coopération suisse

Une providence pour les pasteurs


Le soleil était encore au zénith. Quelques hommes avaient fini de courber la 2èmeprière de la journée, avant de prendre place à l’ombre d’un hangar, les uns assis, à même le sol, les autres couchés sur des nattes de fortune. Il faisait chaud, très chaud même, ce samedi 16 juillet 2005. Et rien n’indique que nous sommes en pleine saison des pluies. Rien, non plus, n’indique que nous sommes à Talcho, dans la commune urbaine de Filingué. Cette bourgade de quelques milliers d’âmes, située à quelques encablures de Filingué était bien connue pour être une zone de productions céréalières.

Royal, Alio Sarki, chef de village de Talcho, est assis au milieu de ses sujets. Rien, ni l’angoisse de la famine et des lendemains incertains, ni même les signes de pauvreté que symbolisent les haillons qui cachent mal leurs corps squelettiques, n’ont réussi à entamer le moral et la dignité de ce quadragénaire. A la question de savoir quelle est la situation alimentaire dans son village, il devient soudain pensif. Le regard lointain, il finit par lancer : « Rouga (NDLR : il s'agit du coordonnateur de l'Association de redynamisation de l'élevage au Niger), n’eut été l’aide alimentaire que vous nous avez apportée, vous ne trouveriez personne dans ce village ». Pourtant, Talcho était l’incarnation même de l’abondance. Et Alio Sarki se souvient comme si c’était hier : « Il fut une époque où nos greniers ne désemplissaient pas. Pour quelques bottes de mil, nul besoin de l’autorisation d’un parent ou d’un voisin. Tu peux t’en servir à volonté, dans leurs greniers et les en informer un beau jour au hasard ou au détour d’une conversation. Aujourd’hui, tu te hasardes à faire la même chose on te traitera de voleur », lance-t-il, amer. Assis au milieu de ses suivants, le regard hagard, marqué du sceau de la cécité, il poursuit sur un ton empreint de nostalgie : « Il en est de même du lait. C’est un produit qui ne se vend pas à Talcho. Après le strict nécessaire pour la consommation des ménages, le reste est déversé dans les mares. On ne peut pas en dire de même aujourd’hui. Hommes et animaux subissent au quotidien les affres d’une famine sans précédent. », dit-il.

Secourus mais non soignés

Talcho, une des zones les plus déficitaires du département de Filingué est un des villages à avoir bénéficié de ces opérations, initialement destinées aux éleveurs pasteurs. Quelques six tonnes de céréales, dont trois tonnes de riz et trois tonnes de farine de manioc y ont été ache-minés en mai dernier. « Une goûte d’eau dans un océan de besoins alimentaires», souligne Maïssamari Harouna, agriculteur. Le sac de riz a été vendu à 6500 FCFA, celui de farine de manioc à 12.500 FCFA. Nous sommes très contents de cette initiative, qui, du reste, nous a permis d’entamer les travaux champêtres dans de bonnes dispositions d’esprit. Mais comme on a l’habitude de dire « ventre creux n’a point d’oreilles », et nous aimerions bien que le Bureau de la Coopération Suisse multiplie ce genre d’opérations dans les villages sédentaires comme il le fait avec les éleveurs pasteurs. La famine ne fait pas de différence entre hommes et animaux, encore moins entre éleveurs et sédentaires », ajoute-t-il.

Une aide fort appréciée

Fidèle à son principe de responsabiliser les acteurs à la base (empowerment), le bureau de la coopération Suisse(BUCO) a mis à la disposition des associations et collectifs d’ONG agissant dans le domaine de l’élevage 187.906.200 FCFA pour l’achat et la vente de céréales et aliments bétail à l’intention des éleveurs pasteurs des départements de Filingué (région de Tillabéri), Dakoro et Guidan-Roumji (région de Maradi). Ainsi 536 tonnes de vivres et aliments bétail ont été mises en vente dans le seul département de Filingué en mai, juin et juillet, et 460,4 tonnes à Dakoro et Guidan-Roumji, pendant la même période. Après chaque opération de vente, la somme collectée est ensuite réinjectée dans l’achat d’autres vivres et aliments bétail. Ainsi les Départements de Filingué, Dakoro et Guidan-Roumji ont bénéficié chacun de quatre opérations d’aide fortement subventionnées.

Des opérations humanitaires de proximité

Pour faire face à la situation de crise alimentaire, le Bureau de la Coopération Suisse a mis à la disposition des éleveurs pasteurs du départe-ment de Filingué plusieurs tonnes de céréales et aliments bétail composés de mil, de farine de manioc, de son de blé, de graines de coton, de tourteaux…à des prix très modestes, qui tiennent compte de leur pouvoir d’achat. Plusieurs objectifs sont visés à travers cette opération : faciliter aux éleveurs l’acquisition des denrées alimentaires, préserver une partie du capital bétail en réduisant la vente à vil prix, prévenir l’exode des éleveurs…«Depuis que les vivres et aliments bétail du Bureau de la Coopération Suisse ont commencé à nous parvenir, les éleveurs regagnent progressivement leurs campements. Les animaux ne sont plus bradés sur les marchés comme par le passé. Il n’y a même plus de raison pour vendre nos animaux. Nous le faisions parce que c’est tout ce dont nous disposons et à même d’être échangé contre la nourriture. A présent plus rien ne nous oblige à vendre notre bétail, et s’il nous arrivait de mettre un seul cabri sur le marché c’est pour le vendre à son prix réel. La peur des lendemains a fait place à l’espoir. Nous avons même constaté une augmentation de la production laitière de notre bétail. Pourvu que ces opérations se poursuivent », a poursuivi Rouga Barthy. La famine a été une occasion pour certains spéculateurs qui pensent faire fortune sur le dos des populations. Binga Rounga, un autre éleveur rencontré à Ikarfane, tout en marquant sa satisfaction pour l’opération lancée par le Bureau de la Coopération Suisse, est amer pour avoir été abandonné aux commerçants véreux : « Il faut refuser l’évidence pour ne pas reconnaître combien cette aide du Bureau de la Coopération Suisse a amélioré nos conditions de vie et celles de nos animaux. Nous étions livrés à nous mêmes, alors même que la situation était telle qu’il nous était impossible d’assurer la pitance quotidienne de nos familles respectives. Nos animaux maigrissaient et mouraient, sous nos yeux, de famine. Les commerçants se frottaient les mains parce que le prix des céréales ne cesse de flamber. Le prix de certains animaux ne dépassait guère celui d’une pintade en temps normal. Personnellement, j’ai vendu une vache à 7.500 FCFA. En d’autres temps, elle coûte 150.000 FCFA, voire 200.000 FCFA…Il nous arrivait de parcourir des centaines de km pour emmener nos animaux sur les marchés, et en fin de journée les avoir sur les bras, faute d’acquéreurs. La plupart mouraient sur le chemin du retour, par l’épuisement, la soif et la faim » affirme t-il. D’un point de vue économique, on peut noter qu’en raison de la famine, le cheptel nigérien a pris un sérieux coup. A titre indicatif, un éleveur qui perdrait par exemple 43 vaches sur un troupeau de 50, mettra 10 ans pour reconstituer l’équilibre de son cheptel, dans les conditions normales.

Mais Tifossaye Ag Almimoune, un éleveur de la même localité est plus catégorique : « Nous avons appris que l’Etat a organisé une opération de vente de céréales dans la zone. Mais elle a été circonscrite dans les centres urbains. Seuls les éleveurs qui, incidemment, étaient dans la zone ont pu se procurer quelques tia (NDLR : mesures) de mil. Ce qui n’est pas le cas chez nos voisins du Mali », a-t-il relevé.

« L’appui du Bureau de la Coopération Suisse a complètement coupé l’herbe sous les pieds des commerçants véreux. Les prix des aliments bétail n’ont jamais connu une hausse aussi importante ici. Ils avaient pris les éleveurs à la gorge. Heureusement les aliments bétail du Bureau de la Coopération Suisse sont arrivés en grande quantité et à des prix à portée de nos bourses. Du coup, tous ces commerçants se retrouvent avec leurs stocks sur les bras. Leurs magasins en sont pleins. Plus aucun éleveur ne s’intéresse à leurs produits. La mort dans l’âme ils ont dû revoir leurs prix à la baisse. C’est le deuil des commerçants véreux ici », confie pour sa part, un agent du service d’élevage de la Commune rurale d’Abala. Il indique que les prix des animaux ont connu une baisse alarmante entre mai et début juillet. Le prix du taureau est passé de 221.000 FCFA à 157.000 FCFA, le taurillon de 155.000 à 71.000 FCFA, le bouc de 23.000 à 7.000 FCFA, le chameau de 231.000 à 164.000 FCFA, la chamelle de 167.000 à 98.000 FCFA…

Situation difficile dans la région de Maradi

Mais la situation du département de Filingué n’est pas un cas unique. Les populations des départements de Dakoro et Guidan-Roumji (ré-gion de Maradi) particulièrement les éleveurs, connaissent une situation similaire, voire plus grave. Le département de Dakoro est par excellence la zone du pastoralisme et de l’agro-pastoralisme de la région de Maradi. Cette situation géographique et surtout la présence de la vallée de la Tarka qui le traverse d’Est en Ouest, font de ce département un lieu privilégié de repos des pasteurs en transhumance vers le Sud, après la période des récoltes pour remonter vers le Nord au moment de l’installation de la saison des pluies dans les zones agricoles. A cet effet, plusieurs couloirs de passage (régionaux, comme internationaux) y convergent. C’est l’une des raisons qui ont conduit la coopération Suisse à en faire la zone d’intervention privilégiée du Programme d’Appui au Secteur de l’Elevage (PASEL). Plus qu’ailleurs dans la région, le département de Dakoro a été durement frappé par la crise alimentaire consécutive au déficit pluviométrique et à l’invasion acridienne enregistrés au cours de la campagne agricole 2004-2005.

Les bénéficiaires de cette aide sont notamment les éleveurs des groupements Kel Gress, Kel Férouane, Ketemerkess, Bororo, Serkin Raffi, Serkin Zongo (Dogon Farou) et Peul Toda. Ces deux derniers sont dans le département de Guidan-Roumji. 460,4 tonnes de céréales et aliments bétail, composés de mil, de farine de manioc, de son de blé, de graines de coton et de riz ont été vendus aux pasteurs et aux agro-pasteurs à prix modéré, entre juin et juillet 2005. Au total, ce sont 10.000 ménages dans le Départe-ment de Filingué, et 7.600 ménages dans les Départements de Guidan Roumji et Dakoro qui en ont bénéficié. Cependant, malgré l’importance de cet appui, beaucoup reste encore à faire. Eleveurs et agriculteurs en redemandent, au regard des effets dévastateurs d’une nature rendue austère par une campagne agropastorale désastreuse. Pour mettre définitivement à l’abri les hommes et les animaux. Mais au delà de la réponse à cette situation d’urgence, quelle action d’urgence pour une sécurisation des populations ?

Gorel Harouna


Opérations vente de céréales et d'aliments bétail fortement subventionnée

Les populations bénéficiaires apprécient


Pour les pasteurs nomades comme pour les populations sédentaires du département de Filingué, l'aide alimentaire fortement subventionnée apportée par le bureau de la Coopération Suisse a constitué une véritable bouffée d'oxygène. Elle a notamment permis aux habitants des localités touchées par les interventions ainsi qu'à leurs animaux de reprendre goût à la vie et d'envisager l'avenir avec beaucoup d'optimisme. Jugez-en à travers ces témoignages recueillis par notre reporter...

M. Boubacar Sodja, chef de village, Toukounouss

"Les vivres de la Coopération Suisse sont arrivés au bon moment"


Le Républicain : Votre village connaît présentement une crise alimentaire qui affecte, apprend-on aussi bien les hommes que les animaux. Avez-vous reçu une aide quelconque en vivres ?

M. Boubacar Sodja : L’aide la plus significative que nous avons reçue provient de la Coopération Suisse. Mais je dois vous dire que nous avons dû batailler dur pour en bénéficier. En effet au départ ils nous ont fait comprendre que l’aide était destinée uniquement aux éleveurs pasteurs. C’est ainsi que ceux-ci ont bénéficié de deux opérations de vente, les unes plus importantes que les autres. Mais comme nous élevons également des animaux et que nous avons faim, nous avons estimé que c’est injuste, vu que nous vivons les mêmes conditions. Les éleveurs pasteurs aussi bien que nous autres sédentaires, leurs animaux aussi bien que les nôtres, partageons un dénominateur commun : la pauvreté et la famine. Fort heureusement notre appel a été entendu et lorsque la 2ème opération a eu lieu, nous avons bénéficié de riz, de grains de coton et de farine de manioc. Nous nous sommes organisés pour acheter des sacs que nous avons ensuite revendus à la tia aux populations.

Avant l’intervention de la Coopération Suisse, avez bénéficié des aides de l’Etat ou d’autres Ong ?

Nous avons bénéficié d’une opération de vente de céréales organisée par l’Etat. Mais je vous dis tout de suite que cette opération s’est tenue une seule fois et il n y avait que du mil malgré les Est-ce qu’on peut dire que l’aide apportée par la Coopération Suisse a été d’un grand secours pour vous et pour vos animaux ?

Personnellement, je peux le dire et nul dans ce village ne peut soutenir le contraire. Figurez-vous que la campagne agricole a été désastreuse. Nous n’avons presque pas récolté. Les maigres réserves que nous avions se sont épuisées très vite. Nos greniers étaient vides et il n’y avait plus de pâturage pour nos animaux. Ici comme dans tous les villages environnants, les hommes se sont rabattus sur le «anza» qui était au menu toute la journée. C’est pourquoi nous considérons que les vivres de la Coopération Suisse sont arrivés au bon moment. Malheureusement, c’était insuffisant, parce que nous avons tout con-sommé en 48 heures. Mais nous gardons l’espoir que d’autres opérations vont suivre.

M. Djibo Issa, 27 ans, leveur Toukounouss

«S’il nous arrive de mettre un seul cabri sur le marché aujourd’hui, c’est pour le vendre à son prix réel»


Le Républicain : La zone de Filingué traverse une dure période de crise alimentaire qui affecte aussi bien les hommes que les animaux. Comment faites-vous pour faire face à cette situation ?

M. Djibo Issa : Nous sommes soutenus pendant ces moments difficiles par la Coopération Suisse, à travers AREN, qui a organisé à notre profit plusieurs opérations de vente de céréales à prix modéré ainsi que des aliments bétail pour nos animaux. Nous avons bénéficié de mil, de la farine de manioc, du son de blé, de grains de coton, du tourteau…

Lorsque les stocks sont arrivés, il a été de-mandé à tous les éleveurs de se présenter pour s’enquérir des modalités de vente. Nous avons très facilement fait le calcul pour que tout le monde puisse en bénéficier. Lors de la première opération chaque éleveur a reçu deux sacs de tourteaux et un sac de mil.

Est-ce qu’on peut dire que cette aide a amélioré la situation de vos animaux ?

Cette aide nous a beaucoup soulagés ; elle a facilité l’élevage parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’il n y a plus de pâturage à cause notamment de la sécheresse. La Coopération Suisse, à travers AREN, a mis à notre disposition des sacs de son de blé et de tourteaux, indispensables pour l’alimentation de nos animaux. Comme vous le savez, ces aliments coûtent excessivement cher sur le marché. Nous n’avions pas de nourriture, nos animaux manquent de lait ; nous étions obligés de les mettre sur le marché pour acheter de quoi manger. Or comme vous le savez, le prix des céréales a flambé, le sac de mil, par exemple, coûte 32.000f CFA. Il faut donc quatre à cinq petits ruminants pour avoir un seul sac. Nous parcourions des centaines de km derrière nos troupeaux pour les faire paître parce qu’il n y a rien ici. Depuis que la Coopération Suisse a commencé ces opérations de vente de céréales, les éleveurs ont regagnent progressivement les campements. Les animaux ne sont plus bradés sur le marché comme par le passé. Il n’y a même plus de raison de vendre nos animaux.

Nous le faisions parce que c’est tout ce dont nous disposons et qui est à même d’être échangé contre la nourriture. Aujourd’hui, nous avons des sacs de mil, de farine de manioc, de son de blé, de grains de coton, de tourteaux…Le tout à prix modéré. Plus rien ne nous oblige à vendre notre bétail. Et s’il nous arrive de mettre un seul cabri sur le marché aujourd’hui, c’est pour le vendre à son prix réel. La peur du lendemain a fait place à l’espoir. Nous avons même remarqué une augmentation de la production laitière chez nos animaux. Pourvu que ces appuis se poursuivent.

Propos recueillis par Gorel Harouna


Abdousalamou Souleymane Bontachi, 40 ans, agriculteur, Sabongari

"Ventre qui a faim ne peut point travailler la terre"


Le Républicain : Il y a quelques jours des opérations de vente de céréales à prix modéré se sont déroulées ici. Qui les a organisées ?

Abdousalamou Souleymane Bontachi : Il y a eu d’abord une opération de vente organisée par l’Etat. Nous avons reçu du mil à raison 10.000f CFA le sac. Après, la Coopération Suisse a acheminé plusieurs tonnes de vivres composées de riz et de farine de manioc. Pour la distribution, nous avons subdivisé le village en cinq quartiers. Chaque quartier est composé de 43 personnes qui achètent les sacs pour les redistribuer de façon qu’il n’y ait pas de discrimination. Mais je dois tout de suite vous signifier que l’aide de la Coopération Suisse a été un véritable baume pour nos cœurs parce qu’elle nous a trouvé dans des difficultés indescriptibles. La famine avait atteint un stade où nous passions la journée sans manger. Nous n’avions que le «anza» (NDLR : fruits sauvages et amers). Le mil est bien présent sur le marché, malheureusement le prix était inaccessible pour nos bourses. Le sac se vend à 32.000f FCA.

Vous imaginez aisément le désarroi et la désolation pour les pères de familles que nous sommes de regarder, impuissants, nos femmes et nos enfants passer la journée sans manger, alors qu’il y a du mil sur le marché. Le comble, c’est que nous n’avons pas assez d’animaux à mettre sur le marché pour acheter de la nourriture. Si les travaux champêtres avaient effectivement démarré nous aurions pu envoyer tous les bras valides du village dans les champs de ceux qui disposent d’un peu de moyens pour y travailler, moyennant rétribution. Et cet argent nous aurait permis de nous procurer des vivres sur le marché.

C’est pourquoi je vous dis que l’aide de la Coopération Suisse nous a été d’un grand secours. Elle a amené non seulement du riz mais aussi de la farine de manioc pour 6500f CFA le sac de riz et 12500f celui de farine de manioc.

Le Républicain : Est-ce que cette aide a eu un effet bénéfique sur le reliquat d’animaux qui vous restait ?

Bien sûr ! parce que je vous dis que si l’aide de la Coopération Suisse n’était pas arrivée ce jour là, tout ce que notre village compte comme animaux allait être sur les marchés pour y être bradés parce que comme vous le savez les commerçants profitent toujours de ce genre de situations pour nous déposséder de nos animaux à vil prix. Je dirai simplement que nos animaux aussi ont eu la vie sauve.

Un nombre assez important de jeunes de votre village ont, semble-t-il, pris le chemin de l’exode du fait de la famine afin de porter secours aux parents restés au village. Est-ce que cet exode se poursuit encore mal-gré l’aide apportée par la Coopération Suisse ?

Vous auriez dû poser cette question aux con-cernés eux-mêmes, c’est-à-dire les jeunes. Mais je peux vous dire que de tout temps ce qui pousse nos enfants à l’exode, c’est la pauvreté et le désœuvrement. Mais cette année, il y a eu un effet conjugué de la sécheresse et de la famine. Aucun jeune digne de ce nom ne peut rester les bras croisés face à un tel drame. Le taux d’exode des jeunes de notre village n’a jamais été aussi important. Presque tous étaient partis. D’autres étaient sur le point de partir lorsque l’aide de la Coopération Suisse est arrivée. Ce qui a freiné leur ardeur, c’est surtout l’idée selon laquelle d’autres opérations de vente de céréales avec des tonnages beaucoup plus importants allaient suivre. Tous ont alors décidé de rester pour se consacrer aux travaux champêtres qui viennent de démarrer. A l’heure où je vous parle, il y a treize qui sont revenus de l’extérieur parce qu’ils ont entendu parler de cette aide. Ils sont présentement aux champs, vous pouvez aller les interroger. Les autres sont attendus dans les tout prochains jours. C’est pour vous dire que si la Coopération Suisse respecte son engagement qui est celui de poursuivre les opérations, plus personne n’abandonnera ce village. Parce qu’il faut savoir aussi que tous ces jeunes sont mariés et ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’on abandonne sa femme et ses enfants pour aller en aventure. Alors si vous travaillez à la Coopération Suisse aidez-nous, si vous êtes leur porte-parole, dites-leur que nous avons plus que jamais besoin de leur aide. L’hivernage est en train de s’installer petit à petit, et nous avons besoin de cette aide pour bien travailler, car comme on dit ventre qui a faim n’a point d’oreilles. Et nous, nous disons que ventre qui a faim ne peut point travailler la terre.


Appuis de la Coopération Suisse

Une bouffée d'oxygène pour le secteur de l'élevage


La campagne agricole 2004-2005 restera sans doute à jamais gravée dans la mémoire des Nigériens. Caractérisée d’une part par une pluviométrie faible, précoce et mal répartie dans l’espace et le temps sur une grande partie du territoire national, et d’autre part par une invasion acridienne qui a anéanti les espoirs de plus d’un producteur rural, cette campagne a eu pour con-séquence, un déficit aux plans céréalier et fourrager sur l’ensemble du pays.

La suite logique de cette situation est une crise alimentaire aiguë aussi bien pour les hommes que pour les animaux, avec comme effet immédiat une famine généralisée dont les premières victimes sont les femmes, les enfants et les pasteurs.

Cependant, les effets de ce désastre sont beaucoup plus perceptibles chez les éleveurs pasteurs, qui du fait de leur éloignement des centres d’approvisionnement et de service vont de souffle en souffle jusqu’à leur dernier souffle, eux et leurs animaux. « La situation alimentaire avait atteint un stade critique aussi bien pour les hommes que pour les animaux. La famine sévis-sait dans toute la région. Il n’y avait ni nourriture ni pâturage. Le prix des céréales et des aliments bétail a connu une augmentation drastique sur les marchés, inaccessible pour nos maigres bourses. Parallèlement le prix des animaux a connu une baisse vertigineuse. Les animaux n’avaient guère plus que la peau sur les os. Il fallait mettre quatre à cinq vaches sur le marché pour avoir un sac de mil, dont le prix est encore à 32.000 FCFA. Depuis que le Bureau de la Coopération Suisse a démarré ces opérations de vente de céréales fortement subventionnées, nous ne conduisons plus nos animaux aux marchés pour les brader. Chaque fois, des éleveurs de tous horizons viennent me voir pour témoigner leur reconnaissance et leur gratitude au Bureau de la Coopération Suisse. Ils disent n’avoir jamais été aussi soulagés», affirme Rouga Barthy, coordinateur AREN du Département de Filingué.

A lui seul le département de Filingué a enregistré un déficit céréalier de 4.295 tonnes, pour une population estimée à 472.628 habitants, soit un besoin de 116.222 tonnes, selon M. Moussa Diallo, chef service Développement agricole de Filingué. Quant au déficit fourrager, il est évalué à 275.240 tonnes, pour 278.714 unité bétail tropical (UBT), soit un besoin de 473.814 tonnes, selon la même source. Pour pallier ce drame, que d’aucuns n’hésitent pas à comparer à celui qui a prévalu dans les années 1973-1974, certains collectifs d’ONG et associations agissant dans le domaine de l’élevage, notamment l’Association pour la Redynamisation de l’Elevage au Niger (AREN) dans le département de Filingué et CAPONG dans les départements de Dakoro et Guidan-Roumji ont accordé leurs violons au travers d’une requête de financement d’aide alimentaire d’urgence à la Coopération Suisse.

Depuis janvier 2005, le Bureau de la Coopération Suisse a lancé un processus de négociation avec ses partenaires. Une réunion entre les différentes parties tenue du 26 au 30 janvier dernier au Bureau de Coopération de l’Ambassade Suisse pour faire le diagnostic, et déterminer le mouvement probable des éleveurs pasteurs au cours des mois de mai et juin, a été sanctionnée par l’acceptation de cette requête, dont la traduction est le démarrage des opérations de vente de céréales et aliments bétail en mai 2005.

L’intervention de la Coopération Suisse cadre bien avec le dispositif mis en place par la Cellule Crises alimentaires, logée au cabinet du premier ministre. En concertation avec celle-ci, la Coopération Suisse a travaillé avec les organisations pastorales. L’expérience du partenariat entre la Coopération Suisse et les organisations d’éleveurs, et les sites choisis qui étaient des sites sensibles, ont permis de mieux toucher les populations nécessiteuses.

La stratégie adoptée a consisté à porter l’information de hameau en hameau, une semaine auparavant, par des personnes préposées pour cette tâche, qui à dos d’âne qui à vélo qui à dos de chameau sur l’organisation de ces opérations, et les lieux ciblés. Au-delà du monde pastoral, les sédentaires ont été aussi concernés. A titre d’exemple, 29 villages sédentaires du Départe-ment de Filingué ont bénéficié de l’aide. Il est important de noter que ces moments de famine ont été particulièrement ceux de solidarité entre éleveurs et agriculteurs, deux communautés qui partagent le même destin, mais dont on a tendance à croire qu’elles sont faites pour s’entredéchirer perpétuellement.

G.H


Tchousso Baléri, groupement Gorkobé III, Ikarfane

«Nous n’avons plus besoin d’aller loin pour brader nos animaux contre des vivres»


Le Républicain : Il y a quelques semaines, la Coopération Suisse a organisé des opérations de vente de céréales et aliments bétail à prix modéré. Est-ce votre groupement a bénéficié de ces opérations ?

Tchousso Baléri : Nous avons bénéficié de mil, de farine de manioc, de son de blé, du tourteaux. Je dois préciser que c’est la première fois que nous bénéficions de ça. Vous savez que la situation alimentaire a été difficile aussi bien pour nous que pour nos animaux. Tous les veaux qui ont été mis bas pendant cette période sont morts parce leurs mères n’ont pas de lait pour les nourrir. Nous n’avions d’autre choix que le mil, qui est vendu à 32.000f CFA ici comme dans toute la zone. Or chaque fois que vous constatez une flambée du prix des céréales, celui des animaux baisse inévitablement. Il faut vendre quatre ou cinq animaux pour avoir un sac de mil.

On peut alors dire que l’aide de la Coopération Suisse a été la bienvenue ?

Absolument ! Ce fut un grand soulagement. Beaucoup de nos animaux étaient sur le point de mourir lorsque les aliments bétail sont arrivés. Il a suffi de deux rations de son de blé pendant deux jours pour que nos animaux retrouvent santé et vigueur. Il en est de même des éleveurs. Nous n’avons plus besoin d’aller loin pour brader nos animaux contre des vivres. Ceux qui en ont besoin savent où nous trouver. Et nous fixons nos propres prix selon la valeur de l’animal. Si ces opérations se poursuivent, nous ne serons même plus obligés de vendre nos animaux. Parce qu’une seule vache vendue à son prix normal nous permet d’acheter plusieurs sacs de mil, de farine de manioc, de son de blé, de grains de coton, etc. Ce qui n’est pas le cas des céréales vendues sur le marché.. Même si nous devrions vendre nos animaux, ce sera pour faire face à d’autres dépenses.

Cela signifie aussi que l’exode des éleveurs a diminué ?

Tout à fait ! Il n’y a plus de raison d’abandonner nos campements dans la mesure où nous avons tout ce dont nous avons besoin. Même pour les marchés hebdomadaires, nous ne dé-passons guère Ikarfane, Chimbirkawane, Abala, et c’est tout. Après, on rejoint nos campements et nos familles.

Nous ne cherchons pas grand chose, juste de quoi garantir l’alimentation, pour nous mêmes et pour nos animaux. C’est pourquoi je vous ai dit que la Coopération Suisse doit poursuivre les opérations. Elle ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Autrement, c’est la désolation dans nos rangs. Parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’il nous est arrivé de conduire des animaux sur les marchés les plus éloignés pour les échanger contre des vivres et revenir les mains vides. Le plus souvent, nos animaux ne trouvent pas preneurs à cause de leur mauvais état physique et alimentaire. Le plus souvent, aussi ces animaux meurent sur le chemin du retour. Nous attendons incessamment le jour où la Coopération Suisse nous dira quel jour les opérations vont recommencer. Si dans deux semaines la Coopération Suisse ne réagit pas, c’est la catastrophe.

Comment se sont déroulées les opérations de vente ?

Nous avons constitué des listes de 10 chefs de familles. Les sacs sont ensuite partagés équitablement entre les dix personnes. Cette opération nous a beaucoup soulagé parce que sur le marché le sac coûte 32.000f CFA. Alors qu'à travers l'opération de la Coopération Suisse, on nous a vendu le sac de mil à 9.000f CFA. Vous voyez bien que la différence est énorme.

Est-ce qu’on peut dire que cette aide a contribué à améliorer votre situation alimentaire et celle de vos animaux ?

Le constat s’impose de lui-même. Nos animaux étaient complètement affaiblis par la faim. Les éleveurs eux-mêmes sont tenaillés par la faim. Les animaux se vendaient à vil prix sur le marché. Une brebis vendue sur le marché ne peut permettre à un éleveur d’acheter cinq tia de mil. Ne parlons pas de sac, c’est inaccessible pour nos bourses. Mais depuis que l’aide a commencé à nous parvenir, les choses ont complètement changé. Les animaux sont bien nourris ; nous avons des céréales à très bas prix. Vous comprenez bien que nous n’avons plus besoin de brader nos animaux. Aujourd’hui, une seule brebis vendue peut permettre à un éleveur de disposer d’un sac de mil. Les commerçants, eux-mêmes, se sont rendus compte du changement. Aujourd’hui, c’est nous qui leur vendons nos animaux au prix que nous voulons, et ils sont obligés de les acheter parce qu’ils en ont réellement besoin. Nous exprimons notre satisfaction à la Coopération Suisse, mais nous lui demandons de poursuivre les opérations. Ils doivent même revoir le tonnage à la hausse. Parce que tous les éleveurs qui sont dans la région de Abala ont élu domicile à Ikarfane. Vous n’êtes pas sans savoir que cette aide a concerné tous les éleveurs pasteurs, d’où qu’ils viennent. Il y en a même qui sont venus de Tahoua.

Propos recueillis par Gorel Harouna

 L'Onu accroît son aide alimentaire pour le Niger

31/07/2005 - 17h26

TAHOUA, Niger (Reuters) - Les Nations unies ont plus que doublé ces derniers jours le nombre d'habitants à qui elles comptent fournir une aide alimentaire au Niger, où des pénuries exposent de nombreux villageois à la famine.

Le Programme alimentaire mondial (Pam) entend à présent acheminer des rations d'urgence à 2,5 millions de personnes, après un premier objectif de 1,2 million la semaine dernière.

"Nous portons le nombre à 2,5 millions car les moyens de subsistance des gens s'épuisent de plus en plus", a déclaré Stéfanie Savariaud, porte-parole du Pam, par téléphone de Niamey. "Dans les situations d'urgence de ce genre, il est inévitable que le nombre des bénéficiaires augmente."

Les représentants d'ONG humanitaires qui soignent des enfants dénutris après la sécheresse et les ravages causés par les criquets l'an dernier au Niger considèrent que l'Onu, le gouvernement et d'autres organismes ont beaucoup trop tardé à mettre en oeuvre une assistance alimentaire à grande échelle.

"Pour nous, il est évident que la situation n'est pas encore maîtrisée", a déclaré à Reuters le chef des opérations du Pam au Niger, Gian Carlo Cirri. "Nous considérons plus que jamais que les populations vulnérables courent de très grands risques."

A Tahoua, ville située à 500 km au nord-est de la capitale, on a entrepris dimanche de décharger des camions pour distribuer du sorgho à des villageois lundi, mais les fortes pluies tombées dans la nuit et le mauvais état des routes pourraient en compliquer l'acheminement.


 

La France annonce un renforcement de l'aide au Niger

xinhua 

Le président français Jacques Chirac a annoncé samedi un renforcement de l'aide humanitaire française au Niger, victime d'une grave crise alimentaire qui menace près d'un tiers de sa population.

"La France, qui s'est fortement engagée pour le financement des programmes structurels destinés à assurer la sécurité alimentaire, triplera en 2005 ses versements à ce titre qui atteindront 4,6 millions d'euros", a indiqué M. Chirac dans une lettre adressée à son homologue nigérien Mamadou Tandja et rendue publique samedi par l'Elysée.

La France doublera sa contribution aux appels du Programme alimentaire mondial, avec plus d'un million d'euros destinés en particulier à approvisionner les cantines scolaires des régions les plus touchées, a précisé M. Chirac.

Il a souligné avoir demandé au ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, actuellement en tournée dans la région, de "se rendre dans votre pays pour s'assurer que notre aide réponde bien à vos demandes et s'enquérir des soutiens complémentaires qui pourraient s'avérer nécessaires".

L'ONU estime à plus de 3,5 millions le nombre de personnes menacées de famine. Sur 800.000 enfants concernés, 150.000 souffrent de grave malnutrition et risquent de mourir bientôt s'ils ne sont pas soignés


La France fait don de 1,7 tonne de médicaments au Niger

2005-07-31 12:57:03

NIAMEY, 30 juillet (XINHUANET) -- La France a fait don samedi de 1, 7 tonne de médicaments les plus essentiels d'une valeur d'un peu  plus de 10 millions de FCFA destinés aux enfants de moins de 5 ans en difficulté nutritionnelle au Niger. 

Cette aide a été remise par le ministre français des Affaires  étrangeres, Philippe Douste-Blazy, à son homologue nigérien, Mme  Aïchatou Mindaoudou, lors d'une cérémonie à l'Aaéroport  international Diori Hamani de Niamey, en présence notamment du  représentant résident de l'UNICEF au Niger Aboudou Karim Adibadji. 

 M. Douste-Blazy est arrivé le même jour à Niamey pour une  visite d'amitié et de solodarité au Niger. 

Il a signé avec la ministre Mindaoudou une convention d'un  milliard de FCFA, somme qui sera versée au Fonds de sécurité  alimentaire géré par la Cellule de crise alimentaire.  

Le diplomate français a été reçu par le président de la  République Mamadou Tandja et le Premier ministre Hama Amadou.  

Lors d'un point de presse, M. Douste-Blazy a rappelé les  efforts déployés par son pays en vue d'aider le Niger à juguler la crise alimentaire à laquelle il est confronté.  

"C'est ainsi que 3 millions d'euros ont été versés en 2005, et  qui seront complétés par une intervention en faveur du Programme  régional de cantines scolaires du PAM pour la somme de 656  millions de FCFA", a-t-il indiqué. 

Les programmes CILSS ont aussi été financés à hauteur de 1,968  milliard de FCFA qui profiteront à l'ensemble des pays membres  dont le Niger. 

"Au total, avec la contribution française à la lutte  antiacridienne 2004, c'est une somme de plus de 6,55 milliards de  FCFA qui a été consacrée au renforcement de la sécurité  alimentaire au Niger", a-t-il poursuivi. 

M. Douste-Blazy a fustigé "l'indifférence et l'avarice maladive " de la communauté internationale face à la pénurie alimentaire au Niger. 

A cet effet, il a rassuré les autorités nigériennes du soutien  de la France dans son combat contre la faim. 

"Pour cela, le président français, Jacques Chirac, a demandé  que l'aide au Niger soit doublée. Ainsi, elle est passée de 150 à  300 millions d'euros, et déjà l'arrivée d'un boeing 747 cargo  chargé de 35,4 tonnes de produits nutritionnels d'urgence est  annoncée pour ce soir", a-t-il annoncé. 

La France est le premier partenaire du Niger dans les domaines  de l'économie, l'éducation, l'agriculture, l'élevage et la Santé. 


Grave crise alimentaire au Niger 
La famine à nos portes
Mobilisation pour éviter le pire


L’ONU estime à plus de 3,5 millions le nombre de personnes menacées de famine. La communauté internationale et de nombreuses ONG se mobilisent pour acheminer sans plus tarder des dizaines de milliers de tonnes d’aide alimentaire d’urgence au Niger, victime d’une grave crise alimentaire qui menace près d’un tiers de sa population.
« La situation est sérieuse, chaque seconde compte, car des gens meurent tous les jours et nous avons besoin d’aide pour éviter une catastrophe d’envergure », a affirmé une porte-parole de la Croix-Rouge britannique, qui a affrété un avion-cargo chargé de nourritures et de médicaments pour le Niger. A cause de la sécheresse et d’une invasion de criquets pèlerins qui a détruit récoltes et pâturages, la saison 2004 s’est soldée par un déficit céréalier de 224 000 t, soit environ 10% de la production annuelle du pays. Mais dans certains villages, ce déficit représente 50% des besoins. La communauté internationale a tardé à se mobiliser pour venir en aide au Niger, le deuxième pays le plus pauvre de la planète, en dépit des appels à l’aide du gouvernement nigérien et de l’ONU dès l’automne dernier. Prenant finalement la mesure de l’urgence, les pays donateurs viennent de réagir. Les contributions financières ont dépassé, ces dix derniers jours, le montant des dix derniers mois, a fait remarquer Jan Egeland, coordinateur de l’ONU pour les secours d’urgence. Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU a précisé, jeudi, avoir réuni 70% des 16 millions de dollars (13 millions d’euros) de financement réclamés. Un véritable pont aérien a commencé à se mettre en place, souvent à l’initiative d’organisations humanitaires comme Save the Children ou l’association française Réunir qui a fait parvenir 46 t de vivres directement à Maradi, l’une des régions les plus touchées au sud du Niger, à 600 km à l’est de la capitale Niamey. De son côté, le PAM, basé à Rome, compte acheminer cette semaine plus de 4000 t d’aide alimentaire d’urgence dans les zones les plus affectées du Niger. Un avion-cargo Ilyouchine-76 devait arriver à Niamey avec 70 t de biscuits hyperprotéinés et des équipements. Toutes ces vivres seront distribuées dans les zones les plus touchées par la famine, à Tahoua (sud-ouest) et à Maradi (sud), par l’intermédiaire de plusieurs ONG, dont Concern, le Secours islamique, Médecins sans frontières (MSF-Suisse), Save the Children (GB), et la Fédération internationale des Croix-Rouge. Au moins 280 000 personnes vivant « dans les zones extrêmement vulnérables » seront concernées, a précisé à l’AFP Gian Carlo Cirri, le représentant du PAM à Niamey. L’organisme onusien doit aussi acheminer par camion 550 t de pois cassés et 2000 t de riz en provenance de Lomé. Enfin, 186 t de mélange maïs-soja doivent arriver d’Abidjan le 5 août, toujours par avion. Au total, d’ici à septembre, il devrait acheminer 23 000 t d’aide alimentaire pour 1,6 million de personnes vulnérables.

4000 t de vivres d’aide américaine

Mercredi, les Etats-Unis ont également promis de fournir 4320 t de vivres, dont 2000 t de sorgho, 600 t de riz, 810 t d’huile végétale et 910 t de lentilles. Aucune statistique officielle de mortalité n’est disponible. L’ONU estime à plus de 3,5 millions le nombre de personnes menacées de famine. Sur 800 000 enfants concernés, 150 000 d’entre eux souffrent de grave malnutrition et risquent de mourir bientôt s’ils ne sont pas soignés. Les spécialistes parlent de famine « cachée », car elle touche pour l’instant les plus vulnérables, essentiellement les enfants de moins de cinq ans. La crise alimentaire se double d’une crise économique : une partie de la population, qui vit à 80% de l’agriculture vivrière, n’a plus grand- chose à manger ou n’a plus les moyens de s’acheter de quoi subsister. Or les prochaines récoltes n’auront pas lieu avant la fin septembre. « Les deux mois les pires de l’année sont devant nous », a prévenu Johannes Sekkeles, chef de mission MSF au Niger. « Les greniers sont quasiment vides, les paysans ont tout mangé. De plus, c’est la saison des pluies et donc le cas des enfants mal nourris est aggravé par les diarrhées et le paludisme », a-t-elle dit à l’AFP. Pour la seule semaine écoulée, MSF a enregistré un bond de près de 30% des admissions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë. Une aide constituée de 4320 t de vivres destinées aux populations nigériennes sera dégagée par les Etats-Unis via le Programme alimentaire mondial (PAM). Cette « aide supplémentaire » américaine, estimée à 7 millions de dollars, est composée de 2000 t de sorgho, 600 t de riz, 810 t d’huile végétale et 910 t de lentilles, a précisé le responsable américain. Les Etats-Unis vont également débloquer un million de dollars pour financer un programme de soins et de nutrition pour 21 000 enfants et 6000 mères dans la région de Diffa, dans l’extrême est du Niger, l’une des régions les plus déshéritées du pays. Depuis le déclenchement de la famine, les Etats-Unis ont débloqué au total près de 13 millions de dollars. Le président de l’association Réunir, Bernard Kouchner, est arrivé hier au sud du Niger à bord d’un avion-cargo chargé de 18 t d’aide alimentaire d’urgence. L’avion affrété par l’association était rempli de 16 t de plumpy’nut, une pâte nutritive hypercalorique, et de 2 t de lait thérapeutique, destinées aux enfants souffrant de malnutrition sévère. L’ancien ministre français de la Santé était accompagné de Bernard Miribel, directeur général d’Action contre la faim (ACF) qui a lancé au Niger des programmes pour prendre en charge les enfants souffrant de malnutrition modérée. Les députés du Nigeria ont décidé de se cotiser pour venir en aide aux victimes. Unanimement, les députés ont voté pour créer un fonds d’urgence pour le Niger et ont chacun puisé dans sa poche pour y verser 150 USD (122 euros). Les parlementaires ont ainsi récolté 7,2 millions naira (54 000 dollars, soit 44 000 euros).

El Watan


NIGER

L'aide internationale
arrive lentement

Afrique. L'aide internationale continue d'arriver au Niger alors qu'une partie était acheminée lentement par camion dans le sud-est du pays, dont plusieurs régions sont frappées depuis des mois par une terrible famine. Sur place, Philippe Douste-Blazy a dénoncé critiqué "l'indifférence et l'avarice" de la communauté internationale.

L 'aide internationale continuait d'arriver samedi 30 juillet au Niger alors qu'une partie était acheminée lentement par camion dans le sud-est du pays, dont plusieurs régions sont frappées depuis des mois par une terrible famine due à la sécheresse et les invasions de criquets.
Venu dans la capitale Niamey annoncer le triplement de l'aide française, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a samedi critiqué "l'indifférence et l'avarice" de la communauté internationale face à la tragédie nigérienne.

18 tonnes en provenance de Marseille

Dix-huit tonnes de lait enrichi et de pâte nutritive sont arrivées samedi à bord d'un avion-cargo Antonov 12, affrété par l'organisation Réunir de Bernard Kouchner, qui s'est posé à l'aéroport de Maradi, en provenance de Marseille, avec l'ancien ministre de la Santé à son bord.
Lancé il y a près de huit mois, l'appel à l'aide des Nations unies ne se concrétise que depuis ces dernières semaines afin de venir en aide aux 3,5 millions de Nigériens qui souffrent d'une grave famine.
Jeudi et vendredi, 278 tonnes de pois et d'huile ont été livrés à l'organisation Concern International à Tahoua, situé à 400km au nord-ouest de Maradi, ville du sud-est du pays qui sert de plaque tournante pour les organisations humanitaires internationales.
Dans les hangars du Programme alimentaire mondial (PAM) situés dans le quartier Ali Dansofho de Maradi, quelque 2.000 tonnes de sorgho acheté au Nigeria, 41 tonnes d'huile végétale et 69 tonnes de haricots attendaient d'être distribuées.
"C'est devenu fou ces derniers jours", s'est étonné Ibrahim Badamassi, coordinateur régional du PAM à Maradi, gardant un oeil sur les hommes chargés de remplir deux camions à destination de Tahoua.

"Nous remercions Dieu"

Le feu vert pour le chargement et le transport de l'aide du bureau du PAM à Niamey est arrivé par fax vendredi à Badamassi, permettant l'approvisionnement dès l'après-midi de l'Agence pour les Musulmans d'Afrique, une association humanitaire opérant au Niger, pays majoritairement musulman.
Au total, l'association a reçu 250 tonnes de sorgho.
"Nous remercions Dieu, même si la nourriture est arrivée un petit peu tard", a souligné Mohammed Abdoulaye, montrant ses réserves déjà bien entamées. Il y a de quoi tenir quelques semaines, a-t-il avancé.
Depuis début juillet, le centre de nutrition de Maradi a reçu environ 700 mères et leurs enfants, les nourrissant chaque jour, jusqu'à cinq repas pour les enfants souffrant de malnutrition.
"Avec ce que nous venons de recevoir, nous pouvons faire plus et renvoyer les mères avec des provisions", a estimé Mohammed Abdoulaye.
Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, en visite dans le pays, a remis samedi une lettre du président Jacques Chirac à son homologue nigérien Mamadou Tandja dans laquelle il l'assure de la "solidarité du peuple français (...) dans cette période où des populations du Niger sont éprouvées par la famine".
La France "triplera en 2005 ses versements" pour le financement des programmes structurels destinés à assurer la sécurité alimentaire", rappelle Jacques Chirac dans sa lettre. Ils "atteindront 4,6 millions d'euros". Paris "doublera" par ailleurs "sa contribution aux appels du programme alimentaire mondial (PAM), avec plus d'un million d'euros destinés, en particulier, à approvisionner les cantines scolaires des régions les plus touchées".
(AP)


 

Camel Express
July 2005

Niger Confronted by Famine:
A Call for Help

In Niger four million people (one third of the population) face a catastrophic famine. An early end of the rains and then the locust invasion have led to this serious food crisis. Officials in Niger say that millions in Niger are relying on food aid to survive because the country suffered a shortfall of 223,000 tons of millet, maize and sorghum in the 2004-2005 harvest.

The next two months are important so that subsistence farmers and their families in the southern area of Niger can make it through to October when hopefully harvesting starts again.

The U.N. Food Program has requested $11 million to finance emergency operations in Niger and Mali. Check out www.IRINnews.org, from the UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs.

The people of this country that we love so much need our help. Because of the urgency of the situation, sending donations for this project through Friends of Niger (FON) would not be timely. FON is aware of three organizations already in place in Niger: World Vision, Catholic Relief Services, and Médecins Sans Frontières. Donations can be made online. World Vision and Médecins Sans Frontières have articles on their websites about the famine in Niger.

As an organization FON is preparing a letter to the administrator of AID to encourage the agency to increase aid to the food security and nutrition programs already in place in Niger and to step up humanitarian assistance during the current crisis. We will send copies to Condoleeza Rice and the Niger desk officer at the State Department and to the White House. To aid Niger in this food shortage it is important also that you contact your own Senators and Representatives to encourage their support on this issue. Other very important persons to contact are the Senate Foreign Relations Committee and its Subcommittee on African Affairs.

- by Gabriella Maertens, 12 July 2005

 


NIGER

Les cas de malnutrition ont bondi de 30%
Le nombre d'enfants victimes de malnutrition sévère admis dans les centres de Médecins sans frontières a augmenté de près de 30% en une semaine.

L e nombre d'enfants victimes de malnutrition sévère admis dans les centres de renutrition intensive (CRENI) de Médecins sans frontières (MSF) au Niger a bondi de près de 30% en une semaine, a-t-on appris jeudi 28 juillet auprès de MSF.
"La semaine passée, nous avons admis 1.283 enfants souffrant de malnutrition aiguë dans nos cinq centres, contre 990 la semaine précédente", a déclaré le Dr Mego Terzian, responsable de MSF à Maradi, dans le sud du Niger.
Outre les cinq CRENI, MSF entretient 27 cliniques de soins ambulatoires, de façon à toucher les populations des villages reculés.
La hausse la plus forte a été enregistrée dans les départements de Maradi, à 600 km à l'est de Niamey, la capitale, et de Keïta, à environ 60 km au sud-est de la ville de Tahoua (sud-ouest du Niger).

Acheminement difficile

En raison d'une sécheresse exceptionnelle et d'une invasion d'essaims de criquets pèlerins qui ont détruit récoltes et pâturages en 2004, le Niger est victime depuis plusieurs mois d'une grave pénurie alimentaire.
Ces statistiques alarmantes interviennent alors que l'aide alimentaire d'urgence acheminée par la communauté internationale commence seulement à arriver dans le pays et qu'il faudra encore plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant qu'elle n'atteigne véritablement les populations les plus menacées.
Il reste, de plus, encore deux mois jusqu'aux prochaines récoltes et la saison des pluies qui a débuté fait craindre des pics de maladies associées, comme le paludisme et la diarrhée.
Pour ses opérations au Niger, MSF a recruté 50 volontaires expatriés et 500 employés locaux. L'ONG dispose d'un budget de 12 millions d'euros, soit grosso modo l'équivalent de l'aide alimentaire apportée par la France et l'Union européenne réunies.
"Nous avons demandé à nos donateurs qui avaient contribué pour le tsunami en Asie du sud-est la permission d'utiliser les fonds pour le Niger", a précisé le Dr Terzian.


L'aide humanitaire continue d'arriver au Niger --par Nafi Diouf


MARADI (AP) -- L'aide internationale continuait d'arriver au Niger alors qu'une partie était acheminée lentement par camion dans le sud-est du pays, dont plusieurs régions sont frappées depuis des mois par une terrible famine due à la sécheresse et les invasions de criquets.
Dix-huit tonnes de lait enrichi et de pâte nutritive sont arrivées samedi à bord d'un avion-cargo Antonov 12, affrété par l'organisation Réunir de Bernard Kouchner, qui s'est posé à l'aéroport de Maradi, en provenance de Marseille, avec l'ancien ministre de la Santé à son bord.
Lancé il y a près de huit mois, l'appel à l'aide des Nations unies ne se concrétise que depuis ces dernières semaines afin de venir en aide aux 3,5 millions de Nigériens qui souffrent d'une grave famine.
Entre jeudi et vendredi, 278 tonnes de pois et d'huile ont été livrés à l'organisation Concern International à Tahoua, situé à 400 km au nord-ouest de Maradi, ville du sud-est du pays qui sert de plaque tournante pour les organisations humanitaires internationales.
Dans les hangars du Programme alimentaire mondial (PAM) situés dans le quartier Ali Dansofho de Maradi, quelque 2.000 tonnes de sorgho acheté au Nigeria, 41 tonnes d'huile végétale et 69 tonnes de haricots attendaient d'être distribuées.
«C'est devenu fou ces derniers jours», s'est étonné Ibrahim Badamassi, coordinateur régional du PAM à Maradi, gardant un oeil sur les hommes chargés de remplir deux camions à destination de Tahoua.
Le feu vert pour le chargement et le transport de l'aide du bureau du PAM à Niamey est arrivé par fax vendredi à Badamassi, permettant l'approvisionnement dès l'après-midi de l'Agence pour les Musulmans d'Afrique, une association humanitaire opérant au Niger, pays majoritairement musulman.
Au total, l'association a reçu 250 tonnes de sorgho. «Nous remercions Dieu, même si la nourriture est arrivée un petit peu tard», a souligné Mohammed Abdoulaye, montrant ses réserves déjà bien entamées. Il y a de quoi tenir quelques semaines, a-t-il avancé.
Depuis début juillet, le centre de nutrition de Maradi a reçu environ 700 mères et leurs enfants, les nourrissant chaque jour, jusqu'à cinq repas pour les enfants souffrant de malnutrition.
«Avec ce que nous venons de recevoir, nous pouvons faire plus et renvoyer les mères avec des provisions», a estimé Mohammed Abdoulaye.
Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, en visite dans le pays, a remis samedi une lettre du président Jacques Chirac à son homologue nigérien Mamadou Tandja dans laquelle il l'assure de la «solidarité du peuple français (...) dans cette période où des populations du Niger sont éprouvées par la famine».
La France «triplera en 2005 ses versements» pour le financement des programmes structurels destinés à assurer la sécurité alimentaire», rappelle Jacques Chirac dans sa lettre. Ils «atteindront 4,6 millions d'euros». Paris «doublera» par ailleurs «sa contribution aux appels du programme alimentaire mondial (PAM), avec plus d'un million d'euros destinés, en particulier, à approvisionner les cantines scolaires des régions les plus touchées». AP


Un appel désespéré pour le Niger (31/07/2005)
Un million d'enfants menacés de mort

TAHOUA Le paludisme et la dysenterie font peser une menace grandissante sur les enfants du Niger en proie à la famine, dont certains sont soignés dans un centre de nutrition d'urgence à Tahoua, dans le nord du pays.

La tête sur les genoux de leur mère ou criant de douleur, de petits enfants amenés sous ce chapiteau sanitaire semblent au dernier stade de la vie avant même que la maladie s'empare de leurs fragiles silhouettes.

Des médecins administrent de l'oxygène, des mères tentent de pousser leurs fils et filles apathiques à manger des aliments liquides dans des cuillers en plastique. Mais la plupart des enfants regroupés dans le pavillon, au nombre d'une douzaine, sont affalés sur des lits où ils luttent contre la maladie.
Des pluies récentes ont fait naître l'espoir de bonnes récoltes, mais elles peuvent tout autant provoquer de nouvelles épidémies en favorisant la propagation des moustiques porteurs du paludisme, soulignent des représentants d'ONG.

«Ces enfants sont déjà très vulnérables. S'ils sont déjà mal nourris et attrapent le paludisme, il leur faut sans délai une aide médicale et nutritionnelle spécialisée», déclare Johanne Sekkenes, chef de mission de l'organisation Médecins sans frontières (MSF) au Niger.
MSF dirige un réseau de centres de nutrition au Niger, où des responsables de l'Onu estiment qu'environ 3,6 millions de personnes sont affectées par de graves pénuries alimentaires depuis que la sécheresse et les criquets pèlerins ont détruit les récoltes de l'an dernier. Elle n'a cependant pas les moyens d'atteindre tous ceux qui sont dans le besoin.


Combien d'autres ?


Les organisations humanitaires estiment qu'un million d'enfants souffrent cette année de malnutrition et que 150.000 d'entre eux risquent de mourir sans une intervention rapide.
MSF dit avoir prodigué des soins à 15.000 enfants sous-alimentés depuis le début de l'année et sauvé 95% d'entre eux. Il est toutefois impossible de savoir combien d'autres sont peut-être en train de mourir dans des villages reculés de ce vaste pays situé en bordure du Sahara.

Si les pluies des dernières semaines ont transformé des champs desséchés en vertes pousses de millet qui promettent des moissons heureuses en octobre, elles peuvent aussi contaminer l'eau des puits dans des villages mal équipés sur le plan sanitaire, et propager une dysenterie parfois fatale.

«Son cou a enflé et elle s'est mise à tousser», résume Zahira Hussein, 25 ans, qui a amené sa fille de treize mois au centre de nutrition de Tahoua, à 550 km au nord-est de Niamey. 

© La Dernière Heure 2005


samedi 30 juillet 2005, mis à jour à 18:30
Les maladies menacent les enfants frappés par la famine au Niger
LEXPRESS.fr avec Reuters

Le paludisme et la dysenterie font peser une menace grandissante sur les enfants du Niger en proie à la famine, dont certains sont soignés dans un centre de nutrition d'urgence à Tahoua, dans le nord du pays.
 
La tête sur les genoux de leur mère ou criant de douleur, de petits enfants amenés sous ce chapiteau sanitaire semblent au dernier stade de la vie avant même que la maladie s'empare de leurs fragiles silhouettes.
 
Des médecins administrent de l'oxygène, des mères tentent de pousser leurs fils et filles apathiques à manger des aliments liquides dans des cuillers en plastique. Mais la plupart des enfants regroupés dans le pavillon, au nombre d'une douzaine, sont affalés sur des lits où ils luttent contre la maladie.
 
Des pluies récentes ont fait naître l'espoir de bonnes récoltes, mais elles peuvent tout autant provoquer de nouvelles épidémies en favorisant la propagation des moustiques porteurs du paludisme, soulignent des représentants d'ONG.
 
"Ces enfants sont déjà très vulnérables. S'ils sont déjà malnutris et attrapent le paludisme, il leur faut sans délai une aide médicale et nutritionnelle spécialisée", déclare Johanne Sekkenes, chef de mission de l'organisation Médecins sans frontières (MSF) au Niger.
 
MSF dirige un réseau de centres de nutrition au Niger, où des responsables de l'Onu estiment qu'environ 3,6 millions de personnes sont affectées par de graves pénuries alimentaires depuis que la sécheresse et les criquets pèlerins ont détruit les récoltes de l'an dernier. Elle n'a cependant pas les moyens d'atteindre tous ceux qui sont dans le besoin.

COMBIEN D'AUTRES ?

Les organisations humanitaires estiment qu'un million d'enfants souffrent cette année de malnutrition et que 150.000 d'entre eux risquent de mourir sans une intervention rapide.


MSF dit avoir prodigué des soins à 15.000 enfants sous-alimentés depuis le début de l'année et sauvé 95% d'entre eux. Il est toutefois impossible de savoir combien d'autres sont peut-être en train de mourir dans des villages reculés de ce vaste pays situé en bordure du Sahara.


Si les pluies des dernières semaines ont transformé des champs desséchés en vertes pousses de millet qui promettent des moissons heureuses en octobre, elles peuvent aussi contaminer l'eau des puits dans des villages mal équipés sur le plan sanitaire, et propager une dysenterie parfois fatale.


"Son cou a enflé et elle s'est mise à tousser", résume Zahira Hussein, 25 ans, qui a amené sa fille de treize mois au centre de nutrition de Tahoua, à 550 km au nord-est de Niamey. "Avant, elle n'arrivait pas à dormir, maintenant elle va mieux."


L'aide d'urgence pour le Niger s'est intensifiée ces dernières semaines, mais les médecins de MSF considèrent que la lenteur avec laquelle ont réagi les donateurs occidentaux, les organismes de secours et les Nations unies a laissé la crise se développer à un point alarmant.


Le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy devait se rendre samedi à Tahoua pour apporter des fournitures médicales dans une ancienne colonie française où un enfant sur quatre meurt avant l'âge de cinq ans. La France a décidé de tripler, en la portant à 4,6 millions d'euros, sa participation aux programmes d'aide alimentaire au Niger.



Visite de Philippe Douste-Blazy au Niger, en proie à la famine


PARIS/NIAMEY (AP) -- Le Niger attendait mercredi l'arrivée d'une nouvelle cargaison d'aide humanitaire destinée à lutter contre la famine, provoquée par la sécheresse et l'invasion de criquets.
Dans le même temps, le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy se rend à partir de jeudi dans la région, et notamment au Niger, où «la France a décidé de mettre en place des moyens supplémentaires, aux plans financiers, logistiques et humains», a précisé le Quai d'Orsay.
Le chef de la diplomatie française «se rendra sur le terrain, à Tahoua, dans l'un des centres de santé qui prennent en charge les populations souffrant de malnutrition». Il s'entretiendra également «avec les autorités de ce pays pour faire un point sur le dispositif national de prévention et de gestion des crises alimentaires et sur les besoins actuels du Niger».
Le PAM, Programme alimentaire mondial de l'ONU, a lancé un pont aérien d'aide alimentaire d'urgence, en liaison avec l'armée française et l'association Réunir de l'ancien ministre français Bernard Kouchner, afin de venir en aide à près de 3,6 millions d'habitants. Quelque 2.000 tonnes de riz, 500 tonnes de pois et 80 tonnes de biscuits enrichis devraient arriver rapidement sur place, selon le PAM, huit mois après le premier appel lancé par les associations humanitaires.
«La réponse est très tardive et l'argent a mis du temps à arriver», a déploré Hassan Taifour, nutritionniste pour l'organisation «Save the Children», arrivé sur place la semaine dernière. «Nous avons attendu jusqu'à ce que la situation soit terrible et aujourd'hui c'est une catastrophe».
Pays parmi les plus pauvres de la planète, le Niger a été frappé en 2004 par une terrible sécheresse et une invasion de sauterelles, qui sont à l'origine de la grave disette qui frappe plusieurs régions du pays de 11,3 millions de personnes.
L'organisation Médecins sans Frontières a dores et déjà aidé environ 7.000 enfants dans trois districts de la région de Maradi, à 600km à l'est de la capitale Niamey. Elle a également acheminé 500 tonnes de farine enrichie et 100 tonnes d'huile.
Pour sa part, le britannique Save the Children a prévu qu'il lui faudrait une semaine pour acheminer ses réserves en farine et en huile et les distribuer à 23.000 personnes dans les districts de Aguie et Tassawa. AP


Éditorial par Jean Chatain


De Gleneagles à Niamey

Le Niger constitue un exemple, le plus immédiatement choquant, de cette diplomatie de la poudre aux yeux.

Impossible de ne pas faire le rapprochement. Voici quelques semaines, les dirigeants du G8, les pays les plus riches du monde, se réunissaient en grande pompe à Gleneagles et multipliaient les effets de manche sur la politique planétaire à engager pour éradiquer l’extrême pauvreté de la surface du globe. Aujourd’hui, l’actualité est marquée par la (tardive) prise de conscience du drame humanitaire en cours en Afrique sahélienne, tout particulièrement au Niger. Entre le quart et le tiers de la population victime d’une famine pourtant prévue depuis le dernier trimestre de l’an passé, et on assiste à une flambée de la mortalité infantile dans un pays qui détenait déjà un lugubre record en ce domaine. Premier constat : préoccupé plus d’action psychologique et d’image de marque, le G8 a réussi le tour de force d’ignorer tous les signes avant-coureurs de cette nouvelle crise.

Second constat : les engagements solennels de Gleneagles ne faisaient guère que reprendre plus ou moins explicitement les « objectifs du millénaire pour le développement » adoptés dès l’an 2000 par l’Assemblée générale de l’ONU. Objectifs déclarés : combattre la faim et la pauvreté, améliorer l’éducation, la santé, le statut des femmes et l’environnement, enfin engager la mise en oeuvre par les pays du Nord de politiques commerciales inscrites au sein d’un partenariat mondial pour le développement du Sud. À l’horizon 2015, était-il proclamé, 50 % de l’extrême pauvreté aurait disparu du continent africain. Cinq ans plus tard, donc, le G8 s’est contenté de rebadigeonner un discours antérieur, celui qui avait servi lors du sommet du millénaire à New York. Ce que rappelait le Malien Alpha Oumar Konaré, président de la commission de l’Union africaine, à la veille de l’ouverture de Gleneagles : « Trop de promesses nous ont été faites au cours de trop de rassemblements. Aucune n’a jamais été tenue »...

Au tiers du parcours fixé en 2000, les objectifs dits du millénaire demeurent hors de portée pour la grande majorité des nations concernées. Pire, l’Afrique subsaharienne est le seul continent où l’espérance de vie évolue négativement. Au rythme actuel, les experts chiffrent à plus d’un siècle et demi la durée nécessaire pour atteindre le but fixé pour 2015 ! Or, les promesses du G8 s’avèrent encore moins précises et contraignantes que celles présentées voici plus de cinq ans à New York. Alors ?

Le Niger constitue un exemple, le plus immédiatement choquant, de cette diplomatie de la poudre aux yeux. Ce pays semble revenu vingt ans en arrière, à l’époque de la grande sécheresse dont avait alors été victime le Sahel. En marge du désert, la grande vallée de la Tarka, qui couvre les trois régions méridionales de Tahoua, Maradi et Zinder, n’est plus qu’une enclave aride, calcinée par le soleil. La sécheresse et les criquets ont littéralement ravagé cette zone de transhumance traditionnelle. Tandis qu’un déficit fourrager record menace le cheptel dans son ensemble.

Confidence d’un éleveur du Maradi faite récemment à un journaliste camerounais du Messager : « Si même les ânes se mettent à mourir, c’est l’annonce d’une tragédie. » De fait, l’âne mange tout, y compris ses excréments ; donc s’il crève...

Le président Mamadou Tandja a entrepris hier un périple dans deux des régions les plus gravement touchées, celles de Tahoua et Agadez au nord. Sa gestion tâtonnante de la famine lui a valu les critiques d’une large partie de ses concitoyens. On lui reproche d’avoir minimisé la crise trop longtemps, d’avoir tardé à distribuer les rations alimentaires et d’avoir augmenté en mars les taxes sur la farine, le lait et autres produits de base, mesures qu’il annulera in extremis sous la pression de la rue. Sa « défense » vaut d’être citée : il s’agissait d’injonctions du FMI qu’un gouvernement privé de marges de manoeuvre budgétaires était bien obligé d’appliquer au pied de la lettre. Pour le reste, ajoute le porte-parole de la présidence, Niamey « n’a pas le pouvoir de fixer la date d’intervention de la communauté internationale ». La boucle est bouclée.

Par Jean Chatain

service public Des soins toujours payants

Envoyée spéciale.

Conformément aux décisions prises lors de l’initiative de Bamako, les soins ne sont plus gratuits au Niger. Dans la même logique que les plans d’ajustement structurels, l’idée était que les États surendettés n’ayant plus les moyens de financer leurs services publics devaient adopter un mécanisme permettant « le recouvrement des coûts ». Au Niger, les centres de santé publique (CSI) sont donc des structures autonomes qui doivent dégager du prix des consultations de quoi s’approvisionner en médicaments et en matériel. Déjà dangereux en période normale, ce principe a des conséquences dramatiques en période de pénurie alimentaire. La malnutrition entraîne de nombreuses maladies, qui a leur tour ont un effet dévastateur sur la capacité de l’enfant à absorber les aliments. La décision a théoriquement été prise d’accorder la gratuité des soins aux enfants gravement frappés. À Niamey, côté gouvernemental comme des bailleurs de fonds, on assure d’ailleurs que c’est le cas. Mais sur le terrain rares sont les CSI qui soignent gratuitement. Ainsi à Tahoua Médecins sans frontières est contrait, pour pouvoir se décharger d’une partie des patients sur le système de « santé publique », de payer les médicaments des CSI.

C. B.

Le système D comme mode de survie

Faute d’aide, les paysans de la région de Tahoua ont développé mille et une stratégies de survie.

Tahoua, envoyée spéciale.

« Chaque jour on doit chercher ce qu’on va manger parce qu’on n’a pas de réserves. » Un gamin dans les bras, une petite accrochée aux jambes, une jeune femme en large chemise marron bordée de dessins blancs est plantée devant la hutte en paille et banco qui constitue l’habitat traditionnel. Dans ce hameau de Saouna, commune de Tabalak, à une quinzaine de kilomètres au nord de Tahoua, cela fait au moins trois ans que les cultures n’ont pas donné assez pour tenir toute l’année. « De toute façon, ici, on mange rarement plus d’une fois par jour », se lamente de son côté l’adjoint du chef de village. La tête enveloppée dans un cheich beige usé, la barbe blanche éparse, il cultive la terre avec quelques hommes du village. Sous un soleil de plomb, ils bêchent, courbés en deux, une terre sableuse qui se craquelle et résiste. « Demain, si on ne trouve pas à manger, on n’ira pas aux champs parce qu’on sera trop faible », renchérit un paysan assis sur la lame de sa bêche. Après des années de vaches maigres, tous à dire que la situation est pire que jamais. Juste avant la dernière récolte, les criquets se sont chargés ici d’avaler le peu qui avait été produit. Les greniers à mil sont vides depuis des mois. « Si la saison est bonne, on peut tenir sept mois sans acheter de mil, mais cette année on a dû commencer à acheter dès octobre », explique une femme du centre-ville de Tabalak, qui n’a pas trop de difficulté à compenser le manque grâce à son commerce de condiments. Pas question ici non plus de vendre quoi que ce soit, les récoltes sont insuffisantes. Dans le village d’Akokou, Ibrahim, jeune homme d’une vingtaine d’années, cultive avec sa soeur le champ familial. « Le champ donne de quoi manger, pas de quoi vendre », explique-t-il. D’ailleurs, les commerçants ont renoncé à s’approvisionner dans la région. « Ce qu’ils vendent, ça vient de Maradi ou du Nigeria », assure le vieux chef.

Faute de vivres, il faut déployer des trésors d’inventivité. D’autant qu’ici, les commerçants ne font pas d’avances, tant ils craignent de ne pas être remboursés. « Pour trouver de quoi préparer à manger, ceux qui ont un enfant valide l’envoie travailler sur les champs des autres contre de l’argent », explique la jeune femme. La journée de travail rapporte 1 000 francs CFA. « Parfois, c’est le mari qui y va pendant que sa femme cultive son propre champ. » Le groupe de cultivateurs a été la veille louer ses bras au marché hebdomadaire de Tabalak. Même partiellement asséchée, l’énorme mare a également permis des cultures maraîchères. Les femmes ont loué des terrains et les hommes ont creusé six puits « parce qu’on avait besoin de beaucoup d’eau ». La vente du petit bétail est aussi pratiquée, même si elle dépossède les paysans de leur principale richesse. « Avec une brebis ou une chèvre, tu peux trouver du mil pour deux ou trois semaines », explique un homme. L’arrivée des pluies à partir de juillet offre d’autres possibilités. Certaines herbes se cuisinent mélangées avec de la farine de manioc.

Mais la principale source de revenu reste l’exil. Un, deux ou trois fils de famille partent « à l’aventure » à l’étranger, en Libye, parfois en Algérie, souvent en Côte d’Ivoire. De là, ils envoient régulièrement des fonds pour que leurs proches survivent. Le plus souvent, ils reviennent de juin à août. Courte, la saison des pluies a besoin de tous les bras valides. Rentable, cette stratégie semble pourtant menacée. Avec les accords sur l’immigration passés avec l’Union européenne, rien ne dit que la Libye restera une option. Mais c’est surtout la Côte d’Ivoire qui inquiète. Ibrahim a déjà passé trois ans à Abidjan où son père, qui s’y rend depuis longtemps, a investi dans une maison : « S’il n’y avait pas ça, on ne pourrait pas survivre. » Mais il s’inquiète : « Beaucoup ont dû rentrer à cause des ennuis là-bas. »

C. B.

Chaque gramme gagné est une victoire

Visite du centre de Médecins sans frontières, à Tahoua, où les enfants réapprennent à s’alimenter.

Tahoua, envoyée spéciale.

Ramatou à cinq ans et pèse 9 kilos. Ses bras et ses jambes font à peine quelques centimètres de diamètres et ses grands yeux aux cils interminables expriment les souffrances de son corps. Elle est arrivée la veille avec sa mère au Centre de rééducation et d’éducation nutritionnelle intensive (CRENI) que l’organisation humanitaire Médecins sans frontières à ouvert le 16 juin dans la ville de Tahoua, au centre du Niger. Comme elle, ils sont près de 150 gamins dont l’état de malnutrition a nécessité une hospitalisation d’urgence. Sous la grande tente blanche qui accueille les cas les plus graves, une vingtaine d’enfants aux membres décharnés gisent sous les yeux de leurs mères. Affaiblis par le manque de nourriture, « ils attrapent toutes les maladies qui passent », explique Hassia, l’une des infirmières. Paludisme, diarrhée, pneumopathie et autres augmentent encore leur vulnérabilité, au risque de les entraîner vers la mort. Ceux-là n’arrivent même plus à se nourrir. « Pour leur réapprendre, on leur donne du lait thérapeutique huit fois par jours », indique le docteur Michel

Rasolonirina. Et chaque gramme gagné est une victoire. Issiaka Abdou, le responsable de terrain qui supervise l’équipe de Tahoua, regarde avec satisfaction la fiche d’un petit garçon de quatre mois. En deux jours, il est passé de 2,4 à 2,5 kg.

À en juger par la manière dont la petite Sibilla attrape le sein de sa mère, elle, au moins, a réappris à manger. Ses membres sont encore tous maigres mais le goût de la vie semble avoir repris le dessus. D’ailleurs, dans les deux tentes qui abritent les enfants en phase de récupération, règne une ambiance de village. À l’heure du repas, les femmes discutent, blaguent, leurs petits dans les bras. Ici, les enfants sont passés à six repas par jours. Lait thérapeutique et Plumpynut, un aliment miracle pour la malnutrition composé de lait et d’arachide, constituent l’alimentation quotidienne. Le temps de récupération peut varier. Certains enfants restent là un mois, d’autres sont en état de sortir au bout de quelques jours. Une fois sortis du centre, les enfants rejoignent le programme ambulatoire de où sont orientés d’office ceux dont l’état ne nécessite pas d’hospitalisation. Près de mille enfants sont ainsi suivis à travers sept cités ambulatoires où les médecins passent une fois par semaine pour effectuer les pesées, prodiguer les soins et fournir aux familles les aliments nécessaires pour eux et leurs enfants.

« Je suis très contente qu’il aille mieux maintenant. » Maïma, environ vingt-cinq ans, a laissé glisser sur son épaule sa large robe de tulle colorée pour la tétée du petit Issoufou. « Quand il est arrivé, il avait tout, des diarrhées, de la fièvre, des vomissements, je croyais qu’il allait mourir. » En un mois, Maïma a repris espoir au fur et à mesure qu’elle a vu son petit reprendre du poil de la bête. Un espoir essentiel au rétablissement des enfants. « Elles savent qu’elles ont un rôle à jouer », explique le docteur Rasolonirina. « Parfois, elles sont découragées, mais quand elles voient un enfant qui sort au bout de quelques jours, elles voient que ça peut marcher et elles sont contentes. » Pour les aider à nourrir leurs bébés conformément aux impératifs d’un traitement médical pas toujours évident à comprendre, MSF a embauché des Nigériennes qui servent d’assistantes nutritionnelles. Elles passent parmi les femmes, discutent et se livrent quotidiennement à « des séances de causeries ». Mais si les questions techniques demandent des explications pour ces femmes de milieu rural, majoritairement illettrées, et dont les contacts avec le milieu médical ont souvent été jusque-là limités, elles font tout leur possible. Certaines ont fait des kilomètres pour venir faire soigner leurs enfants. D’autres ont tenté, avant l’existence du centre MSF, de trouver l’argent nécessaire pour payer les soins dans le système médical nigérien. Une gageure quand on sait qu’une consultation dans le système local peut coûter jusqu’à 1 000 francs CFA.

Le système permet de sauver la majorité des enfants. « Mais quand ils arrivent trop tard, quand ils sont trop affaiblis, on les perd », se désole le docteur Rasolonirina. Pour l’instant, c’est 2 % de près de 1 300 enfants qui ont ainsi perdu la vie. Mais, à MSF, on s’inquiète de voir depuis deux semaines les courbes d’admission de nouveau monter en flèche. Les travaux des champs sont terminés et on entre au coeur de la période de soudure, avec tous les risques que cela comporte. D’autant que, malgré les promesses des uns et des autres, aucun programme ne s’occupe des cas les moins graves qui, faute de soins, pourraient à leur tour basculer dans la malnutrition sévère. L’avenir proche inquiète Issiaka : « On est déjà débordé. Ce qu’on souhaiterait, c’est que d’autres organisations s’impliquent pour créer un deuxième centre de soins pour les mal nourris et prendre en charge les modérés. »

C. B.

Une réponse tardive et inadaptée

Niger, envoyée spéciale.

« Il est déjà trop tard pour des milliers d’enfants. » Dans son bureau de Niamey, Johanne Sekkenes, chef de mission pour Médecins sans frontières, laisse entrevoir son désarroi. Constatant cette année l’explosion du nombre d’enfants atteints de malnutrition sévère accueillis dans ses centres de santé, l’organisation a tiré en vain la sonnette d’alarme pendant des mois. Malgré la gravité d’une famine qui affecte le Niger, où le niveau de mortalité infantile est déjà d’ordinaire un des plus importants du monde, la décision de distribuer des vivres gratuitement a été prise depuis à peine deux semaines. « Nous savions à quel point la situation était alarmante », reconnaît Paul Vossen, chef de section de la délégation de l’Union européenne à Niamey. Un aveuglement qui pourrait coûter la vie à des milliers d’enfants.

Pluies insuffisantes, invasions de criquets

La crise n’est pourtant pas une surprise. Avant même que les prix des céréales - explosent de 50 %, la combinaison des pluies insuffisantes et des invasions de criquets était l’occasion d’anticiper un manque de vivres dans ce pays où une majorité de la population vit tous les ans à la - limite de la sécurité alimentaire. Dès octobre 2004, le Programme alimentaire mondial (PAM) a prévenu qu’au moins 3 millions de Nigériens risquaient de se trouver rapidement dans une situation de grande vulnérabilité. Le mois suivant, le premier ministre nigérien a lancé sans succès un appel discret à la communauté internationale pour 78 000 tonnes de vivres.

Le dispositif de gestion des crises alimentaires, où siègent conjointement le gouvernement nigérien, les bailleurs (essentiellement France et Union européenne) et certaines institutions internationales, a réagi en pariant sur la multiplication des projets de développement. L’objectif était de permettre aux familles de disposer de sources complémentaires de revenus, à travers un accroissement des programmes déjà existantes, comme les ventes à prix modérés (VPM), les projets « work for food » ou « work for cash » (versement d’un pécule en nature ou en argent en échange de travail dans des projets de développement), et les banques céréalières. Surtout, l’injection massive sur le marché des céréales en VPM devait permettre de faire baisser des prix qui ont atteint cette année un niveau sans précédent. Mais, explique le PAM, faute de fonds versés par les bailleurs pour soutenir ces programmes et compte tenu de la difficulté à se procurer les quantités de céréales voulues dans un marché régional atrophié, les « stratégies préventives d’atténuation de la crise n’ont pas pu être mises en oeuvre ». Les 11 000 tonnes finalement distribuées par le PAM à travers ces divers systèmes ont été largement insuffisantes pour avoir un effet sur les prix du marché et un impact sur l’économie des villages. Les paysans évoquent d’ailleurs toujours l’arrivée de VPM comme un événement bienvenu mais marginal et ils se plaignent de son insuffisance. De plus, l’impact par rapport aux problèmes de malnutrition a été nul puis- que, de l’aveu même des représentants du PAM, les VPM sont restées inaccessibles aux plus vulnérables, qui ne disposent d’aucune réserve financière. Comme l’explique un groupe de femmes du hameau de Saouna, à une vingtaine de kilomètres de la ville de Tahoua, « certains ont pu en profiter dans le village mais si tu n’as pas d’argent, tu n’y as pas accès ».

Donner, vous n’y pensez pas !

Alors qu’en début d’année, il devenait de plus en plus clair que les mesures adoptées avaient un impact nul sur la malnutrition, personne n’a estimé nécessaire de commencer à fournir une aide d’urgence aux familles dont les enfants étaient en danger. Les décideurs extérieurs au pays se sont arc-boutés sur leur credo : ne pas faire de distributions gratuites afin de ne pas perturber les mécanismes du marché, ne pas donner l’habitude de recevoir sans rien faire pour ne pas compromettre l’investissement des populations dans des projets de développement destinés à améliorer leur avenir. « Les distributions gratuites sont la porte ouverte à des choses qui ne sont pas souhaitables », estime encore aujourd’hui Alain Darthenuck, premier adjoint de la délégation de l’UE. Aussi, en dehors de quelques dons marginaux pour alimenter les centres de MSF, il n’était pas question de donner de la nourriture gratuitement aux familles dans le besoin. Cette idéologie a empêché toute modification de la stratégie adoptée. Ainsi, Jean-Noël Gentile, membre de la mission locale du PAM, raconte que, quand il a commencé à évoquer la nécessité de mettre en place parallèlement aux program- mes de développement un volet de prise en charge, la réponse a été : « Ça n’est pas durable. » Une façon de consi- dérer les pertes humaines liées à la crise alimentaire comme des dommages collatéraux.

Le gouvernement nigérien n’a rien fait non plus pour inverser la tendance. Entre le premier appel du premier ministre, peu de temps avant les élections législatives, et son cri d’alarme « angoissé » le 28 mai dernier, il s’est tu. Un silence dont la responsabilité incombe, selon l’opposition nigérienne, au président, Mamadou Tandja. « Il a freiné. Il ne voulait pas que cela se sache parce que, dans nos cultures, les gens attribuent au chef la responsabilité d’une famine », explique Maman Abou, éditeur de presse et membre du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme. Autre avantage pour le pouvoir, la crise a permis une hausse des prix qui a profité aux gros commerçants. Or « les opérateurs économiques sont membres du parti au pouvoir » et ce dernier « ne veut pas frustrer ceux qui ont payé sa campagne électorale », suggère Sidibé Issoufou, secrétaire général de la Confédération démocratique des travailleurs nigériens et membre de la Coalition équité qualité contre la vie chère, une organisation de la société civile qui regroupe associations et syndicats. Quelle qu’en soit la raison, la lenteur du gouvernement à reconnaître publiquement la crise a servi de prétexte aux doutes et aux hésitations des institutions internationales et des bailleurs.

L’urgence de la situation s’impose

La précipitation cède-t-elle désormais la place à l’aveuglement ? « Cela fait seulement peu de temps que nous avons réalisé qu’il s’agissait d’une urgence et nous sommes donc soumis à de nombreuses contraintes », a expliqué jeudi dernier Ginacarlo Cirri, représentant du PAM à Niamey. Selon Seydou Bakari, directeur de la cellule de crise alimentaire (CCA), près de 24 000 tonnes de vivres sont nécessaires, en plus des 9 000 distribués aux enfants et à leurs familles dans les centres de récupération nutritionnelle, pour approvisionner les zones de malnutrition sévère et modérée. Mais les obstacles techniques sont encore légion. Le gouvernement et le PAM disposent de 5 000 tonnes immédiatement disponibles, qu’ils peinent à acheminer dans les régions concernées, faute d’ONG spécialisées dans l’urgence, déjà opérationnelles sur le terrain. Et, une fois ce stock écoulé, la continuité d’approvisionnement est loin d’être assurée. Le premier chargement de 11 000 tonnes de mil acheté par le gouvernement avec l’argent des bailleurs ne devait pas arriver avant lundi au port de Lomé.

Accélérer le processus implique d’y mettre des fonds supplémentaires pour acheter des quantités plus importantes de vivres et affréter des avions pour les acheminer. Mais les bailleurs traînent des pieds. Au-delà de quelques dons symboliques en nature, les pays arabes sont discrets. À peine présents dans le pays à travers quelques ONG, les Américains n’ont pas non plus versé de fonds supplémentaires. Les deux principaux donateurs, l’Union européenne et la France, expliquent de leurs côtés ne pas envisager pour le moment aller au-delà des enveloppes prévues de longue date pour le Niger, soit respectivement 6,3 et 5,5 millions d’euros. Des sommes bien dérisoires pour aider à juguler une crise qui, selon Jan England, coordinateur des affaires humanitaires aux Nations unies, affectent massivement la population infantile. À titre de comparaison, la mission de MSF au Niger représente 12 millions d’euros.

Camille Bauer


 

NIGER: des millions de gens frappés par la famine.


Au Niger, dans la région de Tahoua, le bord de la route est jonché de vaches, d'ânes, de chèvres et de moutons morts. Des dizaines de villages ont été abandonnés par leurs habitants, partis chercher de la nourriture dans des villes ou des pays voisins tels que le Bénin ou le Nigéria. Les experts estiment que la pénurie alimentaire est la pire crise du genre au Niger depuis plus de vingt ans. De Tahoua, reportage d'Idy Barou.

Au moins 150 000 enfants souffrent de malnutrition


"La situation est épouvantable" déclare Abdoulaye Adamou, parti de son village pour se rendre dans la ville de Tahoua. "Nous n'avons pas de nourriture, et nous regardons mourir notre bétail, à cause du manque de vivres et d'eau".

Le gouvernement nigérien fournit des vivres à prix réduit à la région, mais selon Abdoulaye Adamou, cette aide ne suffit pas, et elle est trop chère pour un paysan pauvre dont les revenus sont inférieures à 1 dollar par jour.

Causes et effets

Les causes de la crise: des pluies insuffisantes et les invasions de criquets pélerins l'année dernière, qui ont laissé derrière eux un paysage de sable gris et sec.

Le gouvernement estime qu'au moins 3,5 millions de personnes sont frappées par les pénuries, et que 150 000 enfants des régions de Tahoua, Maradi et Zinder souffrent de malnutrition.

Certains de ces derniers sont déjà morts de faim, selon l'ONG Médecins sans frontières, qui a mis sur pied des camps où les victimes de la catastrophe peuvent recevoir de la nourriture et des médicaments.

Des enfants squelettiques

Un de ces camps, à Tahoua, couvre une superficie équivalente à deux terrains de football. Des tentes bleu ciel et blanches ont été érigées, et servent d'hôpitaux de fortune, équipés de latrines, de moustiquaires, de lits et de médicaments.

Des enfants squelettiques gisent à même le sol. D'autres sont forcés de manger une bouillie à base de farine hyperprotéinée et de boire du lait que leur donnent leurs mères, sous l'oeil  attentif des responsables du centre.

Dans un autre quartier de Tahoua, une équipe de nutritionnistes, d'infirmiers et de pédiâtres se battent pour sauver 200 enfants gravement touchés par la malnutrition dans la clonique de maternité mise en place dans le camp de Wadata.

Les enfants sont nourris toutes les deux heures, et sont surveillés par une infirmière et un médecin spécialisé.

En plus de cette aide immédiate, les organisations d'aide humanitaire jouent un rôle éducatif. Un grand nombre d'habitants de cette région rurale du Niger, et surtout les femmes, ne sont jamais allés à l'école. Les volontaires des ONGs leur apprennent les règles élémentaires de l'hygiène.

Le calvaire des enfants

Mounaratou n'a que deux ans, et souffre de malnutrition grave

Ibrahima Ambouka a trois ans. il est si affaibli qu'on doit l'aider à boire son lait. Mais sa mère estime qu'il a l'air de mieux se porter depuis qu'on lui a donné du lait vitaminé et des médicaments.

Mounaratou, elle, n'a que deux ans. Elle est arrivée dans le camp il y a quelques jours. Ses côtes apparaissent nettement sous sa peau, et ses cheveux commencent à tomber - deux signes de malnutrition grave. Selon sa mère, elle vomit la majeure partie du lait et de l'eau vitaminée qu'on lui donne.

Malgré cela, elle aussi semble nettement mieux se porter depuis son arrivée dans le camp.

Les trois frères sont restés à la maison. Elle a été la plus sévèrement touchée par les pénurie, pacequ'elle était encore nourrie au sein, et sa mère, Aïchatou, n'a plus eu de lait. "Si une mère ne mange pas assez" demande-t-elle "comment peut-elle produire du lait pour son bébé ? ".

Le gouvernement accusé d'inaction

Le gouvernement de Niamey a rejeté les appels de ceux qui lui demandaient de distribuer gratuitement de la nourriture aux victimes de la crise. Et il cherche à minimiser la gravité de la situation. Une journaliste du quotidien "Le Sahel" (dont le gouvernement est proriétaire) a même été suspendue après avoir signé un reportage sur la crise.

Les critiques du gouvernement lui reprochent son inaction, déclarant qu'on avait prévu cette crise dès l'année dernière, et que les pouvoirs publics avaient eu largement le temps de se préparer à y faire face.

Plus jamais ça ?

Maintenant, certains pensent à l'avenir, et aux moyens d'éviter de nouveaux désastres. Seydou Hikoy, responsable régional des services de santé, est formel. Selon lui: "le gouvernement ne doit pas se borner à fournir une aide alimentaire ponctuelle. Dans les régions arides comme celle de Tahoua, les crises de ce genre sont devenues un phénomène récurrent. Nous avons besoin d'un programme à long terme de lutte contre la pauvreté et la famine".

Seydou Hikoy lance un appel aux pouvoirs publics ainsi qu'aux bailleurs de fonds internationaux, leur demandant de développer l'irrigation et l'agriculture dans la région, pour permettre aux paysans de traverser l'intervalle entre chaque saison des pluies, et de survivre quand la pluviométrie est insuffisante, comme c'est le cas actuellement. Faute de quoi, la catastrophe actuelle risque de ne pas être la dernière.
(BBC.Afrique.com - Toutes nos sources) ajoutée le 2005-07-28

Visite de M. Philippe Douste-Blazy au Tchad, au Soudan et au Niger (28 au 30 juillet 2005)

Le ministre se rend au Tchad, au Soudan et au Niger du 28 au 30 juillet. Ce voyage dans ces trois pays sahéliens illustre la politique française de prévention et de résolution de crises, que celles-ci aient pour origine un conflit armé ou une conjoncture climatique difficile. Le conflit du Darfour a entraîné près de deux millions de déplacés (un tiers de la population totale du Darfour) et d’innombrables victimes ainsi que 230.000 réfugiés au Tchad voisin. Au Niger, ce sont les conditions climatiques particulièrement rigoureuses cette année qui ont provoqué une pénurie alimentaire.

Le ministre se rendra tout d’abord au Tchad, où il s’entretiendra avec le président Deby des relations bilatérales et des conséquences pour le Tchad de la crise du Darfour ainsi que des négociations politiques en cours à Abuja dont le Tchad est co-médiateur, aux côtés de l’Union Africaine.

Au Soudan, le ministre se rendra à Khartoum, où il s’entretiendra avec les autorités de ce pays. Vous connaissez le soutien de la France à l’accord intervenu entre le nord et le sud, qui met un terme au plus vieux conflit d’Afrique, et qui est actuellement mis en œuvre. Le ministre abordera également la question du Darfour, qui reste très préoccupante. Il ira dans cette région évaluer par lui-même la situation sur le terrain et rencontrer les représentants des organisations humanitaires présents sur place. Il visitera en particulier le camp de Kalma.

Au Niger, le ministre aura des entretiens avec les autorités de ce pays pour faire en particulier le point sur le dispositif national de prévention et de gestion des crises alimentaires et sur les besoins actuels du Niger. Comme vous le savez, pour venir en soutien au Niger, la France a décidé de mettre en place des moyens supplémentaires, aux plans financiers, logistiques et humains. Le ministre se rendra, sur le terrain, à Tahoua, dans l’un des centres de santé qui prennent en charge les populations souffrant de la malnutrition au Niger.


jeudi 28 juillet 2005 - Publié par webmaster
Reportage sur la situation de la famine au Niger
Vente de céréales et d'aliments bétail fortement subventionnée initiée par le bureau de la Coopération suisse

Une providence pour les pasteurs

Le soleil était encore au zénith. Quelques hommes avaient fini de courber la 2èmeprière de la journée, avant de prendre place à l’ombre d’un hangar, les uns assis, à même le sol, les autres couchés sur des nattes de fortune. Il faisait chaud, très chaud même, ce samedi 16 juillet 2005. Et rien n’indique que nous sommes en pleine saison des pluies. Rien, non plus, n’indique que nous sommes à Talcho, dans la commune urbaine de Filingué. Cette bourgade de quelques milliers d’âmes, située à quelques encablures de Filingué était bien connue pour être une zone de productions céréalières.

Royal, Alio Sarki, chef de village de Talcho, est assis au milieu de ses sujets. Rien, ni l’angoisse de la famine et des lendemains incertains, ni même les signes de pauvreté que symbolisent les haillons qui cachent mal leurs corps squelettiques, n’ont réussi à entamer le moral et la dignité de ce quadragénaire. A la question de savoir quelle est la situation alimentaire dans son village, il devient soudain pensif. Le regard lointain, il finit par lancer : « Rouga (NDLR : il s'agit du coordonnateur de l'Association de redynamisation de l'élevage au Niger), n’eut été l’aide alimentaire que vous nous avez apportée, vous ne trouveriez personne dans ce village ». Pourtant, Talcho était l’incarnation même de l’abondance. Et Alio Sarki se souvient comme si c’était hier : « Il fut une époque où nos greniers ne désemplissaient pas. Pour quelques bottes de mil, nul besoin de l’autorisation d’un parent ou d’un voisin. Tu peux t’en servir à volonté, dans leurs greniers et les en informer un beau jour au hasard ou au détour d’une conversation. Aujourd’hui, tu te hasardes à faire la même chose on te traitera de voleur », lance-t-il, amer. Assis au milieu de ses suivants, le regard hagard, marqué du sceau de la cécité, il poursuit sur un ton empreint de nostalgie : « Il en est de même du lait. C’est un produit qui ne se vend pas à Talcho. Après le strict nécessaire pour la consommation des ménages, le reste est déversé dans les mares. On ne peut pas en dire de même aujourd’hui. Hommes et animaux subissent au quotidien les affres d’une famine sans précédent. », dit-il.

Secourus mais non soignés

Talcho, une des zones les plus déficitaires du département de Filingué est un des villages à avoir bénéficié de ces opérations, initialement destinées aux éleveurs pasteurs. Quelques six tonnes de céréales, dont trois tonnes de riz et trois tonnes de farine de manioc y ont été ache-minés en mai dernier. « Une goûte d’eau dans un océan de besoins alimentaires», souligne Maïssamari Harouna, agriculteur. Le sac de riz a été vendu à 6500 FCFA, celui de farine de manioc à 12.500 FCFA. Nous sommes très contents de cette initiative, qui, du reste, nous a permis d’entamer les travaux champêtres dans de bonnes dispositions d’esprit. Mais comme on a l’habitude de dire « ventre creux n’a point d’oreilles », et nous aimerions bien que le Bureau de la Coopération Suisse multiplie ce genre d’opérations dans les villages sédentaires comme il le fait avec les éleveurs pasteurs. La famine ne fait pas de différence entre hommes et animaux, encore moins entre éleveurs et sédentaires », ajoute-t-il.

Une aide fort appréciée

Fidèle à son principe de responsabiliser les acteurs à la base (empowerment), le bureau de la coopération Suisse(BUCO) a mis à la disposition des associations et collectifs d’ONG agissant dans le domaine de l’élevage 187.906.200 FCFA pour l’achat et la vente de céréales et aliments bétail à l’intention des éleveurs pasteurs des départements de Filingué (région de Tillabéri), Dakoro et Guidan-Roumji (région de Maradi). Ainsi 536 tonnes de vivres et aliments bétail ont été mises en vente dans le seul dépar-tement de Filingué en mai, juin et juillet, et 460,4 tonnes à Dakoro et Guidan-Roumji, pendant la même période. Après chaque opération de vente, la somme collectée est ensuite réinjectée dans l’achat d’autres vivres et aliments bétail. Ainsi les Départements de Filingué, Dakoro et Guidan-Roumji ont bénéficié chacun de quatre opérations d’aide fortement subventionnées.

Des opérations humanitaires de proximité

Pour faire face à la situation de crise alimentaire, le Bureau de la Coopération Suisse a mis à la disposition des éleveurs pasteurs du départe-ment de Filingué plusieurs tonnes de céréales et aliments bétail composés de mil, de farine de manioc, de son de blé, de graines de coton, de tourteaux…à des prix très modestes, qui tiennent compte de leur pouvoir d’achat. Plusieurs objectifs sont visés à travers cette opération : faciliter aux éleveurs l’acquisition des denrées alimentaires, préserver une partie du capital bétail en réduisant la vente à vil prix, prévenir l’exode des éleveurs…«Depuis que les vivres et aliments bétail du Bureau de la Coopération Suisse ont commencé à nous parvenir, les éleveurs regagnent progressivement leurs campements. Les animaux ne sont plus bradés sur les marchés comme par le passé. Il n’y a même plus de raison pour vendre nos animaux. Nous le faisions parce que c’est tout ce dont nous disposons et à même d’être échangé contre la nourriture. A présent plus rien ne nous oblige à vendre notre bétail, et s’il nous arrivait de mettre un seul cabri sur le marché c’est pour le vendre à son prix réel. La peur des lendemains a fait place à l’espoir. Nous avons même constaté une augmentation de la production laitière de notre bétail. Pourvu que ces opérations se poursuivent », a poursuivi Rouga Barthy. La famine a été une occasion pour certains spéculateurs qui pensent faire fortune sur le dos des populations. Binga Rounga, un autre éleveur rencontré à Ikarfane, tout en marquant sa satisfaction pour l’opération lancée par le Bureau de la Coopération Suisse, est amer pour avoir été abandonné aux commerçants véreux : « Il faut refuser l’évidence pour ne pas reconnaître combien cette aide du Bureau de la Coopération Suisse a amélioré nos conditions de vie et celles de nos animaux. Nous étions livrés à nous mêmes, alors même que la situation était telle qu’il nous était impossible d’assurer la pitance quotidienne de nos familles respectives. Nos animaux maigrissaient et mouraient, sous nos yeux, de famine. Les commerçants se frottaient les mains parce que le prix des céréales ne cesse de flamber. Le prix de certains animaux ne dépassait guère celui d’une pintade en temps normal. Personnellement, j’ai vendu une vache à 7.500 FCFA. En d’autres temps, elle coûte 150.000 FCFA, voire 200.000 FCFA…Il nous arrivait de parcourir des centaines de km pour emmener nos animaux sur les marchés, et en fin de journée les avoir sur les bras, faute d’acquéreurs. La plupart mouraient sur le chemin du retour, par l’épuisement, la soif et la faim » affirme t-il. D’un point de vue économique, on peut noter qu’en raison de la famine, le cheptel nigérien a pris un sérieux coup. A titre indicatif, un éleveur qui perdrait par exemple 43 vaches sur un troupeau de 50, mettra 10 ans pour reconstituer l’équilibre de son cheptel, dans les conditions normales.

Mais Tifossaye Ag Almimoune, un éleveur de la même localité est plus catégorique : « Nous avons appris que l’Etat a organisé une opération de vente de céréales dans la zone. Mais elle a été circonscrite dans les centres urbains. Seuls les éleveurs qui, incidemment, étaient dans la zone ont pu se procurer quelques tia (NDLR : mesures) de mil. Ce qui n’est pas le cas chez nos voisins du Mali », a-t-il relevé.

« L’appui du Bureau de la Coopération Suisse a complètement coupé l’herbe sous les pieds des commerçants véreux. Les prix des aliments bétail n’ont jamais connu une hausse aussi importante ici. Ils avaient pris les éleveurs à la gorge. Heureusement les aliments bétail du Bureau de la Coopération Suisse sont arrivés en grande quantité et à des prix à portée de nos bourses. Du coup, tous ces commerçants se retrouvent avec leurs stocks sur les bras. Leurs magasins en sont pleins. Plus aucun éleveur ne s’intéresse à leurs produits. La mort dans l’âme ils ont dû revoir leurs prix à la baisse. C’est le deuil des commerçants véreux ici », confie pour sa part, un agent du service d’élevage de la Commune rurale d’Abala. Il indique que les prix des animaux ont connu une baisse alarmante entre mai et début juillet. Le prix du taureau est passé de 221.000 FCFA à 157.000 FCFA, le taurillon de 155.000 à 71.000 FCFA, le bouc de 23.000 à 7.000 FCFA, le chameau de 231.000 à 164.000 FCFA, la chamelle de 167.000 à 98.000 FCFA…

Situation difficile dans la région de Maradi

Mais la situation du département de Filingué n’est pas un cas unique. Les populations des départements de Dakoro et Guidan-Roumji (ré-gion de Maradi) particulièrement les éleveurs, connaissent une situation similaire, voire plus grave. Le département de Dakoro est par excellence la zone du pastoralisme et de l’agro-pastoralisme de la région de Maradi. Cette situation géographique et surtout la présence de la vallée de la Tarka qui le traverse d’Est en Ouest, font de ce département un lieu privilégié de repos des pasteurs en transhumance vers le Sud, après la période des récoltes pour remonter vers le Nord au moment de l’installation de la saison des pluies dans les zones agricoles. A cet effet, plusieurs couloirs de passage (régionaux, comme internationaux) y convergent. C’est l’une des raisons qui ont conduit la coopération Suisse à en faire la zone d’intervention privilégiée du Programme d’Appui au Secteur de l’Elevage (PASEL). Plus qu’ailleurs dans la région, le dé-partement de Dakoro a été durement frappé par la crise alimentaire consécutive au déficit pluviométrique et à l’invasion acridienne enre-gistrés au cours de la campagne agricole 2004-2005.

Les bénéficiaires de cette aide sont notamment les éleveurs des groupements Kel Gress, Kel Férouane, Ketemerkess, Bororo, Serkin Raffi, Serkin Zongo (Dogon Farou) et Peul Toda. Ces deux derniers sont dans le département de Guidan-Roumji. 460,4 tonnes de céréales et aliments bétail, composés de mil, de farine de manioc, de son de blé, de graines de coton et de riz ont été vendus aux pasteurs et aux agro-pasteurs à prix modéré, entre juin et juillet 2005. Au total, ce sont 10.000 ménages dans le Départe-ment de Filingué, et 7.600 ménages dans les Départements de Guidan Roumji et Dakoro qui en ont bénéficié. Cependant, malgré l’importance de cet appui, beaucoup reste encore à faire. Eleveurs et agriculteurs en redemandent, au regard des effets dévastateurs d’une nature rendue austère par une campagne agropastorale désastreuse. Pour mettre définitivement à l’abri les hommes et les animaux. Mais au delà de la réponse à cette situation d’urgence, quelle action d’urgence pour une sécurisation des populations ?

Gorel Harouna


Opérations vente de céréales et d'aliments bétail fortement subventionnée

Les populations bénéficiaires apprécient

Pour les pasteurs nomades comme pour les populations sédentaires du département de Filingué, l'aide alimentaire fortement subventionnée apportée par le bureau de la Coopération Suisse a constitué une véritable bouffée d'oxygène. Elle a notamment permis aux habitants des localités touchées par les interventions ainsi qu'à leurs animaux de reprendre goût à la vie et d'envisager l'avenir avec beaucoup d'optimisme. Jugez-en à travers ces témoignages recueillis par notre reporter...

M. Boubacar Sodja, chef de village, Toukounouss

"Les vivres de la Coopération Suisse sont arrivés au bon moment"

Le Républicain : Votre village connaît présentement une crise alimentaire qui affecte, apprend-on aussi bien les hommes que les animaux. Avez-vous reçu une aide quelconque en vivres ?

M. Boubacar Sodja : L’aide la plus significative que nous avons reçue provient de la Coopération Suisse. Mais je dois vous dire que nous avons dû batailler dur pour en bénéficier. En effet au départ ils nous ont fait comprendre que l’aide était destinée uniquement aux éleveurs pasteurs. C’est ainsi que ceux-ci ont bénéficié de deux opérations de vente, les unes plus importantes que les autres. Mais comme nous élevons également des animaux et que nous avons faim, nous avons estimé que c’est injuste, vu que nous vivons les mêmes conditions. Les éleveurs pasteurs aussi bien que nous autres sédentaires, leurs animaux aussi bien que les nôtres, partageons un dénominateur commun : la pauvreté et la famine. Fort heureusement notre appel a été entendu et lorsque la 2ème opération a eu lieu, nous avons bénéficié de riz, de grains de coton et de farine de manioc. Nous nous sommes organisés pour acheter des sacs que nous avons ensuite revendus à la tia aux populations.

Avant l’intervention de la Coopération Suisse, avez bénéficié des aides de l’Etat ou d’autres Ong ?

Nous avons bénéficié d’une opération de vente de céréales organisée par l’Etat. Mais je vous dis tout de suite que cette opération s’est tenue une seule fois et il n y avait que du mil malgré les Est-ce qu’on peut dire que l’aide apportée par la Coopération Suisse a été d’un grand secours pour vous et pour vos animaux ?

Personnellement, je peux le dire et nul dans ce village ne peut soutenir le contraire. Figurez-vous que la campagne agricole a été désastreuse. Nous n’avons presque pas récolté. Les maigres réserves que nous avions se sont épuisées très vite. Nos greniers étaient vides et il n’y avait plus de pâturage pour nos animaux. Ici comme dans tous les villages environnants, les hommes se sont rabattus sur le «anza» qui était au menu toute la journée. C’est pourquoi nous considérons que les vivres de la Coopération Suisse sont arrivés au bon moment. Malheureusement, c’était insuffisant, parce que nous avons tout con-sommé en 48 heures. Mais nous gardons l’espoir que d’autres opérations vont suivre.

M. Djibo Issa, 27 ans, leveur Toukounouss

«S’il nous arrive de mettre un seul cabri sur le marché aujourd’hui, c’est pour le vendre à son prix réel»

Le Républicain : La zone de Filingué traverse une dure période de crise alimentaire qui affecte aussi bien les hommes que les animaux. Comment faites-vous pour faire face à cette situation ?

M. Djibo Issa : Nous sommes soutenus pendant ces moments difficiles par la Coopération Suisse, à travers AREN, qui a organisé à notre profit plusieurs opérations de vente de céréales à prix modéré ainsi que des aliments bétail pour nos animaux. Nous avons bénéficié de mil, de la farine de manioc, du son de blé, de grains de coton, du tourteau…

Lorsque les stocks sont arrivés, il a été de-mandé à tous les éleveurs de se présenter pour s’enquérir des modalités de vente. Nous avons très facilement fait le calcul pour que tout le monde puisse en bénéficier. Lors de la première opération chaque éleveur a reçu deux sacs de tourteaux et un sac de mil.

Est-ce qu’on peut dire que cette aide a amélioré la situation de vos animaux ?

Cette aide nous a beaucoup soulagés ; elle a facilité l’élevage parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’il n y a plus de pâturage à cause notamment de la sécheresse. La Coopération Suisse, à travers AREN, a mis à notre disposition des sacs de son de blé et de tourteaux, indispensables pour l’alimentation de nos animaux. Comme vous le savez, ces aliments coûtent excessivement cher sur le marché. Nous n’avions pas de nourriture, nos animaux manquent de lait ; nous étions obligés de les mettre sur le marché pour acheter de quoi manger. Or comme vous le savez, le prix des céréales a flambé, le sac de mil, par exemple, coûte 32.000f CFA. Il faut donc quatre à cinq petits ruminants pour avoir un seul sac. Nous parcourions des centaines de km derrière nos troupeaux pour les faire paître parce qu’il n y a rien ici. Depuis que la Coopération Suisse a commencé ces opérations de vente de céréales, les éleveurs ont regagnent progressivement les campements. Les animaux ne sont plus bradés sur le marché comme par le passé. Il n’y a même plus de raison de vendre nos animaux.

Nous le faisions parce que c’est tout ce dont nous disposons et qui est à même d’être échangé contre la nourriture. Aujourd’hui, nous avons des sacs de mil, de farine de manioc, de son de blé, de grains de coton, de tourteaux…Le tout à prix modéré. Plus rien ne nous oblige à vendre notre bétail. Et s’il nous arrive de mettre un seul cabri sur le marché aujourd’hui, c’est pour le vendre à son prix réel. La peur du lendemain a fait place à l’espoir. Nous avons même remarqué une augmentation de la production laitière chez nos animaux. Pourvu que ces appuis se poursuivent.

Propos recueillis par Gorel Harouna


Abdousalamou Souleymane Bontachi, 40 ans, agriculteur, Sabongari

"Ventre qui a faim ne peut point travailler la terre"

Le Républicain : Il y a quelques jours des opérations de vente de céréales à prix modéré se sont déroulées ici. Qui les a organisées ?

Abdousalamou Souleymane Bontachi : Il y a eu d’abord une opération de vente organisée par l’Etat. Nous avons reçu du mil à raison 10.000f CFA le sac. Après, la Coopération Suisse a acheminé plusieurs tonnes de vivres composées de riz et de farine de manioc. Pour la distribution, nous avons subdivisé le village en cinq quartiers. Chaque quartier est composé de 43 personnes qui achètent les sacs pour les redistribuer de façon qu’il n’y ait pas de discrimination. Mais je dois tout de suite vous signifier que l’aide de la Coopération Suisse a été un véritable baume pour nos cœurs parce qu’elle nous a trouvé dans des difficultés indescriptibles. La famine avait atteint un stade où nous passions la journée sans manger. Nous n’avions que le «anza» (NDLR : fruits sauvages et amers). Le mil est bien présent sur le marché, malheureusement le prix était inaccessible pour nos bourses. Le sac se vend à 32.000f FCA.

Vous imaginez aisément le désarroi et la désolation pour les pères de familles que nous sommes de regarder, impuissants, nos femmes et nos enfants passer la journée sans manger, alors qu’il y a du mil sur le marché. Le comble, c’est que nous n’avons pas assez d’animaux à mettre sur le marché pour acheter de la nourriture. Si les travaux champêtres avaient effectivement démarré nous aurions pu envoyer tous les bras valides du village dans les champs de ceux qui disposent d’un peu de moyens pour y travailler, moyennant rétribution. Et cet argent nous aurait permis de nous procurer des vivres sur le marché.

C’est pourquoi je vous dis que l’aide de la Coopération Suisse nous a été d’un grand secours. Elle a amené non seulement du riz mais aussi de la farine de manioc pour 6500f CFA le sac de riz et 12500f celui de farine de manioc.

Le Républicain : Est-ce que cette aide a eu un effet bénéfique sur le reliquat d’animaux qui vous restait ?

Bien sûr ! parce que je vous dis que si l’aide de la Coopération Suisse n’était pas arrivée ce jour là, tout ce que notre village compte comme animaux allait être sur les marchés pour y être bradés parce que comme vous le savez les commerçants profitent toujours de ce genre de situations pour nous déposséder de nos animaux à vil prix. Je dirai simplement que nos animaux aussi ont eu la vie sauve.

Un nombre assez important de jeunes de votre village ont, semble-t-il, pris le chemin de l’exode du fait de la famine afin de porter secours aux parents restés au village. Est-ce que cet exode se poursuit encore mal-gré l’aide apportée par la Coopération Suisse ?

Vous auriez dû poser cette question aux con-cernés eux-mêmes, c’est-à-dire les jeunes. Mais je peux vous dire que de tout temps ce qui pousse nos enfants à l’exode, c’est la pauvreté et le désœuvrement. Mais cette année, il y a eu un effet conjugué de la sécheresse et de la famine. Aucun jeune digne de ce nom ne peut rester les bras croisés face à un tel drame. Le taux d’exode des jeunes de notre village n’a jamais été aussi important. Presque tous étaient partis. D’autres étaient sur le point de partir lorsque l’aide de la Coopération Suisse est arrivée. Ce qui a freiné leur ardeur, c’est surtout l’idée selon laquelle d’autres opérations de vente de céréales avec des tonnages beaucoup plus importants allaient suivre. Tous ont alors décidé de rester pour se consacrer aux travaux champêtres qui viennent de démarrer. A l’heure où je vous parle, il y a treize qui sont revenus de l’extérieur parce qu’ils ont entendu parler de cette aide. Ils sont présentement aux champs, vous pouvez aller les interroger. Les autres sont attendus dans les tout prochains jours. C’est pour vous dire que si la Coopération Suisse respecte son engagement qui est celui de poursuivre les opérations, plus personne n’abandonnera ce village. Parce qu’il faut savoir aussi que tous ces jeunes sont mariés et ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’on abandonne sa femme et ses enfants pour aller en aventure. Alors si vous travaillez à la Coopéra-tion Suisse aidez-nous, si vous êtes leur porte-parole, dites-leur que nous avons plus que jamais besoin de leur aide. L’hivernage est en train de s’installer petit à petit, et nous avons besoin de cette aide pour bien travailler, car comme on dit ventre qui a faim n’a point d’oreilles. Et nous, nous disons que ventre qui a faim ne peut point travailler la terre.


Appuis de la Coopération Suisse

Une bouffée d'oxygène pour le secteur de l'élevage

La campagne agricole 2004-2005 restera sans doute à jamais gravée dans la mémoire des Nigériens. Caractérisée d’une part par une pluviométrie faible, précoce et mal répartie dans l’espace et le temps sur une grande partie du territoire national, et d’autre part par une invasion acridienne qui a anéanti les espoirs de plus d’un producteur rural, cette campagne a eu pour con-séquence, un déficit aux plans céréalier et fourrager sur l’ensemble du pays.

La suite logique de cette situation est une crise alimentaire aiguë aussi bien pour les hommes que pour les animaux, avec comme effet immédiat une famine généralisée dont les premières victimes sont les femmes, les enfants et les pasteurs.

Cependant, les effets de ce désastre sont beaucoup plus perceptibles chez les éleveurs pasteurs, qui du fait de leur éloignement des centres d’approvisionnement et de service vont de souffle en souffle jusqu’à leur dernier souffle, eux et leurs animaux. « La situation alimentaire avait atteint un stade critique aussi bien pour les hommes que pour les animaux. La famine sévis-sait dans toute la région. Il n’y avait ni nourriture ni pâturage. Le prix des céréales et des aliments bétail a connu une augmentation drastique sur les marchés, inaccessible pour nos maigres bourses. Parallèlement le prix des animaux a connu une baisse vertigineuse. Les animaux n’avaient guère plus que la peau sur les os. Il fallait mettre quatre à cinq vaches sur le marché pour avoir un sac de mil, dont le prix est encore à 32.000 FCFA. Depuis que le Bureau de la Coopération Suisse a démarré ces opérations de vente de céréales fortement subventionnées, nous ne conduisons plus nos animaux aux marchés pour les brader. Chaque fois, des éleveurs de tous horizons viennent me voir pour témoigner leur reconnaissance et leur gratitude au Bureau de la Coopération Suisse. Ils disent n’avoir jamais été aussi soulagés», affirme Rouga Barthy, coordinateur AREN du Département de Filingué.

A lui seul le département de Filingué a enregistré un déficit céréalier de 4.295 tonnes, pour une population estimée à 472.628 habitants, soit un besoin de 116.222 tonnes, selon M. Moussa Diallo, chef service Développement agricole de Filingué. Quant au déficit fourrager, il est évalué à 275.240 tonnes, pour 278.714 unité bétail tropical (UBT), soit un besoin de 473.814 tonnes, selon la même source. Pour pallier ce drame, que d’aucuns n’hésitent pas à comparer à celui qui a prévalu dans les années 1973-1974, certains collectifs d’ONG et associations agissant dans le domaine de l’élevage, notamment l’Association pour la Redynamisation de l’Elevage au Niger (AREN) dans le département de Filingué et CAPONG dans les départements de Dakoro et Guidan-Roumji ont accordé leurs violons au travers d’une requête de financement d’aide alimentaire d’urgence à la Coopération Suisse.

Depuis janvier 2005, le Bureau de la Coopération Suisse a lancé un processus de négociation avec ses partenaires. Une réunion entre les différentes parties tenue du 26 au 30 janvier dernier au Bureau de Coopération de l’Ambassade Suisse pour faire le diagnostic, et déterminer le mouvement probable des éleveurs pasteurs au cours des mois de mai et juin, a été sanctionnée par l’acceptation de cette requête, dont la traduction est le démarrage des opérations de vente de céréales et aliments bétail en mai 2005.

L’intervention de la Coopération Suisse cadre bien avec le dispositif mis en place par la Cellule Crises alimentaires, logée au cabinet du premier ministre. En concertation avec celle-ci, la Coopération Suisse a travaillé avec les organisations pastorales. L’expérience du partenariat entre la Coopération Suisse et les organisations d’éleveurs, et les sites choisis qui étaient des sites sensibles, ont permis de mieux toucher les populations nécessiteuses.

La stratégie adoptée a consisté à porter l’information de hameau en hameau, une semaine auparavant, par des personnes préposées pour cette tâche, qui à dos d’âne qui à vélo qui à dos de chameau sur l’organisation de ces opérations, et les lieux ciblés. Au-delà du monde pastoral, les sédentaires ont été aussi concernés. A titre d’exemple, 29 villages sédentaires du Départe-ment de Filingué ont bénéficié de l’aide. Il est important de noter que ces moments de famine ont été particulièrement ceux de solidarité entre éleveurs et agriculteurs, deux communautés qui partagent le même destin, mais dont on a tendance à croire qu’elles sont faites pour s’entredéchirer perpétuellement.

G.H


Tchousso Baléri, groupement Gorkobé III, Ikarfane

«Nous n’avons plus besoin d’aller loin pour brader nos animaux contre des vivres»

Le Républicain : Il y a quelques semaines, la Coopération Suisse a organisé des opérations de vente de céréales et aliments bétail à prix modéré. Est-ce votre groupement a bénéficié de ces opérations ?

Tchousso Baléri : Nous avons bénéficié de mil, de farine de manioc, de son de blé, du tourteaux. Je dois préciser que c’est la première fois que nous bénéficions de ça. Vous savez que la situation alimentaire a été difficile aussi bien pour nous que pour nos animaux. Tous les veaux qui ont été mis bas pendant cette période sont morts parce leurs mères n’ont pas de lait pour les nourrir. Nous n’avions d’autre choix que le mil, qui est vendu à 32.000f CFA ici comme dans toute la zone. Or chaque fois que vous constatez une flambée du prix des céréales, celui des animaux baisse inévitablement. Il faut vendre quatre ou cinq animaux pour avoir un sac de mil.

On peut alors dire que l’aide de la Coopération Suisse a été la bienvenue ?

Absolument ! Ce fut un grand soulagement. Beaucoup de nos animaux étaient sur le point de mourir lorsque les aliments bétail sont arrivés. Il a suffi de deux rations de son de blé pendant deux jours pour que nos animaux retrouvent santé et vigueur. Il en est de même des éleveurs. Nous n’avons plus besoin d’aller loin pour brader nos animaux contre des vivres. Ceux qui en ont besoin savent où nous trouver. Et nous fixons nos propres prix selon la valeur de l’animal. Si ces opérations se poursuivent, nous ne serons même plus obligés de vendre nos animaux. Parce qu’une seule vache vendue à son prix normal nous permet d’acheter plusieurs sacs de mil, de farine de manioc, de son de blé, de grains de coton, etc. Ce qui n’est pas le cas des céréales vendues sur le marché.. Même si nous devrions vendre nos animaux, ce sera pour faire face à d’autres dépenses.

Cela signifie aussi que l’exode des éleveurs a diminué ?

Tout à fait ! Il n’y a plus de raison d’abandonner nos campements dans la mesure où nous avons tout ce dont nous avons besoin. Même pour les marchés hebdomadaires, nous ne dé-passons guère Ikarfane, Chimbirkawane, Abala, et c’est tout. Après, on rejoint nos campements et nos familles.

Nous ne cherchons pas grand chose, juste de quoi garantir l’alimentation, pour nous mêmes et pour nos animaux. C’est pourquoi je vous ai dit que la Coopération Suisse doit poursuivre les opérations. Elle ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Autrement, c’est la désolation dans nos rangs. Parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’il nous est arrivé de conduire des animaux sur les marchés les plus éloignés pour les échanger contre des vivres et revenir les mains vides. Le plus souvent, nos animaux ne trouvent pas preneurs à cause de leur mauvais état physique et alimentaire. Le plus souvent, aussi ces animaux meurent sur le chemin du retour. Nous attendons incessamment le jour où la Coopération Suisse nous dira quel jour les opérations vont recommencer. Si dans deux semaines la Coopération Suisse ne réagit pas, c’est la catastrophe.

Comment se sont déroulées les opérations de vente ?

Nous avons constitué des listes de 10 chefs de familles. Les sacs sont ensuite partagés équitablement entre les dix personnes. Cette opération nous a beaucoup soulagé parce que sur le marché le sac coûte 32.000f CFA. Alors qu'à travers l'opération de la Coopération Suisse, on nous a vendu le sac de mil à 9.000f CFA. Vous voyez bien que la différence est énorme.

Est-ce qu’on peut dire que cette aide a contribué à améliorer votre situation alimentaire et celle de vos animaux ?

Le constat s’impose de lui-même. Nos animaux étaient complètement affaiblis par la faim. Les éleveurs eux-mêmes sont tenaillés par la faim. Les animaux se vendaient à vil prix sur le marché. Une brebis vendue sur le marché ne peut permettre à un éleveur d’acheter cinq tia de mil. Ne parlons pas de sac, c’est inaccessible pour nos bourses. Mais depuis que l’aide a commencé à nous parvenir, les choses ont complètement changé. Les animaux sont bien nourris ; nous avons des céréales à très bas prix. Vous comprenez bien que nous n’avons plus besoin de brader nos animaux. Aujourd’hui, une seule brebis vendue peut permettre à un éleveur de disposer d’un sac de mil. Les commerçants, eux-mêmes, se sont rendus compte du changement. Aujourd’hui, c’est nous qui leur vendons nos animaux au prix que nous voulons, et ils sont obligés de les acheter parce qu’ils en ont réellement besoin. Nous exprimons notre satisfaction à la Coopération Suisse, mais nous lui demandons de poursuivre les opérations. Ils doivent même revoir le tonnage à la hausse. Parce que tous les éleveurs qui sont dans la région de Abala ont élu domicile à Ikarfane. Vous n’êtes pas sans savoir que cette aide a concerné tous les éleveurs pasteurs, d’où qu’ils viennent. Il y en a même qui sont venus de Tahoua.

Propos recueillis par Gorel Harouna

 


 

Jeudi 28 juillet 2005
Dossier : Le Niger s'enfonce dans la malnutrition
23/7/2005 - Liberation-Niger
  C'est le titre qui barre la UNE de " INFOS ", le bulletin de Médecins sans frontières n°119 de ce mois de juillet 2005. MSF vient, en effet, de faire une présentation de la prise en charge de la malnutrition sévère au Niger où, les secours sont lents et inadaptés. Cette organisation indépendante qui opère présentement dans notre pays rappelle que dès octobre 2004, une première alerte était donnée sur la situation nutritionnelle au Niger. Pou
C'est le titre qui barre la UNE de " INFOS ", le bulletin de Médecins sans frontières n°119 de ce mois de juillet 2005.
MSF vient, en effet, de faire une présentation de la prise en charge de la malnutrition sévère au Niger où, les secours sont lents et inadaptés.

Cette organisation indépendante qui opère présentement dans notre pays rappelle que dès octobre 2004, une première alerte était donnée sur la situation nutritionnelle au Niger. Pourtant, fin juin, le système d'aide mis en place ne permet toujours pas une assistance adaptée aux plus vulnérables. Cela revient tout simplement à condamner les enfants des dizaines de milliers de familles les plus pauvres du Niger à mourir de faim. L'enquête nutritionnelle a révélée des résultats alarmants à ce sujet. En effet, un enfant sur cinq souffre de malnutrition dans des villages des régions de Maradi et de Tahoua, selon les résultats d'une enquête nutritionnelle menée fin avril. Le seuil d'urgence de mortalité des moins de cinq ans est dépassé. La malnutrition reste cachée mais elle est pourtant bien réelle. Elle touche d'abord les personnes les plus vulnérables, les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes âgées. Afin de limiter les dégâts, pour MSF et pour beaucoup d'autres organisations dont la société civile nigérienne : Il faut des distributions gratuites de nourriture ainsi des soins de santé gratuits aux enfants.


Activités de MSF au Niger
Prise en charge de la malnutrition)

Programmes de prise en charge de la malnutrition sévère- Les causes de la malnutrition sont soit une diète inadéquate (en quantité ou en diversité) soit des maladies infectieuses ou la combinaison de ces deux facteurs. La malnutrition touche d'abord les personnes les plus vulnérables, principalement les enfants de moins de cinq ans.
Il existe différents types de malnutrition : -La malnutrition chronique qui se manifeste par un retard de croissance par rapport à l'âge.
-La malnutrition aiguë qui se caractérise par un rapport poids/taille inférieur à 80% de la médiane Chacune de ces deux formes (chronique et aiguë) peut être qualifiée de sévère ou de modérée en fonction de la gravité.
La forme la plus létale est la malnutrition aiguë sévère- La malnutrition aiguë sévère entraîne chez l'enfant une immunodépression qui le rend très sensible aux infections. Sans traitement intensif, ce cercle vicieux mène irrémédiablement au décès de l'enfant. Médecins Sans Frontières prend en charge ces enfants atteints de malnutrition aiguë sévère, qui nécessitent des soins médicaux et nutritionnels urgents, dans les régions de Maradi et de Tahoua. Des rations alimentaires sont distribuées aux familles des enfants admis dans nos programmes.
Une consultation gratuite est également organisée les jours de dépistage, dans les centres nutritionnels ambulatoires, pour tous les enfants âgés de moins de 5 ans.
Centres de nutrition thérapeutique de Médecins Sans Frontières : CRENI de Maradi (depuis 2001) 11 centres ambulatoires : Tibéri, Tessaua, Maradi ville, Aguié, Mayahi, Guidan Sory, Tchake, Guidan Roumdji, Madarounfa, Sae Saboua, Orofan. CRENI de Dakoro, province de Maradi ( depuis le 20 avril 2005) 6 centres ambulatoires: Kornaka, Korahane, Intwila, Soly, Dakoro, Alforma CRENI de Keita, province de Tahoua ( depuis le 1 mai 2005) 5 centres ambulatoires : Loudou, Gadamata, Laba, Garahanga, Keita CRENI de Tahoua ville (depuis le 3 juin 2005) 5 centres ambulatoires : Kao, Tabalak, Bambey, Yama, Tahoua ville Equipes Médecins Sans Frontières : Postes expatriés : 44 Postes nationaux : 393 (médical : 302, logistique : 47, administratif : 44) Emploi journalier : entre 70 et 80 personnes par jour
CHRONOLOGIE DE LA CRISE : Une crise nutritionnelle prévisible et prévue, un dispositif insuffisant et inadapté Octobre 2004 : plus de 3 millions de personnes soumises à une extrême vulnérabilité alimentaire Dès le mois d'octobre, une mission conjointe d'évaluation CILLS/ PAM / FAO signale que 3 millions de personnes dans plus de 3000 villages au Niger sont exposées à une extrême vulnérabilité alimentaire. La région de Tahoua est annoncée comme l'une des plus touchée, le département de Keita comme zone la plus vulnérable avec un déficit céréalier moyen à 75% (SAP).
Novembre 2004: Appel à l'aide internationale resté sans réponse En novembre, le gouvernement lance un appel à l'aide internationale de 78000 tonnes de céréales. Le PAM répond en février avec un plan d'urgence pour six mois couvrant moins de 10% de l'aide demandée par le gouvernement. Le gouvernement nigérien débute les ventes à prix modérés en novembre. Janvier : Des taux de malnutrition élevés En janvier, les grands acteurs de la sécurité alimentaire au Niger (FEWS, Système d'Alerte Précoce, Cellule de Crise Alimentaire, …) estiment que la situation est au niveau de " mise en garde ", qui est juste avant celui d'" avis d'urgence ". Les résultats d'une enquête Hellen Kel-ler International/PAM réalisée en janvier dans les régions de Maradi et de Zinder indiquent que dès le début de l'année, le taux de malnutrition globale aiguë était de 13,4%, dont 2,5% de malnutrition sévère. " Ces taux enregistrés quatre mois avant la période de soudure sont de l'ordre de ceux observés dans les pays en guerre ou au plus fort des crises alimentaires ou de la période de soudure au Niger. Les taux grimperont sûrement dans les mois à venir ".
Avril : Médecins Sans Frontières confirme la gravité de la crise Communiqué de presse de MSF : plus de 3000 enfants souffrant de malnutrition sévère ont été pris en charge par Médecins Sans Frontières depuis janvier. Le rythme des admissions est de 300 par semaine. C'est trois fois plus que les autres années à la même période. La situation est grave et va empirer si rien n'est fait rapidement. Médecins Sans Frontières appelle les autres acteurs de l'aide à se mobiliser de toute urgence.
MSF ouvre un nouveau centre de nutrition thérapeutique, à Dakoro et prévoit l'ouverture d'un troisième à Keita. Une enquête nutritionnelle menée par Médecins Sans Frontières et Epicentre indique que le taux de malnutrition aiguë globale des enfants de moins de cinq ans est de 19,3% dans des villages au nord de la province de Maradi et de 19,5% dans des villages au nord de la province de Tahoua. Un enfant sur cinq souffre de malnutrition. Un sur trois, âgé de moins de 29 mois, souffre de malnutrition (28,5% dans la région de Maradi et 28,2% dans la région de Tahoua). Les taux de malnutrition sévère (un rapport poids/taille inférieur à 70% de la normale) sont respectivement de 2,4% et 2,9% pour les moins de cinq ans. Le taux de mortalité est de 2,2/10000/jour dans des villages de la région de Maradi et de 2,4/10000/ jour dans des villages de la région de Tahoua, alors que seuil d'urgence de mortalité des moins de cinq ans est estimé à 2/10000/jour.
Mai: Appels d'urgence
Le 16 mai, les Nations unies lancent un appel d'urgence de 16,2 millions de $ . Ils qualifient la crise nigérienne de silencieuse et d' " urgence humanitaire la plus oubliée et la plus négligée ".
Fin mai, le premier ministre nigérien lance un " appel angoissé ".
Juin : Une réponse insuffisante et inadaptée Entre novembre et juin, la réponse à l'urgence nutritionnelle au Niger représente essentiellement 32 000 tonnes de mil ont été vendues à prix modéré à 3,4 millions de personnes vulnérables, soit… moins de 10 kg de mil par personne pour 9 mois, alors qu'une personne consomme en moyenne 20 kg par mois. Le dispositif prévoit la vente à prix modéré, en tout, de 67000 tonnes de céréales. Ce qui reste bien inférieur aux besoins.

Le gouvernement nigérien reconnaît début juin les limites des ventes à prix modéré. Les familles les plus vulnérables n'y ont pas accès, n'ayant pas les moyens d'acheter, même à prix modéré.
Le gouvernement opte pour des crédits de campagne (octroi de 300 kilos de mil, remboursables après les récoltes). Cette mesure a certes le mérite de rendre immédiatement disponible des vivres aux personnes en ayant le plus besoin, mais grèvera fortement les réserves des familles pour l'année suivante et poursuivra le cycle infernal de la pénurie. De fait, la nourriture reste payante, puisque remboursable. Médecins Sans Frontières appelle à des distributions de nourriture gratuite et des soins de santé gratuits pour les enfants de moins de 5 ans.
Le 9 juin, communiqué de presse de Médecins Sans Frontières appelant à des distributions de nourriture gratuite dans les villages les plus touchés par la malnutrition.
Deux mois après de multiples appels à une aide d'urgence lancés par Médecins Sans Frontières ou d'autres acteurs, la réponse à la crise nutritionnelle au Niger reste très insuffisante par rapport à la gravité de la situation. Nous avons admis dans nos programmes de prise en charge de la malnutrition sévère plus de 6000 enfants de moins de cinq ans de janvier à début juin 2005.
Des dizaines de milliers d'enfants modérément malnutris ne sont pas pris en charge. Entre juin et octobre, le pic de paludisme et de diarrhées conjugué à l'épuisement des réserves alimentaires pourraient être fatals aux enfants déjà affaiblis par la malnutrition. Or, malgré la gravité de cette crise, les soins et la nourriture restent payants, inabordables pour les plus vulnérables. Pour éviter une surmortalité dans les semaines à venir, des mesures exceptionnelles doivent être prises en urgence. C'est pourquoi Médecins Sans Frontières appelle à des distributions gratuites de nourriture dans les villages les plus touchés par la malnutrition et à des soins de santé gratuits pour les enfants de moins de 5 ans. La sévérité de la crise cette année est très nette sur ce graphique, qui représente le nombre d'enfants atteints de malnutrition sévère admis uniquement dans le programme de Maradi. Ouvert depuis 2001, ce programme permet une comparaison d'une année sur l'autre. La seule différence est l'ouverture début 2005 de deux nouveaux centres nutritionnels, à Mayayi et Tessaoua, afin de répondre à l'afflux d'enfants.
REPONSE OPERATIONNELLE
Médecins Sans Frontières Prise en charge de la malnutrition sévère- La malnutrition aiguë sévère correspond à un rapport poids/taille inférieur à 70 % de la médiane. Elle entraîne un risque très élevé de décès. Les enfants sont immunodéprimés et souffrent de diverses perturbations des fonctions métaboliques. De ce fait, ils sont plus fragiles face aux infections. Ces enfants nécessitent des soins médicaux et nutritionnels intensifs. La première phase du traitement consiste à contrôler l'infection et, par une diète spécifique, à permettre la normalisation des fonctions métaboliques perturbées.
La seconde phase du traitement aura comme objectif de restaurer le statut nutritionnel en augmentant la quantité de nourriture thérapeutique.
Quatre centres de réhabilitation nutritionnelle intensive- Les centres de réhabilitation nutritionnelle intensive ( CRENI au Niger) de Médecins Sans Frontières assurent la prise en charge nutritionnelle et médicale de la malnutrition sévère. Les patients sont des enfants de moins de cinq ans. La présence de médecins dans chaque centre de nutrition thérapeutique permet une mortalité relativement basse (6% du total des enfants sortis du programme en 2004).
Il existe différents niveaux de prise en charge, selon l'état de santé de l'enfant. Les cas les plus graves sont suivis en soins intensifs, puis dans une phase intermédiaire sous une surveillance médicale étroite.
Lors de la première phase du traitement, les enfants reçoivent huit repas par jour, uniquement du lait thérapeutique. Ensuite, en phase 2, les quantités de calories sont augmentées et réparties sur six repas, trois fois du lait et trois fois un aliment thérapeutique à base d'arachide appelé Plumpy nut. Les enfants ne nécessitant plus de surveillance médicale étroite et ayant retrouvé l'appétit, passeront en phase ambulatoire. Les quatre centres de réhabilitation nutritionnelle sont ceux de Maradi, Dakoro, Keita, Tahoua. Un cinquième est en cours d'ouverture à Aguié.
27 centres ambulatoires de prise en charge de la malnutrition sévère Un nouveau système de prise en charge de la malnutrition sévère a été mis en place au Niger en 2003. Avant, les patients étaient hospitalisés, avec leur mère, durant toute la durée de leur traitement. Un mois hors de chez soi, c'est lourd, à la fois pour l'enfant malade, pour la mère et pour les autres enfants restés à la maison. Mais il n'y avait pas d'autres solutions car les laits thérapeutiques, rapidement périssables ne peuvent être consommés que dans un cadre médical. Enfin depuis cinq ans, nous disposons d'aliments thérapeutiques solides qui se conservent plusieurs mois. Il n'y a aucune préparation, pas même besoin d'eau potable ou de récipient, ils peuvent être emportés et con-sommés à domicile. Quand l'état de santé de l'enfant n'impose pas une surveillance médicale étroite, on peut alors éviter l'hospitalisation.
Maintenant les enfants ne restent hospitalisés qu'une semaine, en moyenne, dans le centre de réhabilitation nutritionnelle intensif. Certains n'ont même pas besoin de passage en phase interne. Dès que leur état de santé le permet, ils rentrent chez eux et une fois par semaine, l'équipe médicale contrôle leur poids, leur état de santé et leur donne des aliments thérapeutiques pour une semaine (2 sachets de plumpy nut par jour). Cette stratégie permet de prendre en charge plus d'enfants.
Afin d'éviter les abandons, il faut que le centre de nutrition thérapeutique soit proche de chez eux.
A Maradi par exemple, 10 centres ambulatoires sont localisés dans 10 villages. Chaque semaine, tous les centres seront visités par une équipe médicale. Celle-ci dépistera les nouveaux cas, assurera le suivi des enfants déjà admis dans le programme et transférera les enfants nécessitant une prise en charge intensive au CRENI.
Le nombre et la localisation de ces centres ambulatoires sont adaptés en fonction des besoins. 27 CRENA (centres de nutrition thérapeutique ambulatoire) sont ouverts dans les provinces de Maradi et de Tahoua. Les visites hebdomadaires et comprennent une consultation médicale, de l'éducation nutritionnelle et la distribution d'aliments thérapeutiques (Plumpy Nut®) ainsi que d'une ration familiale de protection (farine enrichie + huile végétale) pour la semaine. Lorsqu'il sera guéri et sortira du programme, l'enfant recevra 50 kg de mil, 25 kgs de Niebe et 10 litres d'huile.

UNE PRISE EN CHARGE DE LA MALNUTRITION MODEREE INSUFFISANTE
L'accès aux soins
L'enfant atteint de malnutrition modérée nécessite une prise en charge médicale et nutritionnelle.
L'accès aux soins de santé est crucial : les enfants atteints de malnutrition modérée sont plus sensibles aux infections et risquent de tomber facilement dans la malnutrition sévère.
Or début juin, alors que les taux de malnutrition sont très élevés et que la saison des pluies débute (avec des pics de paludisme et de diarrhées), la prise en charge médicale des enfants reste peu accessible :
Recouvrement des coûts- La carte de santé est payante (500 FCFA) et le prix de la consultation pour les enfants varie entre 300 et 600FCFA. Ensuite, les médicaments sont officiellement gratuits mais, par manque de médicaments génériques disponibles, ce sont souvent des spécialités payantes qui sont prescrites. La plupart des familles d'enfants malnutris ne peuvent pas trouver les milliers de francs CFA nécessaires pour soigner leur enfant. Dans l'hôpital de Tahoua, au mois d'avril, MSF a calculé que les ordonnances des enfants malnutris s'élevaient en moyenne à 15000 FCFA.
Pharmacie insuffisante- Les centres de santé ne disposent pas du matériel de dépistage de la malnutrition, des aliments thérapeutiques ou d'un stock suffisant de médicaments. Les enfants de moins de cinq ans qui se présentent au dépistage sont soit orienté vers le centre nutritionnel si ils sont atteints de malnutrition sévère ou sont soit orientés vers une consultation médicale si ils sont malnutris modérés ou malades. Une consultation médicale gratuite pour les enfants de moins de 5 ans est donc organisée une fois par semaine sur les 27 sites d'ambulatoires. Ceci n'est pas suffisant et aujourd'hui, il n'existe pas de prise en charge complète des enfants atteints de malnutrition modérée ( médicale et nutritionnelle).


UNE PRISE EN CHARGE DE LA MALNUTRITION MODEREE INSUFFISANTE 

L'accès à la nourriture- Les mauvaises récoltes en 2004 ont aggravé une situation de crise alimentaire déjà pré-sente dans le pays. Durant l'année 2004, MSF avait déjà pris en charge près de 10 000 enfants atteints de malnutrition sévère. Cette année, dans certains villages, les réserves se sont épuisées très vite et le coût très élevé du mil le rend indisponible aux personnes en ayant le plus besoin. Le prix d'achat, durant la période de soudure, est jus-qu'à dix fois plus élevé que le prix de vente après les récoltes (de 2000 à 4000 FCFA à la vente jusqu'à 22000 FCFA à l'achat pour un sac de 100 kilos). Même à prix modéré (10 000 FCFA), cela reste trop cher pour la population la plus pauvre. Les habitants des régions sahéliennes ont habituellement recours à différentes stratégies afin de traverser la période de soudure : certains travaillent à l'étranger ou dans les villes, ont des petits commerces, des jardins maraîchers. Si cela n'est pas suffisant, en dernier recours, ils vendent leurs animaux, réduisent leur consommation de nourriture ou s'endettent. Cette années, des dizaines de milliers de familles ne peuvent plus faire face… Dans le village de Loudou Ibataguane (département de Keita) qui compte 1750 habitants, les agriculteurs n'ont rien récolté en octobre 2004. Les récoltes de 2003 avaient également été très mauvaises. Ce village n'a pas de jardin maraîchers ( les terres sont arides et l'accès à l'eau est limité). Les revenus de l'exode ont été faibles faute de bras valides. La vente d'animaux a été massive, une famille sur 10 ayant vendu ses derniers animaux dès le mois de février. Au mois de mai, trois quart des familles ne faisaient plus qu'un seul repas par jour. Ce village identifié comme l'un des plus vulnérable par les système d'alerte précoce n'a bénéficié, depuis le début de la crise que d'une seule vente à prix modéré. Seulement 40% des familles de Loudou ont pu acheter ce mil mais, les quantités acquises restaient dérisoires ne couvrant que 4 jours de consommation…Les banques céréalières et les banques de semences sont vides : personne n'a pu rembourser les quantités empruntées l'année précédente. Les activités HIMO sont inexistantes dans ce département. En pesant et mesurant tous les enfants âgés de moins de 5 ans dans ce village, MSF a trouvé une prévalence de la malnutrition très élevée : 37% des enfants de moins de 5 ans sont atteints de malnutrition aiguë.
Face à cette situation, le gouvernement et les organisations de l'aide internationale ne proposent aucune solution adaptée. L'aide alimentaire reste insuffisante et payante. Médecins Sans Frontières a débuté mi-mai les distributions de rations alimentaires pour les familles des enfants admis dans le programme. Une ration hebdomadaire (5 kilos de farine enrichie et 1 litre d'huile) est destinée à une famille de huit personnes. A la fin du traitement, nous distribuons par enfant : 50 kilos de mil, 25 kilos de niebe et 10 litres d'huile. Un avion-cargo de 120 tonnes de farine enrichie est arrivé mi-avril, 150 tonnes de mil, 75 tonnes de haricots et une dizaine de tonnes d'huile ont été achetées localement. 480 tonnes ont été acheminées par bateau.

Alors qu'elles seraient selon nous la seule mesure capable d'éviter une aggravation de la situation et de très nombreux décès, les distributions alimentaires gratuites dans les zones les plus touchées par le manque de nourriture provoquent toujours une forte réticence chez les bailleurs de fond, les agences des Nations Unies et le gouvernement et ne sont toujours pas à l'ordre du jour. Le risque de déstabilisation du marché est brandie par les différents acteurs pour justifier leur refus et prend le dessus sur la nécessité de déployer des secours vitaux pour éviter aux plus faibles de sombrer dans la malnutrition et de mourir à court terme.
La gratuité des soins médicaux pour les enfants de moins de cinq ans dans les régions les plus frappées n'est pas non plus, à ce jour, mise en place, malgré la promesse du Premier Ministre nigérien. Ce refus de reconnaître l'urgence de la situation et d'envisager des mesures exceptionnelles revient tout simplement à condamner les enfants des dizaines de milliers de familles les plus pauvres du Niger à mourir de faim.
Nos engagements
Indépendance- MSF est une organisation indépendante de tous pouvoirs politiques, religieux, militaires ou éco-nomiques : cette liberté de décision et d'action s'enracine dans l'indépendance financière de l'association. En 2002, 89% de nos ressources étaient d'origine privée essentiellement issues de la générosité des donateurs. Les autres financements proviennent d'organismes de financement de l'aide, notamment l'Union européenne (ECHO), de bailleurs de fonds gouvernementaux et d'organismes internationaux tels que le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR)
Engagements des volontaires MSF- Médecins, chirurgiens, infirmières, administrateurs et logisticiens sont des volontaires, indemnisés ou parfois salariés, qui s'engagent à respecter les principes fondamentaux énoncés dans la charte de MSF. Chaque année, environ 2 500 membres de l'association partent en mission à travers le monde (dont 1 000 avec la section française).
IMPARTIALITÉ- MSF apporte son aide à des populations en danger, sans discrimination ethnique, politique, religieuse ou économique. MSF intervient en toute indépendance, après évaluation des besoins médicaux des populations. Cela suppose de pouvoir évaluer librement ces besoins, d'accéder sans restriction à la population concernée et de contrôler directement les secours, en ciblant en priorité les personnes les plus gravement et les plus immédiate-ment en danger. MSF ne prend évidemment pas part aux conflits armés, adhérant dans ce sens au principe de neutralité qui n'est pas synonyme de silence.


Publié sur le web le 26 Juillet 2005

Tandis que les fonds commencent à être versés, les organisations humanitaires internationales se hâtent d'envoyer des aides alimentaires et des équipes médicales au Niger, un pays enclavé d'Afrique de l'Ouest où plus de deux millions de personnes survivent aujourd'hui en se nourrissant principalement de racines et de plantes sauvages.

Depuis des mois, les Nations unies, l'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) et le gouvernement nigérien mettent en garde la communauté internationale contre la menace bien réelle de pénuries alimentaires au Niger.

Par solidarité musulmane, certains pays arabes, Maroc, Algérie, Libye, Arabie saoudite et Emirats arabes unis, ont envoyé plusieurs avions chargés de nourriture au cours des dernières semaines.

Le tout premier avion d'aide alimentaire d'urgence envoyé par l'Occident est arrivé à Niamey jeudi dernier.

Réunir, une organisation humanitaire basée en France, l'ancienne puissance coloniale du Niger, a envoyé un avion-cargo Antonov 12, chargé d'huile végétale, de sucre et de Plumpy'nut, une pâte alimentaire pour enfants à haute teneur nutritionnelle.

Mais l'aide internationale, qui s'est fait attendre, commence tout juste à affluer.

Jan Egeland, coordinateur des secours d'urgence des Nations unies, a déclaré vendredi que la communauté internationale avait envoyé plus d'argent au Niger ces dix derniers jours qu'elle ne l'avait fait au cours des dix derniers mois.

M. Egeland a déploré à maintes reprises la réaction lente de la communauté internationale face à la famine naissante au Niger, le deuxième pays le plus pauvre du monde, selon l'Indice de développement humain des Nations unies.

Selon les estimations des autorités nigériennes, jusqu'à 3,6 millions de personnes seront confrontées à une pénurie alimentaire au cours de cette année. Les champs de céréales et les pâturages nigériens ont en effet été dévastés par la sécheresse et l'invasion massive de criquets pèlerins qui avaient marqué l'année 2004.

M. Egeland appelle à la création d'un fonds d'urgence

Lors d'une conférence de presse, à Genève, M. Egeland a appelé à la création d'une réserve d'urgence que les Nations unies pourraient utiliser immédiatement en cas de crise, en attendant de trouver des fonds.

Jusqu'à ce jour, les bailleurs de fonds ont consacré 10 millions de dollars américains à la crise au Niger, soit un tiers de la somme totale demandée par les Nations unies (30,7 millions), selon M. Egeland.

La somme initialement demandée, qui avait été augmentée de 12 millions de dollars américains la semaine dernière, sera probablement revue à la hausse de nouveau dans un futur proche, selon lui.

Les représentants des Nations unies et les travailleurs humanitaires se sont déclarés soulagés de voir que les principaux bailleurs internationaux, et notamment les Etats-Unis, l'Union européenne, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, commençaient enfin à prêter main forte au peuple nigérien.

Selon eux, toutefois, l'aide arrive trop tard pour beaucoup d'habitants des villages reculés et désertiques du Niger.

« Personne ne nous a écouté », a déclaré jeudi Natasha Kofoworola Quist d'Oxfam - Grande-Bretagne, alors qu'elle se trouvait à Niamey, la capitale nigérienne.

« Heureusement, les choses sont en train d'évoluer, mais il est certain que des enfants vont mourir ».

Save the Children - Royaume Uni, Oxfam - Grande-Bretagne, l'organisation caritative irlandaise Concern Worldwide ainsi que beaucoup d'autres organisations humanitaires internationales ont annoncé cette semaine qu'elles enverraient des équipes de secours d'urgence au Niger.

La couverture médiatique de la crise a suscité l'intérêt des bailleurs de fonds

Jusqu'à présent, le Programme alimentaire mondial (PAM) n'a reçu que 5 millions de dollars américains sur les 16 millions initialement demandés. C'est ce qu'a déclaré vendredi Gian Carlo Cirri, le représentant du PAM au Niger. Qui plus est, la majeure partie de cette somme n'a été versée qu'au cours des dernières semaines.

« La couverture médiatique de la crise au Niger a suscité l'intérêt des bailleurs », a-t-il expliqué. « Pour ce qui est des fonds, la situation s'améliore, mais nous n'avons pas encore tous les fonds nécessaires ».

Pour les travailleurs humanitaires, ce sont les questions d'ordre humanitaire, et notamment la hausse spectaculaire des taux de malnutrition chez les enfants nigériens, qui ont fini par réveiller la conscience de la communauté internationale.

« Cette année a été assez désastreuse pour que le Niger tombe au-dessous de la limite et se fasse enfin remarquer », a déclaré Nigel Tricks, directeur de la branche nigérienne de Concern Worldwide.

« Le Niger est un pays laissé pour compte », a-t-il ajouté. « Il survit depuis des années dans des conditions très difficiles. La communauté internationale néglige les populations démunies du Niger depuis des dizaines d'années ».

Les récoltes de l'année 2004 ont été particulièrement désastreuses pour le Niger, qui présente aujourd'hui un déficit alimentaire de 223 000 tonnes - le plus considérable jamais enregistré depuis 20 ans.

Les Nations unies estiment que 2,5 millions de Nigériens, sur une population totale de 12 millions, survivent avec moins d'un repas par jour, et se nourrissent de racines et de plantes sauvages.

Selon les estimations du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), jusqu'à 150 000 enfants de moins de cinq ans souffriraient de malnutrition aiguë au Niger.

Les centres de nutrition thérapeutique mis en place, en petit nombre, par MSF et d'autres organisations humanitaires enregistrent tous les jours des décès de nourrissons.

La prochaine récolte prévue pour fin septembre

Selon les experts humanitaires, il est crucial d'envoyer des aides alimentaires au Niger dans le courant du mois prochain afin de maintenir le peuple nigérien en vie en attendant les prochaines récoltes, prévues pour la fin du mois de septembre.

La saison des pluies a bien commencé à la fin du mois de mai et les cultures plantées depuis lors poussent bien ; mais la plupart des greniers sont vides, les prix des denrées alimentaires ont plus que doublé sur les marchés et il faudra encore patienter 10 semaines avant les nouvelles récoltes.

En attendant, beaucoup de villageois nigériens devront survivre avec le peu de nourriture qu'ils trouveront à se mettre sous la dent. A moins qu'ils ne bénéficient, au plus vite, de l'aide alimentaire internationale.

Les bergers nomades, qui ont vu leurs bêtes mourir une par une de faim et de soif, sont encore plus exposés à la famine que les paysans. Selon les travailleurs, il leur faudra au moins deux ans pour reconstituer leurs cheptels.

Cette semaine, à Niamey, les travailleurs humanitaires, les représentants des autorités et ceux des Nations unies se sont rencontrés pour mettre au point des plans de distribution gratuite de nourriture dans les régions les plus touchées.

Save the Children - Royaume Uni, qui n'avait pas auparavant de bureau au Niger, a dépêché au début du mois de juillet des nutritionnistes et des logisticiens à Maradi et à Zinder, deux villes du sud du Niger. Ceux-ci sont chargés de diriger des programmes de nutrition destinés aux enfants mal nourris, selon une spécialiste des secours d'urgence qui travaille pour l'organisation.

D'après elle, il a été particulièrement difficile de convaincre les bailleurs internationaux de mettre la main au portefeuille pour juguler la crise au Niger, un pays où sécheresse et famine ne suscitent plus l'intérêt des médias depuis des années.

« Maintenant que des enfants sont en train de mourir, le Niger est devenu un sujet croustillant »

« Quand Save the Children dit "Nous avons besoin d'argent pour le Niger", les gens disent "Pourquoi ?" », a-t-elle expliqué. « Les bailleurs ne veulent pas donner quand la cause n'est pas assez croustillante. Maintenant que des enfants sont en train de mourir, le Niger est devenu un sujet à la mode ».

Le comble de l'ironie, pour Mme Quist d'Oxfam - Grande-Bretagne, c'est que la communauté internationale ait oublié le Niger alors même que se déroulait, en Ecosse, le dernier sommet du G8. Au cours de cette rencontre fortement médiatisée, les pays les plus riches du monde s'étaient engagés à faire de la lutte contre la pauvreté en Afrique une priorité.

« Ils disent qu'ils veulent éradiquer la pauvreté et mettre l'Afrique à l'ordre du jour », a déclaré Mme Quist. « En attendant, des gens meurent. »

« Pour certains Nigériens, il est déjà trop tard. Il est également trop tard pour beaucoup de bêtes. Et ces bêtes constituent le moyen de subsistance du peuple. Mais nous pouvons encore sauver une partie de la population », a-t-elle poursuivi.

Oxfam - Grande-Bretagne est d'ailleurs en train de mettre en place un programme d'aide alimentaire, doté d'un budget de 2 millions de dollars américains, qui permettra de nourrir au moins 130 000 personnes. L'organisation prévoit également d'aider les bergers nomades à reconstituer leurs cheptels.

Selon M. Tricks de Concern Worldwide, qui vit au Niger depuis un an, si les dirigeants des pays du G8 sont véritablement déterminés à aider l'Afrique, ils doivent tout mettre en oeuvre pour prévenir de telles crises.

« Oublions un instant la situation du Niger en 2005 », a-t-il suggéré. « La situation actuelle traduit un problème plus alarmant. Elle est le résultat du peu d'intérêt accordé à la résolution des problèmes graves qui affectent l'Afrique subsaharienne ».

Concern Worldwide a envoyé une douzaine de travailleurs humanitaires internationaux pour diriger des programmes d'aide alimentaire dans la région de Tahoua, au Niger.

Depuis quelques mois, les autorités nigériennes subventionnaient les ventes de vivres dans les régions les plus touchées. Elles ont toutefois accepté la semaine dernière de procéder à des distributions de nourriture gratuite dans ces mêmes régions.

Seidou Bakari, responsable de la cellule de crise alimentaire rattachée au cabinet du Premier ministre nigérien, a déclaré à IRIN vendredi qu'il travaillait en ce moment en collaboration avec des travailleurs humanitaires internationaux pour définir un plan de distribution d'aide alimentaire gratuite destinée à nourrir 1,6 millions de personnes.

Tandis que les autorités en appellent à la générosité des bailleurs internationaux, les Nigériens eux-mêmes mettent la main au portefeuille pour aider leurs compatriotes.

Au Niger, le revenu annuel moyen par habitant ne dépasse pas 190 dollars américains. Pourtant, selon la cellule de crise, les autorités ont reçu 832 millions de francs CFA (environ 1,5 million de dollars américains) pour nourrir les plus démunis, en réponse à l'appel lancé en mai dernier par le Premier ministre.


La mort fait sa moisson au Niger

Les enfants du Niger vivent sous perfusion. Ici, les greniers sont vides. Depuis longtemps, les moissons ne sont plus agricoles mais funestes.

 
Pour Sadikou, il faut faire vite. A 21 mois, il ne pèse que sept kilogrammes. Surtout il souffre d'une anémie sévère et d'hypothermie, sa température est tombée sous les 36 degrés.
« On va lui faire une IV (intraveineuse) de dextrose pour le réveiller », explique l'infirmière superviseur de Médecins sans frontières (MSF), Arouna Balki.
Quelques secondes plus tard, dans un état encore semi-conscient, trop faible pour ouvrir les yeux, l'enfant se met à tousser. « C'est bon signe mais il va falloir l'hospitaliser d'urgence », dit-elle, en enveloppant le petit corps décharné d'une couverture de survie.
Le petit Sadikou monte avec sa mère dans le 4x4 qui va l'emporter vers le centre de renutrition intensive de MSF à Maradi, à 40 km de là, l'un des cinq que l'organisation a installés au Niger. Lui aura de la chance. Il sera sans doute sauvé, pronostique l'infirmière.
Au centre de soins ambulatoires de MSF, installé chaque mardi et vendredi dans l'hôpital de district de Maradounfa, un village reculé à la frontière avec le Nigeria, le même drame se joue depuis plusieurs semaines.

Un spectacle de honte et d'effroi
Dans la cour commune, c'est un spectacle de honte et d'effroi. Une centaine de mères s'entassent, attendant leur tour, le regard plein d'incompréhension, au milieu des gémissements, des cris et des pleurs. Sur leurs genoux, des enfants en train de mourir de faim, tous présentant des signes de malnutrition avancée.
Elles sont venues des villages alentours, au prix de plusieurs heures de marche dès le milieu de la nuit, avec l'espoir de voir sauver leur enfant malade. Comme Adicha, une mère de 38 ans. Son petit garçon, Massouda, se meurt. « Il a de la diarrhée », explique-t-elle.
D'un enfant à l'autre, on ne sait plus où porter le regard. Squelettiques, certains semblent déjà de petits vieillards apathiques, le ventre gonflé et n'ayant plus que la peau sur les os. Les yeux d'une petite fille aux cheveux décolorés sont envahis par les mouches et le pus.
Parfois, une mère jette un regard implorant et tend son bébé du bout des bras, dès qu'elle voit un blanc, croyant avoir affaire à un médecin.
MSF a ouvert 27 points de soins ambulatoires au Niger, tel celui-ci, un nouveau concept qui a permis d'éviter le pire dans les villages reculés du Niger.
Un à un, les enfants sont pesés, mesurés et auscultés. Les cas de malnutrition les plus graves seront hospitalisés, comme Aminou, 24 mois et 6,2 kg, qui souffre d'œdèmes aux bras et aux pieds.
Les autres petits seront traités en médecine ambulatoire au sein d'un programme de renutrition. Un bracelet de couleur au mollet sert à identifier les admis.
« Nous donnons aux mères des médicaments et des rations alimentaires pour nourrir leur enfant. Elles peuvent retourner dans leur village. On leur demande de revenir chaque semaine pour faire le suivi médical de l'enfant », explique Arouna Balki.
Dans la cour voisine, ce sont 249 mères qui sont attendues ce jour-là pour le suivi. La plupart des enfants vont manifestement mieux. Leur regard a retrouvé un peu de vie. Certains esquissent un sourire.


La sécheresse s'est ajoutée à l'invasion des crickets pèlerins
La tragédie nigérienne en dix questions
Niamey : de notre envoyé spécial F. H.
[30 juillet 2005]

Voici ce qu'il faut savoir pour comprendre comment une telle crise humanitaire a pu surgir si brutalement.

Quelles régions sont touchées et combien de personnes sont-elles vraiment affectées ?


La pénurie alimentaire touche au Niger les départements de Maradi, de Tillabery, de Zinder et de Tahoua, le nord du Burkina, une partie du Mali et de la Mauritanie. Mais c'est au Niger que la situation est semble-t-il soudainement devenue critique. C'est la fin prématurée des pluies la saison dernière, l'invasion des crickets pèlerins et la hausse des denrées alimentaires qui ont soudainement fait basculer des familles entières, à la limite de la pauvreté, dans le dénuement extrême.


Depuis janvier 2005, les prix des aliments sont de 75 à 89% supérieurs à ceux de la moyenne des cinq dernières années. Parallèlement, le prix de vente des petits animaux d'élevage a diminué brutalement de 25%. Les estimations sur le nombre des populations menacées varient considérablement. Selon des évaluations réalisées conjointement en avril 2005 par l'agence des Nations unies pour l'agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM) et le gouvernement de Niamey, entre 2,4 et 3,6 millions de personnes, étaient alors très vulnérables à une pénurie alimentaire.


Selon l'agence américaine USAid, la situation actuelle au Niger est «grave, mais elle affecte nettement moins de personnes que celle qui existe en Ethiopie, en Somalie, au Zimbabwe et au Soudan (Darfour et région nord de Bahr el-Gazal). La situation au Niger est la même que celle que l'on trouve dans la région occidentale du Tchad (dans les camps de réfugiés aussi bien que dans la population vivant près de ces camps) et beaucoup plus grave que la situation que l'on trouve actuellement au Mali et en Mauritanie».

Pourquoi la crise est-elle si brusque ?


D'abord les familles de pasteurs ont envoyé le bétail vers le sud, vers des zones où l'on trouvait encore des pâturages. Les femmes et enfants restés sur place n'ont plus de lait, ni les moyens d'acheter des céréales. Ensuite, les prix ont monté de façon stupéfiante parce que les commerçants, anticipant la crise, ont gardé leurs stocks alimentaires, dans l'attente d'un renchérissement général.

Pourquoi tant d'enfants sont-ils touchés ?


Le Niger détient le record mondial du nombre d'enfants par femme : huit en moyenne. Un rapport de la FAO publié en 1998 concluait déjà : «Les taux de malnutrition chez les enfants sont élevés à travers tout le Niger : plus de 32% accusent un retard de croissance dont la moitié est sévèrement atteinte – plus de 15% souffrent d'émaciation et plus de 36% ont des insuffisances pondérales. Cette situation est d'autant plus préoccupante qu'il n'y a pas de signes d'amélioration depuis dix ans.» La pénurie alimentaire frappe donc de plein fouet les enfants juste sevrés, principalement entre trois et cinq ans. Mais ce n'est pas tout. Une enquête de Médecins sans Frontières (MSF) en mai dans les régions de Tahoua et de Maradi révèle un taux de malnutrition aiguë généralisée de 19,5 et 19,3%, et déjà 2,9 et 2,4% des populations qui souffrent de malnutrition aiguë sévère.


Le gouvernement du Niger est-il le principal responsable de ce désastre ?

Oui et non. Il a réagi dans l'urgence en mettant des stocks de céréales à la disposition des populations affamées. Mais «il ne s'est pas doté d'un système très solide de collecte et d'analyse des données relatives à la nutrition, et les conclusions sont donc basées sur des informations partielles dont l'interprétation doit être circonspecte», estime l'agence américaine USAid. Il serait temps également qu'une politique nataliste réaliste soit mise en place au Niger.


Que se passera-t-il si l'aide n'afflue pas ?

Ce serait un désastre humanitaire. Même si les pluies cette année sont bonnes et les récoltes de céréales prometteuses, le Niger ne pourra pas passer un pic de crise sans l'aide internationale.

Figaro 30 juillet 2005

 

 

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Dernière mise à jour : lundi 25 janvier 2010